Extrait de Une Journée au Moyen Âge, de Arsénio et Chiara Frugoni.

 

Journee-Moyen-Age-Frugoni.jpg

 

« Aujourd’hui aussi, les villes sont caractérisées par leurs bruits et leurs odeurs, les uns et les autres étant essentiellement le résultat de la circulation et de la pollution générale. On n’entend presque plus en revanche les voix des hommes ; personne ne chante plus, à moins d’être un peu désaxé ou excentrique ; et même les artisans qui, il y a quelque temps encore, sifflotaient ou chantonnaient en accompagnant leur travail, se taisent à présent, préférant écouter les voix et les musiques des autres, déjà gravées ; dans le meilleur des cas, c’est l’impatience qui les conduit à s’exclamer. Aucun poète n’entend aujourd’hui ses vers chantés dans la rue, comme Dante en fit parfois l’expérience. Un jour, à Florence, alors qu’il sortait de chez lui après le déjeuner et qu’il « passait par la porte San Pietro, il entendit un forgeron qui battait le fer sur l’enclume en train de chanter ses sonnets comme on chante une chanson, et celui-ci dénaturait ses vers, les estropiant et changeant la mesure, au point que Dante se crut profondément offensé par cet homme ». Sans dire un mot, le poète entra dans la boutique, s’empara des tenailles, du marteau, des balances et de tous les outils et les jeta dans la rue. Aux vifs reproches du forgeron, qui se voyait soudain privé de ses instruments et frustré dans son métier, Dante répliqua : « "Toi, tu chantes mes sonnets et ne les dis pas comme je les ai faits ; moi, je n’ai pas d’autre métier et tu me les gâtes." » Bouffi d’orgueil, ne sachant quoi répondre, le forgeron ramassa ses affaires et reprit son travail ; et lorsqu’il eut envie de chanter, il chanta les légendes de Tristan et de Lancelot, et laissa tomber Dante. » […] Il n’est pas jusqu’aux cris des merciers ambulants qui n’aient disparu de nos villes, avec leurs marchandises dont raffolaient les femmes, et aussi les hommes pour les offrir à leurs bien-aimées : « La mercière avec son tamis fait sonner ses grelots et va trimbalant ses bijoux, ses bagues et ses broches, elle crie : "Des serviettes de toilettes, en voulez-vous ? Achetez ces nappes !"

[…] Le manque d’espace à l’intérieur incitait les habitants à s’étaler à l’extérieur ; les rues se faisaient de plus en plus étroites et de plus en plus animées, car devant les étals, les chalands, hommes et femmes, s’arrêtaient pour acheter, marchander, discuter ou même interpeller un cousin ou un voisin qui montrait la tête à la fenêtre d’un étage supérieur. On pourrait dire que les hommes et les choses cherchaient désespérément dehors de l’espace et de la lumière. Les femmes aimaient se mettre à la fenêtre ou au balcon, ou bien s’asseoir dans les loggias, pour travailler à leur ouvrage ou s’occuper de leur chevelure. Le linge séchait sur la façade, attaché aux barres des portes et des fenêtres ; sur ces mêmes barres extérieures voletaient les rideaux destinés à abriter les chambres du soleil (pour économiser l’espace, on ne les accrochait pas comme aujourd’hui à l’intérieur). Pendant la journée, la cage à oiseaux était suspendue à un clou dans l’embrasure de la fenêtre, et quantité d’autres objets ou denrées pendaient, accrochés à des traverses, des crochets et des chaînes, toujours sur les murs extérieurs. »

 

Arsenio et Chiara Frugoni,  Une journée au Moyen Âge, traduit de l’italien par Lucien d’Azay, Les Belles Lettres, coll. Histoire, broché, p.70-72 ; 77.

 

Quelques illustrations à ce lien, parmi les 150 de l'ouvrage.

 

 

COMMANDER MAINTENANT


 

Notre galerie bibliographique, sur tables et en ligne:

 

Vie-quotidienne-MA.jpg

 

 

2013-10-01 16.01.26

 

Retour à l'accueil