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À l’occasion de la parution de Vers les Confins, son dernier roman, Serge Rezvani, auteur, compositeur et peintre, a accepté de signer artistiquement 20 exemplaires de son roman, en exclusivité pour notre site internet Les Belles Lettres.com. Les plus rapides à le commander recevront donc une de ces raretés, alors ne tardez pas et bonne chance !

 

 


COMMANDER MON EXEMPLAIRE SIGNÉ

 

 


Vers les confins de Serge Rezvani est un roman qui fait idéalement suite à La Traversée des Monts Noirs, mais qui s'appréhende pour autant tout à fait indépendamment. Ces Confins, se trouvent en effet après les Monts Noirs, et délivrent (une part de) leur propre mystère à l'équipe scientifique venue s'y aventurer afin d'y comprendre comment une poignée d'homme y survit, poignée d'hommes qui seraient, à les en croire, les descendants des derniers Esséniens...... La parole peut-elle tout démêler ? Car au fond du désert rouge, ces six personnages: médecin, chercheur en philosophie, enquêteur, mathématicienne, criminologue et écrivain, parlent, parlent, parlent, de la peine de mort à la mort de l’âme, de la théorie du genre à l’égalité et au Christ.... et accèdent progressivement à l'Ensemble. 


Nous vous proposons de cheminer le long de quelques extraits vers ces Confins mystérieux, où les crimes religieux sont impunis, les engins tombent du ciel et les hommes développent des pathologies inconnues…


 

[Page 15: Incipit]


 Sais-tu ce qu'est une hellade ? C'est une déclaration d’intelligence. Si nous voulions envoyer vers d’autres systèmes solaires la représentation de tout ce que nous savons de la civilisation grecque… et pourquoi pas juive par exemple, il faudrait réduire ce savoir en un milliard de signes binaires – ce qui ferait une hellade. Trois cents hellades seraient nécessaires pour transmettre le « programme d’un être humain ». Bien sûr il  faudrait connaître la formule développée de tous les gènes qu’un être humain porte dans ses cellules. Si nous voulions faire parvenir vers ces systèmes solaires supposés les informations contenues dans l’ensemble des bibliothèques du monde, il faudrait plus de quarante mille hellades.

 

 

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Tableau de Serge Rezvani (détail)



 [Page 91: Le voyage.]


 – « Ce n'est pas le doute, c'est la certitude qui rend fou… Mais il faut être profond, il faut être abîme, il faut être philosophe pour sentir ainsi… Nous avons tous peur de la vérité. » Au cas où vous auriez vraiment l'intention d’écrire une suite au livre que vous projetez sur votre traversée des Monts Noirs, je vous conseillerais de marquer en exergue cette phrase de Nietzsche, ce philosophe fou dont la traversée de la vie fut un terrible désastre, m’avait dit le Chercheur en philosophies oubliées alors que nous prenions place dans l’un des camions militaires venus nous attendre devant la gare donnant accès aux territoires des Confins. Allons, ami français, asseyez-vous près de moi sous la bâche ! En nous tenant fermement à l’arrière de notre camion, je pense que, malgré la poussière de sable soulevée, vous ne perdrez rien du paysage désastreux que nous allons traverser. Ce qui est vraiment singulier dans le trajet qui nous attend, c’est qu’il n’a rien de remarquable. À part la couleur rougeâtre de la terre sableuse et des rochers, ce désert – qui d’ailleurs est pire qu’un désert ! – ce territoire sans limite, où poussent des palmiers sauvages… à vrai dire ce « nulle part » ne se prête pas aux descriptions pittoresques qu’un écrivain pourrait s’attendre à trouver en ces lieux perdus, continuait le Chercheur en philosophie alors que notre camion allait démarrer à la suite des autres camions de l’armée formant la longue colonne accompagnant la mission.

 


[Page 100: Les Confins ]


– Personnellement, je pense qu'il serait bon que « ça » soit écrit surtout dans un livre. Et de plus en France ! avait insisté en ironisant le Criminologue. Vous savez qu’il existe quelque part dans l’Atlantique un espace indéfini nommé le « triangle des Bermudes ». Là, des centaines d’avions ont mystérieusement disparu. Ce mystérieux triangle a été délaissé faute d’une explication, qu’elle soit scientifique ou ésotérique. Eh bien, de même qu’il existe un « triangle des Bermudes », de même existent ces territoires des Confins incartographiables, innommables, dont l’espace aérien ne tolère aucun survol, pas plus que les communications téléphoniques ou télégraphiques. Silence absolu ! Dans le « triangle des Bermudes » on ne sait et on ne saura jamais ce que sont devenus les nombreux avions engloutis par la mer. À moins, comme le supposent très sérieusement certains scientifiques, qu’ils ne se soient tout simplement dissous dans les airs. À la différence qu’ici, dans ce « triangle des Confins », on sait ce que deviennent ces épaves. Sauf qu’après quelques vaines tentatives de récupération, notre gouvernement central y a renoncé, prenant le parti non seulement d’« oublier » ces restes mais de nier leur existence jusqu’à interdire à notre mission de prétendre les avoir vus. Nous ne les avons pas vus, vous ne les avez pas vus, personne ne les a vus ! Dans ces déserts le présent n’existe pas, comprenez-vous ? À peine le passé ! Quand nous nous serons enfoncés davantage dans ces espaces sans limites, inévitablement nous rencontrerons de ces énormes épaves métalliques devenues informes. Certains matins, quand l’air est pur, vous risquez de voir briller au soleil levant ce qui en reste, en grande partie recouvert par les sables. Bien que ces épaves soient officiellement déclarées sans réalité, des bergers errants que l’on dirait sortis de la Bible réussissent à s’en approcher de nuit pour en arracher quelques morceaux avec lesquels ils confectionnent soit de petits outils, soit des pendentifs ou des boucles de ceinture pour leurs femmes.

– Ce contre quoi je ne cesse en vain de les mettre en garde, l’avait coupé la Doctoresse, car la plupart de ces fragments métalliques sont radioactifs mais d’une radioactivité jusqu’à présent inconnue sur terre.

 

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Tableau de Serge Rezvani (détail)

 


[ Pages 218-219 : Exister par les mots]


– Oh, oh ! Que de grands mots ! Que de grandes choses ! Ce serait donc ça le livre que vous projetez d’écrire si un jour vous réussissez à sortir indemne de ces Confins ? Des interrogationssans réponse ? Ce « conte » qui réveille ? Quoi, de l’insomnie intellectuelle ?

– Eh oui, de l’insomnie intellectuelle ! Pourquoi pas ? Vous rendez-vous compte que celui qui écrit et celui qui lit, sont les derniers en réflexion solitaire, face à face dans ce monde de bruit et de mouvement ? Oui, face à face, je dirais presque amoureusement ? Seuls à deux, en train de partager des interrogations essentielles. Sans se voir, sans se connaître tout en se connaissant au-delà de toute connaissance ! Celui que l’on nomme l’« écrivain » – moi cette fois, en intimité intellectuelle avec celui – vous, par exemple, que l’on nomme le « lecteur »…

J’avais hésité en souriant pour moi-même :

– À vrai dire, il y a plus de lectrices que de lecteurs ! Mais bon ! J’amorce ; elles ou ils complètent. Je ne décris rien ; je suggère, et celles ou ceux qui me lisent se mettent en état de suggestion, accomplissant l’autre moitié du chemin.

 

– Je doute qu’ils réussissent à vous suivre si vous ne « montrez » pas… par exemple, cette terrible tempête de sable… qui d’ailleurs semble se calmer. Attendez, attendez, laissez-moi parler ! Il vous faudra bien, je ne sais pas moi, amorcer un peu, comme vous dites, en écrivant par exemple : Dehors les vents furieux sedéchaînaient alors que nous deux, l’Enquêteur de district et moi, bienà l’abri dans la grotte des Confins… Quoi, écrire quand même un peu sur cet ouragan inouï qui couvre nos voix à tel point qu’il nous faut presque crier pour réussir à nous entendre ! Et puis, il vous faudra bien quand même aussi décrire, je dis bien dé-cri-recomme vous le feriez pour un aveugle, non ? : me décrire moi, les membres de notre mission, Déborah et Adema, quoi tout ! Le désert ! La chenillette russe à la peinture écaillée ! Le vieux Sage des poules ! La vallée des sacrifices aux tables de pierres vernies de sang séché ! Quoi, tout ! Si vous ne montrez rien avec des mots… si vous ne nous montrez pas avec des mots, nous n’existerons pas. Et rien de ce qui fait notre vérité, la vérité de ces déserts où nous sommes en train de nous perdre ne prendrait existence.

 

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