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Le deuil du pouvoir. Essais sur l’abdication, sous la direction d’Alain Boureau et Corinne Péneau, avec les contributions d'Alain Boureau, Jacques Le Brun, Pierre-Antoine Fabre, Corinne Péneau et Jean-Michel Rey, Les Belles Lettres, coll. Histoire, broché, 204 pages, 23 €.

 

 

 

« Votre gloire redouble à mépriser l’Empire

Et vous serez fameux chez la Postérité

Moins pour l’avoir conquis que pour l’avoir quitté. »

Corneille, Cinna (474-476)


 

Dans un essai fondateur publié en 2009, Le pouvoir d’abdiquer, Jacques Le Brun démontrait, a contrario de la théorie politique traditionnelle, que les abdications de grandes figures historiques, loin de ne constituer que des accidents rapidement actés et aisément digérés par les institutions, eurent un impact décisif et durable sur les systèmes politico-religieux et engagèrent des réflexions poussées et contradictoires sur la notion de pouvoir en Occident.


Le recueil d’essais que Les Belles Lettres publie aujourd’hui sous la direction d’Alain Boureau et Corinne Péneau, explore les conséquences de ce phénomène singulier, entré dans le vocabulaire commun mais qui, dans les faits, demeure tout à fait exceptionnel, par sa fréquence comme par sa nature. C’est que la décision d’abdiquer, « qui répugne aux sujets ordinaires et à l’institution », n’est jamais anodine et provoque une gamme variée de sentiments, de l’étonnement à la perplexité, du rejet brutal à la bienveillance, et porte en elle un paradoxe saisissant : « L’abdication produit à la fois un désenchantement de la sphère du pouvoir – le pouvoir, qui ne vaudrait pas la peine d’être conservé, y paraît démonétisé – et une surenchère, puisque celui qui l’abandonne, tout en s’abaissant dans ce monde, semble aspirer à plus élevé. » (p.12).


Renoncer pour mieux glorifier, parfois Dieu (Célestin V, qui fuit la Curie pour retrouver la sérénité de son ermitage), parfois soi-même (Christine de Suède, fascinant personnage dont l’acte signe la « négation même de l’élection médiévale »), ou démissionner pour, dans le silence, méthodiquement construire son propre mythe et affirmer son exceptionnalisme (le général De Gaulle) : l’abdication est à l’image de ses acteurs et l’incarnation d’un désir ou d’un destin que l’on veut se donner, pour le présent, le futur ou la postérité. Outre d’analyser les multiples facettes et implications, personnelles aussi bien que politiques, sociales ou religieuses, de cet « acte extravagant », Le deuil du pouvoir est également un outil précieux pour comprendre l’importance primordiale de la mise en scène du renoncement, que ce soit lors du cérémonial très symbolique qui l’entérine ou à travers sa réécriture, de son storytelling dirait-on aujourd’hui, par les chroniqueurs, artistes, religieux, écrivains, scolastiques, juristes désirant le légitimer, l’utiliser ou le réprouver.


Le beau titre de ce recueil suggère, de plus, une interrogation passionnante : qui, au juste, porte le deuil, et quels sont les moyens mis en place pour surmonter ce choc, voire cette « hantise » de l’abdication ? Nous vous invitons vivement à découvrir les réponses à toutes ces questions, d’une brûlante actualité.


 Gaëtan Flacelière.

Tables des matières :

Avant-propos

 

Introduction. Retours de l'abdication

 (Alain Boureau et Corinne Péneau)

 

Chapitre I. Une absence fondatrice.

 L'abdication dans l'Église latine, de François d'Assise à Célestin V  et à Louis d'Anjou : 1220-1296 (Alain Boureau)

 

Chapitre II. L'abdication au pouvoir

 Une lecture des Constitutions jésuites (1556-1599) au miroir du  Pouvoir d'abdiquer  (Pierre-Antoine Fabre)

 

Chapitre III. Christine ou l'extravagance politique.

 L’abdication de 1654 comme triomphe du système héréditaire en Suède (Corinne Péneau)

 

Chapitre IV. Le maître du temps.

 Les deux abdications du Général de Gaulle : 1946 et 1969 (Jean-Michel Rey)

 

Épilogue : Le roi et le pape.

La tragédie du Roi Lear et Habemus Papam.

 Deux abdications  (Jacques Le Brun)

 

Notes

Liste des auteurs

 

 

 

 

 

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