A l’occasion de la réimpression de quatre titres majeurs de la collection L’Âne d’or, nous vous proposons de les (re)découvrir à travers des extraits. Bonne lecture !

 

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Garth  Fowden, Hermès l’Égyptien, traduit de l’anglais par Jean-Marc Mandosio, Les Belles Lettres, coll. L’Âne d’or, broché, 2000 (2e tirage, 2014), 384 pages, 45€.

 

« Si Hermès avait été autrefois un mortel, cela devait remonter à une époque très reculée, et il avait été admis depuis fort longtemps dans la compagnie des dieux. Les Hermetica techniques prennent bien soin de rester dans le vague et considèrent généralement le Trismégiste comme un sage qui avait vécu en des temps très anciens et qui conversait librement avec les dieux, bien qu’à l’occasion ils parlent de lui comme d’un être divin. La Korê kosmou, que Stobée a incluse dans son anthologie de textes philosophiques hermétiques mais qui avait été considérablement influencée par l’hermétisme technique, considère hermès comme un dieu pur et simple et l’entoure d’une narration ouvertement mythologique. La figure de Thot, l’auteur divin de la littérature égyptienne des temples, se cache juste derrière le masque de l’Hermès que dépeint la Korê, c’est-à-dire l’omniscient qui révèle la sagesse à l’humanité – et, d’une façon générale, les idées égyptiennes sont particulièrement prééminentes dans ce texte.


L’ambiguïté d’un personnage oscillant entre le monde divin et le monde humain a dû frapper beaucoup de gens et constituer un avantage ou un attrait. Le paganisme tardif vouait un culte  enthousiaste à des personnages tels qu’hercule, Dionysos, Asclépius ou Orphée. Hermès était un autre de ces intermédiaires, très demandés dans un monde de plus en plus fasciné par le caractère transcendantal du divin. » p. 54-55.

 

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Luc Brisson et F.W. Meyerstein, Puissance et limites de la raison. Le problème des valeurs, Les Belles Lettres, coll. L’Âne d’or, broché, 1995 (2e tirage revuet corrigé, 2014), 240 pages, 45€.


« Définir l’être humain comme un être rationnel, et ne considérer comme humain qu’un être rationnel, voilà le but que se fixèrent en Grèce, vers le VIe siècle avant J.-C., quelques individus auxquels par la suite on donna le nom de « philosophes ». En ne faisant intervenir que la seule raison, indépendamment de toute expérience sensible, il semblait possible, en imitant les géomètres, de parvenir à partir d’un ensemble fini et concis d’axiomes évidents à des conclusions certaines dans le domaine de l’éthique et de la politique.


Un tel programme impliquait un mode de vie fondé sur la liberté comprise comme autarcie et comme autonomie. Par le moyen de la raison, et seulement par ce moyen, l’homme pouvait accepter, pour gouverner son action, des lois qui ne lui étaient pas imposées de l’extérieur par la force brute ou même par une tradition véhiculée par les poètes et par les prêtres ; bref, en faisant usage de la raison, l’être arriverait à échapper à toute contrainte extérieure. Seule était admise, parce que ne violant pas la liberté conçue comme autonomie, la contrainte intérieure découlant de conclusions rationnelles valables pour tous dans tous les cas. De même que le théorème de Pythagore devait entraîner un sentiment de certitude chez tout être rationnel, de même un certain nombre de valeurs fondées en raison devaient naturellement s’imposer à tout être humain pourvu de raison. » p. 233-234.

 

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Luc Brisson et F.W. Meyerstein, Inventer l’univers, le problème de la connaissance et les modèles cosmologiques, Les Belles Lettres, coll. L’Âne d’or, broché, 1991 (2e tirage revu et corrigé, 2014), 209 pages, 45 €.


« La visée du Timée est multiple. Un modèle cosmologique n’y est proposé que pour servir de cadre à l’apparition de l’être humain et à la constitution d’une cité idéale, qui soit à la fois l’envers critique de l’Athènes dans laquelle Platon vit et le modèle qu’elle devrait suivre. Par suite, il est absolument impossible de dissocier ce qui dans le Timée ressortit à la mathématique, physique, chimie, biologie, médecine, psychologie, sociologie, politique et même religion, tout cela se confond en un seul écheveau. Aucun de ces domaines ne présente une véritable autonomie, celle qu’ils ont réussi à conquérir deux millénaires plus tard. Notre lecture du Timée ne pourra donc éviter l’anachronisme que si elle reconnaît d’emblée le manque d’autonomie de la cosmologie. Il n’en reste pas moins que le Timée est, sans contredit, un ouvrage de cosmologie, puisqu’il propose un modèle de l’univers physique ; c’est même le premier qui nous soit parvenu dans son intégralité. Qui plus est, pour la première fois, se trouve proposé un modèle de l’univers qui se veut totalement mathématisé.


Le Timée présente une autre difficulté : son rapport avec le mythe. […] Évoquer l’origine du monde perçu par les sens, ce n’est parler ni de l’Intelligible ni du Sensible, mais décrire la venue à l’être du monde sensible, dont aucun humain n’a pu faire l’expérience, par définition en quelque sorte. » p.21-22.

 

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Jean-Marc Narbonne, Hénologie, ontologie et Ereignis (Plotin – Proclus – Heidegger), Les Belles Lettres, coll. L’Âne d’or, broché, 2001 (2e tirage, 2014), 384 pages, 55€.


« Les néoplatoniciens ont poussé l’exigence conceptuelle de l’unité sans réserve du principe – selon le schème déjà aristotélicien du : « le commandement de plusieurs n’est pas bon, qu’il n’y ait qu’un seul chef » -, à son degré le plus extrême, jusqu’au point où toutes les catégories s’estompent, où toute complexité se dénoue, et en montrant que c’est ce point limite qui, dès le commencement, soutenait et inspirait nos efforts maladroits. L’aspiration à l’unité et à la simplicité, confrontée à la représentation irrémédiablement bifide, de tout ce qui s’appréhende comme réalité et comme objet, à la fois étant et un, force donc dans le néoplatonisme – pour lequel toute distinction conceptuelle appelle une distinction réelle, point de vue sans doute critiquable, mais qui constitue pour eux une méthode ou une technique d’ascension – à l’établissement, au-delà du réel saisissable, d’une cause à laquelle ne conviendrait plus qu’un seul concept, qui certes ne nous livre pas ce qu’elle est, mais seulement qu’elle « est », sans qu’on ne puisse plus ajouter quoi que ce soit d’autre à cette représentation limite, et dont le meilleur nom est celui-là même correspondant à notre désir initial d’unité : l’UN. En ce sens, l’Un s’interprète comme un postulat de nature métaphysique, à la fois irrésistible (on ne peut s’en défendre) et intenable (on ne peut le défendre ou en tout cas le démontrer). » p 158-159.

 

 

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