schwab renaissance orientale

 

 

Raymond Schwab, La Renaissance orientale, Payot & Rivages, 2014, broché, 682 pages, 32 €.

 


Maître-livre sur le pouvoir des influences culturelles, sur la porosité des idées, sur le rôle crucial des personnages secondaires, passeurs anonymes, traducteurs, compilateurs, universitaires, sans lesquels Goethe, Hugo ou Schopenhauer n’auraient pas eu accès à l’Orient, cette somme éblouissante publié en 1950 est enfin disponible dans une édition moderne. Nous vous en proposons un extrait, dans lequel Raymond Schwab (1884-1956) répond à une question simple mais essentielle : pourquoi ce livre ?

 

« Ce qu’Anquetil-Duperron et William Jones sont allés faire dans l’Inde du XVIIIe siècle, combien d’entre nous en ont entendu parler ? Cependant, nos façons de penser, à tous, en ont été bouleversées. Comment donc ne le savons-nous pas ? C’est que les historiens de la littérature et des idées croyaient ce sujet réservé aux orientalistes, tandis que ceux-ci leur abandonnaient les généralisations historiques. C’est aussi qu’un étrange préjugé arrêtait les recherches : le bruit courait qu’il n’y avait rien à trouver sur la piste des orientalismes. La vérité est que toute une critique, s’attachant au pauvre Orient des trésors, n’avait rencontré que des problèmes d’influences superficielles, ils lui masquaient les vraies questions, qui touchent, elles, aux destins de l’intelligence et de l’âme.

 

Le pouvoir de déchiffrer les alphabets inconnus, inventé par l’Europe après 1750, eut une conséquence incalculable : la découverte qu’il avait pu exister d’autres Europe. L’Occident s’apercevait, dans un âge avancé, qu’il n’était pas seul titulaire d’un admirable passé intellectuel. Et cet événement si original se produit dans une époque où tout est de même nouveau, insolite, prodigieux : l’apparition des orientalismes dans l’époque romantique foisonnante de génies et d’événements, de hauts appétits et de fortes pâtures, est un des plus étonnants coups de dés de la chance historique.

 

Notre époque, à son tour, héritière de celle-là, soupçonne qu’elle se recommandera à la postérité par ses méditations sur des savoirs et son goût pour les bilans encyclopédiques. Tant d’avertisseurs lui crient un monde près de finir qu’elle se sent bien placée pour s’émouvoir sur ce qu’avant elle il n’avait pas été. Il est donc temps de lui représenter un phénomène tout mêlé à sa substance, de le faire entrer dans les bagages de la mémoire, cette déblayeuse qui se vante de ses fidélités, voyageuse trop chargée qui avec des vivants perdus veut faire des morts inconnus.

 

Il y a une trentaine d’années, pour répondre à une question d’Elémir Bourges, ce grand homme, je voulus savoir qui avait été Anquetil-Duperron, gloire obscure ; ainsi ai-je été mis sur une longue voie où j’apercevais que la naissance d’un humanisme intégral était un chapitre capital et inédit de l’histoire des civilisations.

 

 

Les recherches auxquelles je me trouvais entraîné, les amitiés que, de Sylvain Lévi à Louis Renou et Jacques Duchesne-Guillemin, elles renforçaient, m’ont fait gonfler bien des dossiers. Je m’efforce ici de montrer dans sa précision et son ampleur un épisode décisif de l’aventure humaine, en n’oubliant pas que la voix de la poésie n’y cesse de se faire entendre. » (p. 13-14)

 

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