Le mois de mars fut extrêmement riche sur le plan éditorial, puisque nous avons reçu pas moins de 61 nouveautés. Ce mois-ci, nous avons décidé de vous  proposer un « choix des libraires » exclusivement dédié à l’antiquité gréco-romaine. Au programme : Diodore de Sicile, les Gracques, Auguste, Cicéron, Philostrate et les tyrannicides d’Athènes.


 

Voir la galerie des 61 titres reçus en mars 2014 à la librairie

 

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Les favoris de Mélanie Mougin : 

 

 

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Pierre Cosme, Auguste, maître du monde. Actium, 2 septembre 31 av. J.-C., Tallandier, broché, 224 pages, 16,90 €.

 

Dans son nouvel ouvrage, Pierre Cosme, spécialiste de la Rome antique et maître de conférences à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne, revient sur la bataille d'Actium. Octave, qui deviendra l'empereur Auguste, gouverne l'Occident et Marc Antoine, en compagnie de Cléopâtre, dirige l'Orient. La guerre, cependant, est inévitable. Pierre Cosme nous raconte cette étape décisive de l’histoire romaine et analyse la propagande qu’Octave mis en branle après sa victoire.

 

Extrait :  « Même en suivant des sources très favorables à Octavien, Dion Cassius est obligé de reconnaître la prudence dont celui-ci doit faire preuve lors des débats au Sénat. En effet, il se garde bine de déclarer immédiatement Marc Antoine ennemi public et se contente de le destituer du consulat pour l’année 31, attribué au fidèle Marcus Valerius Corvinus. En demeurant aux côtés de Cléopâtre, Marc Antoine se met ainsi lui-même hors-la-loi. Cette solution présente l’avantage de laisser la porte ouverte aux nouveaux ralliements à Octavien, les antoniens étant dès lors eux aussi considérés comme des ennemis. Encore se trouve-t-il un sénateur, Sergius, pour se prononcer contre cette décision. L’allusion de Suétone à une condamnation de Marc Antoine correspond peut-être à une décision ultérieure : « Cependant après l’avoir fait déclarer ennemi public, il lui renvoya tous ses parents et ses amis… » Pour l’heure, il est indispensable à Octavien de ne pas apparaître comme celui qui prend l’initiative de rallumer les guerres civiles, mais au contraire comme rempart de l’Italie agressée par un ennemi extérieur. C’est la raison pour laquelle il prend soin de déclarer la guerre à la seule reine d’Égypte en ressuscitant pour la circonstance la procédure ancestrale que les Romains des temps à anciens observaient quand ils affrontaient leurs voisins italiens. » (page 49)

 

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Cicéron, Les Devoirs, texte établi par Maurice Testard, introduction, nouvelle traduction et notes par Stéphane Mercier, Les Belles Lettres, coll. Classiques en poche, broché, XXVIII-500 pages, 14.50€.

 

Ce traité stoïcien, adressé par Cicéron à son fils en 44 avant J.-C., explore les conditions d'une vie fondée sur l'honnêteté, c'est-à-dire la moralité, pour permettre à l'homme de s'accomplir et comme individu et comme membre de la société. Cette édition de poche reprend le texte latin établi par Maurice Testard pour les deux volumes parus dans la C.U.F. en 1965 et 1970, et en propose une nouvelle traduction signée Stéphane Mercier. Ce dernier fournit également une introduction générale de près de trente pages, des notes et un répertoire biographique de toutes les personnes citées par Cicéron.

 

Extrait : « Avant tout, l’homme possède en propre de rechercher et de poursuivre attentivement le vrai. C’est pourquoi, lorsque nous sommes libres des affaires et des soucis pressants, nous aspirons à voir, entendre ou apprendre quelque chose, et nous jugeons la connaissance de ce qui est caché ou étonnant nécessaire pour mener une vie heureuse. On comprend par là que ce qui est vrai, simple et sincère est ce qui correspond le mieux à la nature humaine. A cette passion de voir la vérité s’ajoute un désir d’occuper la première place, de telle manière qu’une âme bien formée par la nature ne veut obéir à personne, si ce n’est à celui qui dispense des préceptes, qui enseigne ou qui commande en vue de l’intérêt commun, de manière juste et légitime ; et de là viennent la grandeur d’âme et le mépris des choses humaines. » (I, 13 ; page 17)

 

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Philostrate, De la Gymnastique. Santé, Beauté… la Guerre, présentation et notes de Jackie Pigeaud, traduction de Charles Daremberg, Actes Sud/Errance, broché, 125 pages, 28 €. 

 

Ce traité de Philostrate, écrivain du IIIe siècle de notre ère, aborde un sujet majeur pour les Anciens : la question des rapports entre la forme du vivant, la santé et la beauté. Publié pour la première fois au XIXe siècle, il s’agit du seul texte complet sur ce sujet qui nous soit parvenu. Cette édition propose la traduction classique de Charles Daremberg, (1817-1872), grand spécialiste de Galien et d’Hippocrate, une large présentation du traité par Jackie Pigeaud et, en annexe, le texte grec.

 

Extrait : « 25. Portrait du gymnaste idéal. Mais comme il me vient à la pensée un grand nombre de pareilles histoires, et que je mêle les anciennes aux nouvelles, voyons comment doit être le gymnaste, et ce qu’il lui faut savoir pour diriger les athlètes. Que le gymnaste ne soit ni bavard, ni inhabile à manier la parole, afin qu’il n’énerve pas la vigueur de l’art par son bavardage, et qu’il ne paraisse pas non plus trop rustique, en remplissant ses fonctions sans dire un seul mot. Qu’il connaisse complètement la physiognomonique. Voici pourquoi je donne ce dernier précepte: l’hellénodique ou l’arnphictyon jugent un jeune athlète en tenant compte des circonstances suivantes: si sa tribu ou sa patrie sont connues, ainsi que son père et sa famille; s’il est issu de parents libres, et s’il n’est pas un enfant illégitime; après tout cela, ils doivent savoir s’il n’a pas dépassé l’âge de puberté, s’il est tempérant ou non, s’il est ivrogne ou gourmand, audacieux ou lâche. Lors même qu’ils ne peuvent pas faire cette distinction, la loi ne leur dit rien à cet égard; mais elle veut que le gymnaste sache cela complètement, attendu qu’il est en quelque sorte le juge de la nature. Qu’il prenne connaissance, dans les yeux, de toute l’éthique. » (page 72)

 

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Les favoris de Gaëtan Flacelière :

 

 

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Diodore de Sicile, Bibliothèque historique. Fragments. Tome IV: Livres XXXIII-XL, Texte établi, traduit et commenté par Paul Goukowsky, Les Belles Lettres, coll. C.U.F. série grecque, broché, XLII-552 pages, 59 €.

 

L'histoire universelle de Diodore comportait quarante livres, dont vingt-cinq sont perdus. Il en reste cependant des fragments, édités, traduits et commentés depuis 2006 par Paul Goukowski, proposés livre par livre, non seulement en respectant l'ordre primitif du récit, mais aussi en indiquant leur degré de fiabilité. Ce quatrième volume achève la publication de ces fragments et couvre les événements importants d’une période particulièrement agitée. S’étendant grosso modo de 141 à 79, le récit de Diodore traite notamment  du début du régne de Ptolémée VIII, de la guerre civile en Syrie (déjà !), de la guerre que les Romains eurent à mener en Thrace contre diverses peuplades balkaniques ou encore de l’arrivée de Pompée à Damas.

 

Portrait de Damophilos : « Il y avait un certain Damophilos, citoyen d’Enna, immensément riche, arrogant dans ses manières, qui, cultivant une grande superficie de terres agricoles et possédant d’innombrables troupeaux de bestiaux, chercha à égaler non seulement l’existence fastueuse des Italiens de Sicile, mais aussi la multitude de leurs esclaves ainsi que l’inhumanité et la dureté dont ils usaient envers eux. En effet, dans la campagne, il se déplaçait toujours avec des chevaux de grand prix et des voitures à quatre roues, accompagné de serviteurs équipés militairement. En plus de ceux-ci, il mettait son point d’honneur à avoir un grand nombre de jeunes esclaves de belle apparence et qui plus est un cortège de courtisans mal élevés. Aussi bien en ville que dans ses résidences des champs, mettant tout son soin à réaliser un étalage de sa richesse en vaisselle d’argent ciselé et literie teinte de pourpre marine, il servait des festins splendides, d’une abondance royale, surpassant le luxe des Perses par ses dépenses et ses prodigalités extravagantes. Il les dépassait aussi par son arrogance. C’est que le caractère de ce personnage sans éducation ni instruction, qui avait obtenu licence d’agir à sa guise sans avoir à rendre de comptes ainsi qu’une condition très fortunée, engendra en premier lieu la morgue, ensuite les excès, et pour finir la ruine pour lui-même et de grands malheurs pour sa patrie. Achetant en effet une multitude d’esclaves, il les traitait de façon ignominieuse, marquant au fer rouge le corps de gens qui dans leur propre patrie avaient été des hommes libres avant de faire l’expérience de la condition de prisonnier de guerre et d’esclave. Il faisait enchaîner une partie de ces gens et, les fers aux pieds, il les jetait dans les ergastules ; les autres, il les désignait pour la garde des troupeaux sans leur fournir ni la vêture ni la nourriture adéquates. » (Livre XXXIV, Fr 5)

 

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Vincent Azoulay, Les tyrannicides d’Athènes. Vie et mort de deux statues, Seuil, coll. L’Univers historique, broché, 384 pages, 23 €. 

 

Représentant les meurtriers du tyran Hipparque, les deux statues furent érigées sur l'agora d'Athènes. Tour à tour vénérées, outragées et imitées, elles ont connu alternativement des moments de gloire et d'épreuves qui en ont fait de véritables icônes de la démocratie athénienne. Vincent Azoulay, spécialiste du Ve siècle athénien, reconstitue la vie mouvementée de ces statues, symboles d'un pan entier de l'histoire des cités grecques.

 

Extrait :« De simple péripétie – pour reprendre un terme associé à la tragédie -, le meurtre d’Hipparque devint progressivement, dans la mémoire collective des Athéniens, le symbole même de la lutte contre la tyrannie et du combat pour la liberté. Au Ve siècle, Harmodios et Aristogiton furent célébrés en tyrannicides, non seulement dans les banquets privés, par l’intermédiaire d’une chanson composée à leur gloire, mais aussi dans l’espace public, par des sacrifices annuels organisés par l’un des magistrats les plus prestigieux de la cité. Ils eurent surtout l’insigne privilège d’être statufiés sur l’Agora en libérateurs de la patrie. Deux groupes statuaires à leur effigie se succédèrent sur la grande place de la cité : le premier, sculpté par Anténor, fut érigé à un moment difficile à déterminer, entre l’exil d’Hippias, en 510, et la prise d’Athènes par les Perses, en 480 ; façonné par Kritios et Nésiotès, un second groupe fut installé en 477-476 pour remplacer les bronzes d’Anténor, emportés par Xerxès dans l’une de ses capitales royales. C’est à l’histoire mouvementée de ces deux monuments que cet ouvrage est consacré. » (pages 13-14)

 

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Claude Nicolet, Les Gracques. Crise agraire et revolution à Rome, Gallimard, coll. Folio Histoire, édition revue, broché, 326 pages, 8,40 €.


La révolution agraire débute en 134 av. J-C. C'est alors tout un mythe qui vole en éclats : la sagesse et l'équilibre du gouvernement de la République, comme la solidarité unissant le peuple romain. En dépit de nombreux obstacles, la révolution permet la mise en place de la commission agraire. À travers le récit des événements par Plutarque, Tite-Live, Cicéron ou Appien, Claude Nicolet (1930-2010) analyse les causes et les conséquences de cette crise si profonde qu’elle durera un siècle.


Extrait : « […] Les Gracques ont été signe de contradiction, source de scandale. Les contemporains, puis les successeurs, ont eu le sentiment, avec eux, d’une rupture du passé romain, du début d’une révolution. Dès le départ, personne ne s’y est trompé. En l’espace de quelques mois, de décembre 134 à juin ou juillet 133, l’action politique de Tibérius Gracchus et de ses partisans, menée dans la fièvre de l’espoir pour les uns, dans la haine et la crainte pour les autres, terminée dans les massacres d’une émeute qui était presque une guerre civile, avait inauguré pour Rome l’ère des révolutions. Pour la première fois depuis des siècles, les citoyens s’étaient affrontés dans la violence, le sang avait coulé. Ce n’était pas encore le choc des armées fratricides, mais c’était à coup sûr la fin d’un certain nombre de mythes : celui de la sagesse et de l’équilibre du gouvernement de la République, celui de la solidarité profonde des Romains. La République exemplaire dont la discipline, la concorde et le patriotisme avaient triomphé d’Hannibal, puis du monde entier, risquait de se déchirer elle-même. » (pages 10-11)

 

 

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