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Liu Zhiji, Traité de l'historien parfait. Chapitres intérieurs, introduit, traduit et commenté par Damien Chaussende, Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, broché, CLIII - 832 pages, 55 €.

 

Le Traité de l'historien parfait fut composé au début du VIIIe siècle de notre ère, sous la dynastie des Tang, par l'historien Liu Zhiji (661-721) qui souhaitait laisser à la postérité ses réflexions personnelles sur la manière dont l’histoire devait être écrite. Cet auteur fut un professionnel dans ce domaine, employé de l’État impérial, et c’est là que réside tout l’intérêt du livre qu’il nous a transmis, qui nous ouvre pour ainsi dire les portes de l’historiographie officielle en Chine. La présente édition comporte la traduction intégrale des chapitres intérieurs – le cœur théorique du Traité – et en annexe, celle d’un chapitre extérieur sélectionné pour son intérêt autobiographique. Cette traduction, qui représente un peu plus de la moitié de l’ouvrage dans son ensemble, est la première publiée dans une langue occidentale.

 

« Livre cinquième

 

XV. La sélection des matériaux

 

Dans l’Antiquité

 

1. Le maître dit :

 

J’ai encore vu le temps où les historiographes laissaient des blancs.

 

On voit par là que depuis bien longtemps il y a des lacunes dans les œuvres historiques ; qui, hormis les hommes de grand savoir, peut les combler ? C’est parce que l’on réunit de nombreuses fourrures que des robes précieuses nous tiennent chaud. C’est parce que l’on assemble de nombreuses pièces de bois que de vastes bâtiments peuvent être édifiés. Depuis l’Antiquité, les lettrés qui explorent les antres, les caches et les montagnes à la recherche de documents ainsi que les gentilshommes qui ont sur eux crayons et tablettes sont toujours à l’affût de propos divers et variés ; ils rassemblent les paroles des uns et des autres et peuvent ensuite en faire un ouvrage original qui se transmettra sur des générations. Considérons Zuo Qiuming qui, après avoir reçu le texte (des Printemps et automnes), en fit un commentaire qui incluait les autres États. À cette époque, il disposait de textes comme la Monographie de Zhou, les Annales de Jin, le Livre de Zheng ou encore les Chroniques de Chu, qu’il collecta et dont il mêla les contenus afin de composer un ouvrage distinct. S’il s’était appuyé uniquement sur les annales du pays de Lu et qu’il ne s’était renseigné qu’auprès de Confucius, comment aurait-il pu rassembler autant de matière et traiter les événements avec autant d’ampleur ? » p.104-105.

 

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AKIHIRA

 

Fujiwara no Akihira, Notes sur de nouveaux divertissements comiques, texte établi, traduit et annoté par Francine Hérail, Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, broché, LX - 432 pages, 35 €. 


L'auteur de ce court texte, le fonctionnaire lettré Fujiwara no Akihira, est aussi le compilateur d’une anthologie de textes écrits en sino-japonais par des lettrés, à l’inspiration fort convenue. Avec les Notes sur de nouveaux divertissements comiques, il inaugure un genre nouveau. Il joint à une longue énumération des distractions proposées au peuple de la ville par des baladins, la description de vingt-huit types humains, membres de la famille d’un capitaine et propres à composer une suite aux imitations et parodies des histrions. S’il est probable qu’Akihira était intéressé par les transformations de la société de la capitale et par sa diversification, son but premier est pédagogique. Il fournit ainsi une vision très fiable de la société et des activités économiques du temps, offrant un tableau inégalable de l’affaiblissement de l’administration ancienne et de l’apparition de ce qui sera la société médiévale.


« Section 18

La treizième fille, le laideron, et son galant le charbonnier


La treizième demoiselle est parmi les filles la lie et le son : elle est si laide et répugnante qu’on ne peut la montrer ; elle est si rustaude qu’il n’est pas possible de la mettre en service. Pour ce qui est de son aspect physique, sa tête est hirsute comme un champ d’armoise, son front est court, les dents lui sortent de la bouche, son menton est en galoche, ses oreilles pendent, ses pommettes pointent, sa face est longue et ses joues rétrécies, ses dents mal rangées et espacées la font bafouiller, son nez épaté est bouché. Elle est voûtée et sa poitrine ressort comme celle d’un pigeon, son ventre gonflé lui donne l’aspect d’une grenouille, sa boiterie lui fait une démarche tortueuse, son teint est brouillé par les dartres et la gale. Son cou est si court que le col de son vêtement est trop grand, sa taille si haute que le pan de sa robe est trop court. Son corps émet une mauvaise odeur de sueur et son vêtement attire les poux. Ses mains sont comme des râteaux et ses pieds comme des lames de houes. Elle a beau se poudrer le visage, il ressemble à celui d’un renard ; si elle y met du rouge, il devient comme le derrière d’un singe. » p. 177.

 

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