Nous apprenons le décès de Nathanaël Dupré La Tour, survenu lundi dernier dans un accident de voiture. Il avait 34 ans.

Il venait de publier un essai profond aux éditions du Félin, Au seuil du monde, dont nous désirons citer sobrement un paragraphe ici, clotûrant le premier chapitre, qu'on peut lire en intégralité sur le site de son éditeur.


J’ai cru d’abord qu’il y avait le monde urbain, ses  néons, ses jingles et ses tableaux de bord, et son désir d’extension infinie ; et çà et là quelques enclaves poétiques qui étaient autant de refuges pour les hommes fatigués – des lieux de vacance au sens plein du mot. Voire. Le monastère et son rapport au temps ne sont peut-être pas le contraire de ce que vit l’homme de la Ville ; mais un miroir utile en ce qu’il ne se situe pas hors du monde mais à son seuil. Parce que vous êtes au bord du monde vous êtes sans doute poreux à sa contagion, mais cela signifie également que ceux que vous accueillez un instant peuvent retourner dans le monde sans y être pris. Encore faut-il qu’ils gardent de leur passage aux abords du cloître la trace de cet autre mode d’existence, qu’ils aient à l’esprit, quotidiennement, l’idée qu’un autre monde est possible ; c’est-à-dire qu’une autre façon d’être, une autre relation au monde est envisageable et qu’il leur revient, individuellement, de l’envisager.

 

Nous aimions son Instinct de conservation précédemment publié aux mêmes éditions, et sa distinction salutaire entre la réaction parfois stérile et la conservation, plus pérenne et lumineuse. Nous lui souhaitons, pour pallier maigrement l'ironie de sa disparition, toute la grâce de l'autre monde, et nous nous joignons à la tristesse de sa famille.

 

sueil-du-monde.jpg

 

Retour à l'accueil