Le cycle des vœux s’achève aujourd’hui, nous espérons qu’il vous aura porté chance et que vous y avez trouvé de belles idées de lecture. Pour terminer, nous laissons la parole à Pierre Brulé. Meilleurs vœux à tous et toutes et restez attentifs, de nombreuses surprises sont à venir sur ce blog, et dans notre chère librairie !

 

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Sœurs et frères lecteurs, bonne année et captivantes lectures !


Facile (et agréable) de s’adresser ainsi à des privilégiés, à des convertis, mais combien plus ardue la tâche de persuasion de celui que n’a pas été touché par l’amour des mots, qui ne lira pas ces vœux, qui m’est inatteignable. Aussi serait-il vain d’ajouter ici ma voix au chœur des lamentations sur ce désamour : sur l’école, sur les images – surtout quand elles bougent et parlent -, sur le « 140 max. », sur l’englishisation rampante et triomphante (ad libitum). En socialement incorrect, individualistes, mes frères, confortons-nous donc les uns les autres dans notre dilection par l’évocation de souvenirs.


À je ne sais quel âge infantile, je lisais les Trois mousquetaires pour la énième fois, m’éjouissant à chaque fois de cette rouerie qu’Athos a glissée au cœur des derniers mots de ce sauf-conduit extorqué à Richelieu : « C’est sur mon ordre et pour le bien de l’État que celui qui le porte a fait ce qu’il a fait ». Et pourtant ! Mon frère aîné, qui partageait ma chambre mais moins ma passion, ne supportait pas la lumière de la lampe portative que je glissais sous mes draps. Plutôt que de me priver du bonheur des mots, je me libérais en me réfugiant dans la baignoire sabot de la salle de bains contiguë (gla-gla !) sans y connaître jamais la satiété. Jouissance narcissique ? Il y a de ça. Mais la lecture donne aussi de douces occasions de partage. Lire et relire les scènes du jardin et de l’échelle du Rouge et le Noir qu’on se repassait, nous permettait, le matin au lycée, d’échanger, mon camarade de quatrième, son émoi, moi, mon trouble ; résultat : nous nous les amplifions. C’était le temps de la découverte de la poésie, d’un poète : Rimbaud. Je lui dois un de mes rares succès scolaires : pour avoir choisi et prêté ma forte voix à son Forgeron (un peu trop hugolien, pourtant). Quant à mon goût tardif pour une autre pensée, une autre langue, c’est la lecture d’Aristophane qui m’y a introduit. Et, depuis ce temps, s’il est un livre dont je rêve de savoir l’écrire, c’est celui où je dirais tout ce que j’aime chez lui.


Je viens d’apprendre qu’il est premier, Hésiode arrive premier des auteurs grecs en « Budé » !  Donc, avant tout, fut Chaos ; puis Terre aux larges flancs/ Assise sure à jamais offerte à tous les vivants,/ Et Éros, le plus beau parmi les dieux immortels,/Briseur de membres qui, dans la poitrine de tout dieu comme de tout homme,/Dompte le cœur et le sage vouloir... Il peut faire mieux, sortir de sa catégorie. Il faut le dépouiller de ses poussiéreux oripeaux : académisme, pédantisme, le lire «  ingénument », le rendre ce qu’il est : riche, déroutant. Mes séniors étudiants de l’Université du Temps Libre n’ont-ils pas été d’emblée saisis d’étonnement, ravis, par ce contact – in vivo - avec une telle représentation du monde et du divin ? Hésiode doit progresser.

 

Paris, décembre 2012,

 

Pierre Brulé.

 

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Pierre Brulé est historien spécialiste de la Grèce classique, professeur émérite à l'Université de Rennes 2. Il est l'auteur de Périclès : L'apogée d'Athènes, Gallimard (coll. « Découvertes Gallimard », 1991, réimpr. 1994), La Grèce d'à côté. Réel et imaginaire en miroir en Grèce antique, Presses Universitaires de Rennes, 2007 et Les femmes grecques à l'époque classique (Hachette, 2006). Il a également dirigé le volume La norme religieuse en Grèce (Liège, 2011).


Son tout nouvel ouvrage vient de paraître aux Belles Lettres:


Comment percevoir le sanctuaire grec ? Une analyse sensorielle du paysage sacré (2012)


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Découvrez également:


Périclès : L'apogée d'Athènes (Gallimard, 1991)


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Les femmes grecques à l'époque classique (Hachette, 2006)

 

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