Pour vous remercier de votre fidélité, nous avons organisé une animation pour les jours qui arrivent, afin de passer tous ensemble cette période heureuse pour les uns, plus difficile pour d'autres. 

Après Jean-Noël Robert qui a inauguré le cycle hier soir, voici le message de Michel Valensi.

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Nous, passagers du vaisseau XXe siècle, qui allons chez Budé, passons « à » Budé, faisons le détour par Budé, revenons de Budé, cherchons dans Budé, achetons un Budé (et à qui tout l'alentour s’efforce de nous désapprendre que le chemin qui mène aux livres passe par ces lieux d’étagères et de tables enchevêtrées, de piles en équilibre instable où Héraclite côtoie Verlaine, de vitrines où trônent, en toge, les douze Césars de Suétone, insensibles aux émissions de CO2 et de TF1 comme à la fraîcheur du boulevard, et qui constituent sinon le désordre nécessaire, en tout cas l’ordre un peu plus compliqué en ces temps difficiles pour permettre qu’un livre soit cet emberlificotement de questions auxquelles répond la vie, la vie que l’on choisit de vivre, en lisant, en apprenant, en pensant, en créant), souhaitons, en cette fin 2012, à ceux du XXIe siècle, dont il ne faut jamais désespérer, les meilleures lectures possibles accumulées depuis des temps immémoriaux et qui, si tant est qu’on veuille les lire, n’ont pas pris la moindre ride.  


Prenez Thucydide (dans la traduction de Jacqueline de Romilly, et désormais en édition bilingue dans les Classiques en poche, Paris, Les Belles Lettres, 2009) par exemple, qui aura 2484 ans cette année, et lisez le § 82 du livre III:


« On changea jusqu’au sens usuel des mots par rapport aux actes dans les justifications qu’on donnait. Une audace irréfléchie passa pour un dévouement courageux à son parti ; une prudence réservée pour lâcheté déguisée, la sagesse pour le masque de la couardise, l’intelligence en tout pour une inertie totale; les impulsions précipitées furent comptées comme qualité virile, et les délibérations circonspectes comme un beau prétexte de dérobade. Les mécontents obtenaient toujours la confiance, et leurs contradicteurs la défiance. Intelligent était celui dont l'intrigue avait réussi, plus habile encore qui avait su la pénétrer »


 

Qui dit ça aujourd’hui d’un monde où la force de conviction se mesure à l’aune du pouvoir dont on dispose pour l’imposer? Relire Thucydide, à l'aube de ce XXIe siècle, c’est trouver les « armes à pensée » pour « apprendre, apprendre pour penser, penser pour créer, créer pour créer » (disait le bon Jules Lequier). 


Programme pour cette année entière et celles qui suivront, que nous vous souhaitons en tout cas les meilleures que possible.

 

Paris, décembre 2012,


Michel Valensi.


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Michel Valensi (ici sur la photo avec Patricia Farazzi) dirige les Éditions de l’Éclat qui ont fêté leurs 25 ans en 2010.  Nous nous étions alors entretenus avec lui ici-même pour une présentation de son catalogue et de son état d’esprit alors que l’édition des sciences humaines se trouvait (et se trouve toujours) dans une situation plutôt difficile. Depuis, plusieurs de leurs belles parutions sont venues grossir le lot des livres que nous tentons de protéger contre la vague gigantesque des productions annuelles. 

 

En voici quelques-unes :

 

Leo Spitzer, L’harmonie du monde


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Léon Chestov, La nuit de Gethsémani


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Imre Toth, Platon et l’irrationnel mathématique


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