Ce soir, dans notre cycle des vœux, Jean-Nicolas Corvisier vous emmène faire un tour dans le bassin méditerranéen, et plus spécialement au cœur du « miracle grec » et de la guerre….

 

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Dans notre monde en pleine mutation, où l’agitation et le mouvement sont devenus synonymes d’action, au point qu’on a oublié que ce qui est le plus nécessaire, c’est de s’arrêter de  bouger pour réfléchir, les sagesses antiques et médiévales sont pour nous un exemple et une leçon de modestie. La vie était plus courte, mais les vrais Lettrés prenaient le temps de réfléchir.

Dans un monde où le drone prétend remplacer l’humain au point que la « guerre zéro morts »  finira par justifier n’importe quel conflit, n’importe quel recours irréfléchi à la violence, il est bon de se replonger dans l’œuvre d’Hérodote dont les excursus autorisent tant d’associations d’esprit, dans celle de Thucydide dont la logique implacable démonte les ressorts psychologiques de l’espèce humaine jusqu’à expliquer les horreurs de la guerre et les difficultés de la paix — que la Guerre du Péloponnèse soit lecture obligatoire à l’école des officiers de West Point prouve bien la modernité de l’Antiquité —, dans celle de Platon qui montre que l’arrière plan  métaphysique n’est jamais loin lorsqu’on s’interroge sur le monde dans lequel on vit, dans celle d’Aristote qui met en place sa classification ou celle de Plutarque qui y ajoute la profondeur de l’humain. On se permettra aussi un détour par Athénée qui permet de déguster les mots comme les mets rares qu’ils sont réellement.

Dans un monde où les Nouvelles Techniques de Communication sont devenues une fin alors qu’elles ne devraient être qu’un moyen, utile certes, parfois même indispensable mais à condition qu’il soit au service de la réflexion au lieu de la conditionner, le Livre est un bon antidote à la dictature du virtuel. Il se prend en main, se feuillette, se touche, se hume avec sa bonne odeur de bois, de colle et d’encre. Prenez-en un dans une bonne librairie, une de celle où on a le temps et où on ne vous force pas à acheter de suite et à vider les lieux aussitôt, reposez le, prenez-en un autre, feuilletez-le et, tout comme moi, vous sentirez que votre esprit s’ouvre.

Aussi, pour autant que je puisse m’autoriser à formuler un vœu pour vous, ami lecteur, c’est de garder intacte la fraicheur d’esprit qui vous permettra d’établir ce contact presque instantané avec le livre ; c’est aussi de vous plonger dans les textes antiques, de les lire intégralement, en tâchant de vous identifier à leurs premiers lecteurs, ceux pour lesquels ils ont été écrits. Si vous devez gagner du temps, passez par la collection Signets, si utile et si suggestive, qui vous montrera la diversité de point de vue de l’Antiquité. Alors vous viendra l’envie de lire les ouvrages des Modernes sur les Anciens.


Paris, décembre 2012,


Jean-Nicolas Corvisier.

 

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Jean-Nicolas Corvisier est Professeur des Universités en Histoire Ancienne. Il a publié plus d’une quinzaine d’ouvrages dont notamment Philippe II de Macédoine (Fayard, 2002) et, aux Belles Lettres, Les Grecs et la mer (Coll. Realia, 2008), ouvrage primé par l’Académie Française et l’Académie de Marine. Il est aussi président de la Commission Française d’Histoire Militaire et, à ce titre, assure dans ce domaine la représentation de la France à l’étranger.

 

Philippe II de Macédoine ( Fayard, 2002)


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Les Grecs et la mer (Les Belles Lettres, coll. Realia, 2008)


Corvisier, Jean-Nicolas - Les Grecs et la mer

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