Nous les avons découverts en 2012, nouveaux ou non et avons tenu à vous faire partager ces trois publications qui  nous aurons le plus enthousiasmés. Le choix fut dur, n'en doutez pas !

 

 

Les 3 favoris de Gaëtan Flacelière

 

 

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Kurt Flasch, Introduction à la philosophie médiévale, traduit par Janine de Bourgknecht, Paris, Flammarion (coll. Champs), 1998, 254 pages, 8,20 €.

 

L’ouvrage de l'historien allemand Kurt Flasch a piqué ma curiosité par son approche séduisante : initier le lecteur à la philosophie médiévale, non en proposant une histoire linéaire ou thématique de cette discipline exigeante, mais en présentant, par couple de savants, les grandes confrontations intellectuelles de ce temps : Averroès contre Albert le Grand, Abélard contre les traditionnalistes, etc. Kurt Flasch, capable d'éclairer le point de détail le plus obscur même aux têtes peu philosophiques, nous fait apprécier à sa juste valeur, gigantesque, des siècles de réflexions et de débats.

 

 

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Israël Zangwill, Enfants du Ghetto : étude d’un peuple singulier, traduit par Marie-Brunette Spire, Paris, Les Belles Lettres, 2012, 249 pages, 29,50 €.

 

Enfants du Ghetto décrit la lutte quotidienne pour la survie des enfants d’immigrés juifs est-européens dans une Angleterre victorienne en pleine mutation. Zangwill, observateur méticuleux et malicieux, explore à travers le destin de la famille Ansell les souterrains de la communauté juive de l’East End, aussi mystérieuse que pittoresque. Ce roman qui tient autant de la chronique sociale très en vogue à la fin du XIXe siècle que du roman de moeurs, connut récemment les joies d'une traduction française, 120 ans après sa publication anglaise. J'en recommande chaleureusement la lecture, accessible et enrichissante.

 

 

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Dion Cassius, Histoire Romaine. Livres 38, 39, 40, texte édité par Guy Lachenaud, traduit et commenté par Guy Lachenaud et Marianne Coudry, Paris, Les Belles Lettres (coll. C.U.F), 2011, 483 pages, 53 €.  

 

Avec un souci du détail dont il ne faisait pas toujours preuve dans les livres précédents, Dion Cassius rapporte le destin de l’alliance formée par César, Pompée et Crassus en 60, et les conséquences désastreuses de sa rupture. L’excès de liberté mène à la guerre civile, tel est l’avertissement que lance Dion Cassius, oriental appelé au Sénat et fidèle aux idées monarchiques, dans ces livres d’une importance capitale dans l’œuvre de l’historien romain et, plus largement, pour notre connaissance de la République romaine.

 

 

Les 3 favoris de Mélanie Mougin

 

 

Virgile, Eneide (Paul Veyne)

 

Virgile, L’Énéide, présentation et nouvelle traduction de Paul Veyne, Paris, Albin Michel, les Belles Lettres, 2012, 439 pages, 24 €. 

                                                

Quel meilleur prétexte pour lire ou relire L’Énéide qu’une traduction de Paul Veyne ? Sous sa plume, les aventures du héros troyen Énée s’avèrent palpitantes et nous entraînent sur des rivages tantôt hostiles tantôt exotiques tantôt amis jusqu’à l’accomplissement de sa quête. Cette traduction, se dévorant plus qu’elle ne se lit, prouve que ce grand poème épique s’adresse au public le plus large. Il nous reste à louer le style, qui allie fluidité et lyrisme pour mieux nous faire apprécier la modernité du texte de Virgile.

 

Voir également la vidéo de la rencontre à la Librairie de Paul Veyne et Hélène Monsacré, le 22 novembre dernier. 

 

 

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Véronique Boudon-Millot, Galien de Pergame : un médecin grec à Rome, Paris, Les Belles Lettres, collection Histoire, 2012, 404 pages, 29 €.

 

Dans ce livre, nous suivons avec avidité le parcours atypique de ce témoin de la société romaine du  IIe siècle au fil des pages. Médecin des gladiateurs et de l’empereur Marc-Aurèle puis de son fils Commode,  la vie de Galien fut riche en évènements et en voyages mais surtout marquée par sa grande entreprise de rédaction. Un personnage haut en couleur que nous découvrons avec plaisir grâce au travail exceptionnel réalisé par Véronique Boudon-Millot, qui a su utiliser toutes les sources disponibles pour nous offrir ce livre d’une fluidité étonnante.

 

Voir également la vidéo de la rencontre à la librairie avec Véronique Boudon-Millot et Jacques Jouanna, le 25 octobre dernier. 

 

 

Agut, Chauveau

 

Héros, magiciens et sages oubliés de l'Egypte ancienne : une anthologie de la littérature en égyptien démotique, textes traduits et présentés par Damien Agut-Labordère et Michel Chauveau, Paris, Les Belles Lettres, Collection La roue à livres, 2011, XXVI-396 pages, 23.40 €.

 

Grâce à cette anthologie, nous découvrons une époque méconnue de la civilisation égyptienne, marquée par de nombreuses mutations, ne serait-ce que celle de son écriture et de sa langue, le démotique. Nous apprécions l’introduction détaillée qui replace ces documents dans leur contexte historique et nous informe sur la langue. Nous prenons enfin particulièrement plaisir à lire les hauts faits de Pethekhons ou encore les aventures du magicien Setné, personnages oubliés qui reprennent vie grâce aux traducteurs. Notons que la plupart de ces textes sont inédits ce qui ajoute encore de l’intérêt de ce livre.

 

 

Les 3 favoris de Paméla Ramos

 

 

Inuit

 

Michèle Therrien, Les Inuit, Paris, Les Belles Lettres (coll. Guide Belles Lettres des civilisations), 2012, 272 pages, 17,50 €.

 

Découvert dans la clarté brûlante du Sud au mois d’août, ce petit livre ne cesse de m’émerveiller, saison après saison (au point que nous recevrons son auteur le 21 février à la librairie pour tenter d’en savoir plus…). Méconnue, cette « civilisation » l’est certainement, bien qu’elle ait un nombre incalculable de leçons à nous apprendre sur l’espace, le sommeil, l’animal, l’humour, le genre… Sa langue, poétique en puissance et sans cesse renouvelée est un voyage à elle seule, et le chapitre qui y est consacré achève de nous convaincre de la force et de l’exemplarité de ces contrées généreuses, actuellement menacées mais dont les habitants n’oseraient jamais parler en termes négatifs, à propos de leur avenir, « de peur que les mauvaises choses se produisent ». Aucune pitié ou condescendance à la lecture de ce guide intelligemment organisé en parties autonomes et essentielles (la religion, l’art, le territoire, la famille…) : mais de l’admiration, oui, et de la gratitude pour ce souffle inattendu venu des grands espaces lumineux vivifier notre territoire à nous, bien terne, en regard.

 

 

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Jean Bottéro, Babylone et la Bible, Entretiens avec Hélène Monsacré, Paris, Fayard (coll. hachette Pluriel), 2012, 318 pages, 10 €.

 

De la générosité, en ces temps utilitaristes (Nuccio Ordine vous le dirait mieux que moi dans son très récent Manifeste pour l’utilité de l’inutile), c’est également ce qui nous est offert gracieusement dans la publication en format poche de ces entretiens proprement solaires. Hélène Monsacré, avec la finesse et l’érudition qui lui sont coutumières permet à Jean Bottéro de se livrer remarquablement dans une première partie consacrée à sa vie (un religieux « apostat », assyriologue parmi les premiers, au début du XXe siècle) puis de nous emporter dans une étude comparée passionnante entre la Bible et la littérature babylonienne. Le savoir incarné dans sa plus intelligible forme : la parole d’une expérience donnée et recueillie en toute confiance.

 

 

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Joseph Bidez, La vie de l’Empereur Julien, Paris, Les Belles Lettres (coll. Études anciennes), 1930, 3e tirage 2012, X-412 pages, 25,40 €.

 

Est-il encore nécessaire de présenter cet ouvrage de référence remarquable en tous points ? Écrit en 1930, par l’un des plus grands hellénistes et historiens des religions que le siècle passé a connu, l’ouvrage s’est vu réimprimé début 2012 (1), pour accompagner l’anthologie de sources antiques sur Julien que j’ai humblement (mais passionnément) rassemblées à la même date (2) et qui n’aurait jamais vu le jour sans un retour perpétuel à ce présent ouvrage, épuisé depuis des décennies. Certes, la biographie récente de Lucien Jerphagnon (3) sur cet empereur philosophe que l’on s’attache pour de multiples raisons (4) est magnifiquement écrite, mais elle s’apparente plus à un hommage vibrant et personnel au travers duquel on entendra l’admiration – toutefois critique (et comment ne pas l’être parfois face à une figure si mouvementée !) de l’historien qu’à une véritable biographie érudite. De même le Julien de Glen W. Bowersock (5), s’ouvrant sur Cavafy, poète grec infusé d’amour pour l’Apostat, se souciera d’être synthétique salutairement, mais pas toujours exhaustif. Malgré toute l’admiration que j’ai pour le travail accompli par ces deux maîtres, pour des raisons de cœur qui s’argumentent par le plaisir de lire une plume virtuose et toute imprégnée de ces siècles derniers de l’Empire, obscurs et encombrés, doublé d’un retour systématique aux sources et d’une rigueur scientifique hautement bénéfique, j’affirme sans doute possible que s’il ne fallait lire qu’un ouvrage sur Julien, ce serait celui de Joseph Bidez.

 

(1) En conservant la saveur désuète de la mise en page et de la typographie de l’époque, ce que nous appelons plus vulgairement « reprint »

 

(2) La Véritable Histoire de l’Empereur Julien, Paris, Les Belles Lettres, 2012.

 

(3) Lucien Jerphagnon, Julien dit l’Apostat, Paris, Tallandier, coll. Texto, 2010.

 

(4) Sa liberté par exemple, mais aussi sa fidélité, sa passion, son intégrité, son mauvais caractère, ses traités parfois incompréhensibles, sa politique courageuse, son sens unique de la polémique…

 

(5) Glen W. Bowersock, Julien l’Apostat, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Armand Colin, 2008.

 

 

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