Chaussende - La Véritable histoire du premier empereur de

 

Après nous être intéressés à l’éthique néo-confucéenne et au genre méconnu des Commémorations, nous vous proposons la lecture d’un nouvel et dernier entretien consacré cette fois à deux périodes charnières de l’histoire de la Chine ancienne, celle du premier empereur Ying Zheng (247-210) et celle de la dynastie des Jin, plus de quatre siècles plus tard, symboles du système politique auquel nous nous intéresserons aujourd’hui : l’Empire. Nous évoquerons ainsi, en compagnie de Damien Chaussende, sinologue et auteur aux Belles Lettres de deux ouvrages, La véritable histoire du premier empereur de Chine et Des Trois Royaumes aux Jin, les spécificités historiques d’un système tributaire d’un mode de pensée spécifique, le processus de légitimation du pouvoir impérial, le rapport entre l’histoire et l’historien en Chine ancienne, ou encore l’héritage politique, social et intellectuel de ces périodes à la fois riches et troublées dont les réformes et la philosophie auront des répercussions gigantesques sur la pensée et l’histoire chinoise, y compris contemporaine.

 

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Gaëtan Flacelière

 

Damien Chaussende, vous êtes docteur en études chinoises et membre du Centre de Recherche sur les Civilisations de l'Asie Orientale. Pourriez-vous en premier lieu nous dévoiler votre parcours et nous expliquer l'origine de votre passion pour la Chine, sa langue et son histoire ancienne ?

 

Damien Chaussende

 

Comme beaucoup de mes confrères orientalistes, j’ai cette passion pour l’Asie en général et la Chine en particulier depuis l’adolescence. J’ai donc décidé, après mon bac, d’étudier la langue et la culture chinoises à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), où j’ai parcouru l’ensemble du cursus, depuis les balbutiements de la première année jusqu’à la thèse, que j’ai soutenue en 2008. Très vite, durant mes premières années d’études, je me suis passionné pour l’histoire, et en particulier la période du haut Moyen Âge, c'est-à-dire la période intermédiaire entre les deux illustres dynasties des Han (206 av. J.-C.-220 ap. J.-C.) et des Tang (618-907). La Chine était alors fragmentée en de nombreux États qui luttaient les uns contre les autres dans l’espoir de réunifier le territoire. Les Trois royaumes sont le premier moment de cette dynamique qui ne prend qu’en 589 avec l’unification réalisée sous la dynastie des Sui (581-617).

 

G.F.

 

Votre second ouvrage aux Belles Lettres (dont nous parlerons en premier pour la clarté du propos), dans la collection « La véritable histoire », a pour sujet le premier empereur de Chine, Ying Zheng, qui unifia en 221 (av. J.C.) les différents territoires pour fonder un nouveau système politique : l'Empire. Dans quel contexte ce « souverain à la fois génial, excessif et mégalomane » prend-il le pouvoir ?

 

Damien Chaussende

 

Au troisième siècle avant notre ère, la Chine n’est pas unifiée : c’est un ensemble de petits États plus ou moins étendus qui se font la guerre en permanence, au gré d’alliances diverses. C’est la fin de la période dite des « Royaumes combattants ». Le Qin est l’État le plus puissant du point de vue militaire. C’est une sorte de dictature où toutes les ressources du pays servent aux campagnes miliatires. Le père de Ying Zheng, Zichu, est un prince de Qin envoyé en otage dans un royaume rival, le pays de Zhao. C’était courant à l’époque : un souverain envoyait un membre de son clan en otage afin de sceller une alliance. Grâce aux intrigues d’un riche marchant, Zichu revient en grâce dans son État, devient le prince héritier, puis le roi de Qin. Il transmet à sa mort le trône à Ying Zheng.

 

G.F.

 

Ying Zheng fut un formidable réformateur, dont les décisions « jetèrent les bases de tous les pouvoirs politiques s'étant succédé en Chine jusqu'au début du XXe siècle ». Qu'a-t-il entrepris de si important et pour quels résultats ?

 

Damien Chaussende

 

 

La première réussite deYing Zheng fut l’unification territoriale. Pendant environ dix ans, de 230 à 221, il parvient à annexer progressivement les six autres États qui couvraient la Chine. L’année 221 marque l’annexion du dernier État, le pays de Qi. Ying Zheng est donc dès lors l’unique souverain et procède à des réformes d’envergure destinées à donner une identité propre et une unité au territoire qu’il contrôle. Tout d’abord, il adopte un nouveau titre, celui de huangdi (empereur, littéralement « auguste souverain »), afin de montrer qu’il est plus éminent que tous les souverains précédents. C’est un titre totalement nouveau qu’il crée à partir de deux termes : huang, que l’on pourrait traduire par « auguste », et di, utilisé dans des noms de souverains divinisés de la haute Antiquité. Certains savants proposent de traduire di par le néologisme « théarque », afin de rendre les dimensions divine et mondaine de ce terme. En plus de ce changement de titulature (dont je n’ai donné qu’un des aspects), Ying Zheng unifie les poids et les mesures, l’écriture, et met fin aux fiefs héréditaires (le territoire est désormais divisé en circonscriptions administratives).

  

G.F.

  

Un épisode fondamental de son règne se déroule dans les années 212-213. Au cours d'un banquet a lieu la confrontation de deux points de vue, celui de Chunyu Yue pour qui l'empire a besoin de « tirer les leçons de l'histoire » pour durer et celui de Li Si pour qui, au contraire, « le passé doit être oublié ». L'empereur prendra le parti du second, point de départ d'un gigantesque auto-dafé et d'une brutale persécution des lettrés. Pourriez-vous nous expliquer les raisons profondes d'un tel déchaînement et quelles conséquences cette persécution aura-t-elle sur la vie intellectuelle du pays ? 

 

Damien Chaussende 

 

Li Si, le Premier ministre du Premier empereur, promeut une véritable mise au pas idéologique du pays. Il ne souhaite plus voir s’affronter les points de vue entre lettrés, qui, bien souvent, exploitent (et recomposent) le passé pour étayer leur argumentation. Les livres, et en particulier les ouvrages d’histoire, sont des conservatoires de précédents et à ce titre, leur contenu peut être instrumentalisé contre les politiques mises en place par Li Si. Aussi, ce dernier convainc-t-il l’empereur de brûler les livres (à l’exception d’ouvrages pratiques, comme ceux traitant de médecine ou d’agriculture) et tout particulièrement ceux composés par les maîtres à penser (ce qui inclut, a priori, des ouvrages tels que les Entretiens de Confucius entre autres). Dans un second temps, l’empereur va plus loin encore et fait exécuter plus de quatre cents lettrés.

Dans cette affaire, il ne faut pas oublier que les sources sur lesquelles nous nous fondons, écrites sous les Han antérieurs (206 av. J.C.-9 ap. J.-C.), bien après la mort du Premier empereur et la chute de sa dynastie, furent composées par des lettrés qui soutenaient les Han. Il fallait donc diaboliser le Premier empereur pour mieux mettre en valeur la dynastie suivante, c’est-à-dire la leur. Les auteurs de ces sources ont donc très probablement exagéré les choses, mais l’hybris témoignée par ce souverain ne fait maintenant plus aucun doute, puisqu’on a découvert l’immense nécropole dans laquelle il s’est fait enterrer avec ses milliers de soldats en terre cuite.

L’autodafé a sans doute détruit beaucoup de livres, mais cela n’a pas empêché la transmission de certains ouvrages fondateurs, comme les différents classiques du corpus confucéen.

  

G.F.

 

Quel héritage Ying Zheng laisse-t-il à sa mort ?

 

Damien Chaussende

 

L’héritage d’Ying Zheng est de deux ordres, qui sont au fondement du concept d’empire en Chine : l’unité territoriale sous l’autorité d’un seul monarque effectif et la division de ce territoire en circonscriptions administratives dirigées par des fonctionnaires mutables et révocables. Ce sont les deux grands traits qui marquent une rupture entre la Chine « féodale » d’avant 221 (la Chine était divisée en de nombreux États, gouvernés par des souverains en principe vassaux du roi des Zhou, mais dans les faits indépendants) et la période impériale subséquente (il n’y a plus qu’un seul souverain et un seul pays, du moins en théorie).

C’est cette conception qui prévaut au IIIe siècle de notre ère, même si la situation d’alors est anormale aux yeux des contemporains, puisque le territoire est divisé en trois États, qui se prétendent chacun le véritable empire légitime.

 

G.F.

 

 

Votre premier ouvrage publié aux Belles Lettres, Des Trois royaumes aux Jin, traite du pouvoir impérial en Chine au IIIe siècle et plus particulièrement des différentes méthodes utilisées par les souverains pour imposer et asseoir leur légitimité au trône. Dans le cadre mental d'un chinois du IIIe siècle appartenant à l'élite, qu'est-ce que la « légitimité » ? Comment entend et interprète-t-il ce terme polysémique ?

 

Damien Chaussende

 

C’est à la fin du iie siècle que l’empire des Han commence de se disloquer : des crises à la cour fragilisent l’édifice impérial et des chefs de guerre en profitent pour se tailler des territoires autonomes dans le pays. La Chine aurait pu alors prendre la même direction que l’Europe occidentale du haut Moyen Âge barbare et se fragmenter définitivement pour laisser place à différents pays. Cependant, il y dans la philosophie politique chinoise classique un principe fondamental qui a empêché cette évolution : c’est la notion de mandat céleste. À l’époque impériale (mais cela se fonde sur des éléments bien plus anciens), le souverain tire sa légitimité (c’est-à-dire son droit à régner) du Ciel, une divinité régulatrice du cosmos et du monde humain. L’empereur (et par extension son clan) est choisi par le Ciel qui lui délègue un pouvoir, on dit qu’il est le Fils du Ciel (tianzi) ; cette filiation est spirituelle et le Ciel peut rejeter ce fils s’il le considère comme indigne de sa position. La divinité envoie alors des signes pour montrer aux hommes qu’il est temps de changer d’empereur. Dans un tel cadre, se construire une légitimité consiste à montrer que l’on succède correctement au souverain précédent, c’est-à-dire, entre autres, en montrant les signes que le Ciel a envoyés. Cette idée de succession correcte est d’ailleurs l’un des sens étymologiques du mot légitimité en chinois : zheng tong, où zheng signifie « correct », et tong, « succession » ou bien « exercice du pouvoir ». L’un des corollaires de la notion de mandat céleste est l’unicité du Fils du Ciel : la Chine ne peut être gouvernée que par un seul empereur. Ainsi, lorsque plusieurs chefs prennent ce titre, cela signifie qu’ils tiennent les autres pour des usurpateurs. C’est, il me semble, ce qui a poussé à la réunification chaque fois que le territoire était fragmenté.

 

G.F.

  

Qu'est-ce qu'un souverain dans la Chine de cette époque ? Quels sont ses prérogatives et ses pouvoirs ? De qui s'entoure-t-il et de quelles méthodes use-t-il pour conquérir et garder le pouvoir ?

 

Damien Chaussende

 

Le Fils du Ciel est le pivot de l’ordre sociopolitique et cosmologique (les habitants du « monde sous le Ciel » sont tous ses sujets, il n’a aucun égal), le sommet de la pyramide rituelle (il est le seul à pratiquer certains sacrifices officiels), et c’est à lui que revient le pouvoir de décision ultime. Bien entendu, tout cela, c’est la théorie. En pratique, il partage le pouvoir avec ses ministres, qui sont là pour le conseiller, pour l’aider à prendre les décisions et les faire appliquer. Hormis les empereurs fondateurs de dynastie, un souverain n’a pas vraiment à conquérir le pouvoir, le système de transmission héréditaire étant l’un des fondements de la philosophie politique chinoise. En revanche, conserver le pouvoir est un souci de chaque instant pour un empereur, non qu’on puisse facilement le détrôner, mais nombreux sont les ministres, généraux, épouses et concubines qui intriguent et cherchent à influencer ses décisions, dans l’objectif de neutraliser leurs rivaux et de placer leurs partisans. C’est exactement la façon dont ont procédé les Sima pour prendre le pouvoir dans l’État de Wei, dépossédant les souverains du pouvoir effectif et les réduisant à l’état de simples marionnettes rituelles.

 

G.F.

 

Pour quelles raisons la naissance des Trois royaumes au IIIe siècle est-elle, pour reprendre vos propos, « vécue en Chine comme un véritable cataclysme politique » ?

 

Damien Chaussende

 

L’existence même des Trois royaumes entre en contradiction avec la philosophie politique impériale : comment trois souverains peuvent-ils prétendre en même temps être Fils du Ciel ? Le cataclysme fut non seulement la naissance de ces Trois royaumes, et la dynamique guerrière qui s’ensuivit, mais la situation qui y conduisit, c’est-à-dire la chute des Han. Aux yeux des Chinois, cet empire avait duré presque quatre cents ans, il symbolisait l’unité et la paix.

 

G.F.

 

Votre livre relate notamment la lutte pour le pouvoir qu'engagera la famille Sima contre son adversaire principal, les représentants de l'Etat de Wei. Quelle est la composition de cette famille et comment réussira-t-elle à imposer son hégémonie et à unifier les différents territoires ?

 

Damien Chaussende

 

La famille Sima est à l’origine une famille de militaires qui ont été partisans d’un grand chef de guerre de la fin des Han, Cao Cao. En 220, Cao Cao meurt et son fils, Cao Pi, fonde, sur les ruines de la dynastie Han, sa propre dynastie, celle des Wei. A cette époque, Sima Yi, l’homme fort du clan Sima, est un général qui se rapproche graduellement des empereurs et se rend indispensable dans le domaine militaire. En 249, il provoque un coup d’État, prend le pouvoir, tout en laissant l’empereur des Wei sur le trône (c’est de cette façon que Cao Cao était devenu le vrai maître des Han). Quinze ans plus tard, le petit-fils de Sima Yi procède comme Cao Pi l’avait fait : il fonde les Jin en recevant l’abdication du dernier souverain des Wei (qui, bien évidemment, n’a pas son mot à dire dans l’affaire). Du point de vue de la légitimité, c’est une transmission correcte du pouvoir : le monarque abdicataire reconnaît qu’il n’est plus digne d’exercer le pouvoir, le Ciel lui ayant donné l’ordre de transmettre le mandat aux Sima.

Si l’État de Shu (l’un des Trois royaumes, dans le Sichuan actuel) a été annexé par celui de Wei en 263-264, lorsque les Jin sont fondés, le troisième des Trois royaumes est toujours bien présent : il s’agit du royaume de Wu, dans le Sud-est. Les Jin l’annexent en 280 et réussissent ainsi à réunifier le territoire, pour une courte durée cependant, puisque dès les années 300, leur édifice commence de se fissurer, certains chefs barbares faisant sécession.

 

G.F.

 

Question qui en appelle une autre : comment définiriez-vous le système politique appelé Empire tel qu'il fut organisé à cette époque ? Quels sont ses spécificités, ses buts, et quelle continuité peut-on établir entre cet Empire et celui du premier empereur Ying Zheng ?

 

Damien Chaussende

 

Le système politique en vigueur au IIIe siècle n’est pas fondamentalement différent de celui mis en place par Ying Zheng : le territoire est divisé en circonscriptions administratives (on trouve bien quelques fiefs, mais ils n’ont plus rien de ceux de l’Antiquité) et il est gouverné par un monarque unique, l’empereur (qui se fait toujours appelé huangdi), qui est le fils du Ciel. Dans les sources anciennes, une nette distinction est opérée entre deux grands systèmes politiques : le système des fiefs (fengjian zhi) et le système des commanderies et des districts (les deux circonscriptions administratives de base, junxian zhi). Le premier est une sorte de système féodal, où des feudataires gouvernent un territoire héréditaire et sont les vassaux d’un souverain unique, mais symbolique. C’est le système qui prévalait avant le Premier empereur. Le second correspond au système impérial tel qu’il est pensé par les Chinois : il n’y a plus de feudataires, plus de fiefs, mais des circonscriptions, des fonctionnaires et un monarque effectif unique.

 

G.F.

 

Qu'est-ce qu'un historien dans la Chine des premiers siècles, par rapport par exemple, à un historien grec ou romain ? Dispose-t-il d'un statut particulier ? Est-il nécessairement et uniquement un lettré ou peut-il disposer également d'un pouvoir militaire, politique ou économique ? A partir de quelles sources écrit-il lui-même ?

 

Damien Chaussende

 

Le premier historien à proprement parler est Sima Qian, qui vécut au deuxième et au premier siècle avant notre ère. Il est le premier à avoir composé une œuvre historique personnelle, les Mémoires historiques, qui relate l’histoire de la Chine depuis la haute Antiquité légendaire jusqu’à son époque. Bien entendu, on écrivait l’histoire avant lui, mais il s’agissait de simples annales composées le plus souvent par des scribes anonymes. Sima Qian livre une œuvre importante en terme de volume et surtout crée une nouvelle forme historiographique, le genre annales-biographies (des annales de souverains, suivies par des biographies de personnalités importantes, et complétées par des tableaux et des traités monographiques) qui deviendra le grand genre de l’histoire après lui.

Un historien chinois n’écrit pas l’histoire à la manière de ses homologues grecs ou latins : il ne rédige pas son texte d’un bout à l’autre, mais sélectionne, dans ses sources (annales, biographies, épitaphes, stèles, textes officiels tels que décrets, diplômes de nomination…) les passages qu’il juge intéressants et les recopie en les réorganisant. Un ouvrage historique est fondamentalement une mosaïque de textes que l’auteur a savamment cousus ensemble.

A partir de Sima Qian, ceux qui écrivent l’histoire ne forment pas un groupe social bien déterminé, ce sont des lettrés qui peuvent être aussi de grands ministres, des poètes, des érudits, rarement des hommes de guerre. Les empereurs commandaient des œuvres historiques à des lettrés selon les besoins politiques ou leurs envies. Inversement, des lettrés pouvaient aussi composer l’histoire de telle ou telle période d’eux-mêmes, par simple intérêt. A partir des Tang (dynastie ayant régnée de 618 à 907), l’historiographie devient une sorte de routine administrative avec la création du Bureau de l’histoire, une institution conçue spécialement pour contrôler et encadrer l’écriture de l’histoire. Cela n’empêcha pas des lettrés d’écrire des œuvres personnelles, mais le genre annales-biographies fut réservé aux œuvres composées officiellement dans le cadre du Bureau.

 

G.F.

 

Quel rôle jouèrent les historiens successifs de la Chine ancienne dans la légitimation du pouvoir impérial, ou dans sa remise en cause ?

 

Damien Chaussende

 

Dans la Chine traditionnelle, contrairement à la Grèce antique ou à la Rome républicaine, à l’exception notable de Zhuangzi (mais c’est un cas vraiment à part), aucun penseur n’a cherché à remettre en cause le pouvoir monarchique : il allait de soi. Si bien que les sources dont nous disposons ne s’attaquent pas au pouvoir impérial. L’historiographie est en revanche l’un des lieux où la légitimité d’une dynastie est fondée ou, au contraire, où elle est déniée. Lorsqu’on lit une œuvre historique ancienne, on sait tout de suite si tel ou tel État, ou si tel ou tel souverain est considéré par l’auteur comme légitime ou comme un usurpateur, ceci par la structure de l’œuvre, son contenu et les termes que l’historien emploie pour désigner les personnes. Aussi, lorsqu’un empereur ordonne à un lettré d’écrire l’histoire de la dynastie précédente, celui-ci subit des contraintes idéologiques spécifiques qu’il se doit de prendre en compte s’il ne veut pas être condamné pour crime de lèse-majesté.

 

G.F.

 

Damien Chaussende, au terme de cet entretien, pouvez-vous nous parler de vos futurs projets ?

 

Damien Chaussende

 

Il y a en beaucoup. Le plus important à mes yeux est la traduction d’un traité historiographique du VIIe siècle pour la « Bibliothèque chinoise », le Traité de l’historien parfait (Shitong) de Liu Zhiji (661-721). Pour l’heure je suis en train d’achever la traduction, pour la collection « Histoire », d’un ouvrage en anglais, Envioning Eternal Empire : Chinese Political Thought of the Warring State Era du sinologue Yuri Pines. C’est une synthèse sur la pensée politique de la période pré-impériale. Elle a ceci de particulier que l’auteur tente de cerner les principales racines idéologiques du système impérial. Par ailleurs, je dirige un important projet d’histoire générale de la Chine en dix volumes qui prendront place dans la collection « Histoire ». Mais il faudra patienter encore quelques années.

 

 

Disponibles à la librairie :

 

 

Chaussende - La Véritable histoire du premier empereur de

La véritable histoire du premier empereur de Chine, textes réunis et présentés par Damien Chaussende, Les Belles Lettres, coll. La véritable histoire, 2010, 192 pages, 13 €. 

 

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Damien Chaussende, Des Trois royaumes aux Jin, Légitimation du pouvoir impérial en Chine au IIIe siècle, Les Belles Lettres, coll. Histoire, 2010, 480 pages, 35 €.

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