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« Je crois savoir rendre de façon relativement simple des notions scientifiques complexes et difficiles. Une sorte de tour de main pour trancher dans l'abstraction jusqu'à la moelle, lui retirer sa graisse. Une certaine clarté qui, je l'espère, n'est pas superficielle. Le goût des bonnes métaphores qui donne une image visuelle des concepts les plus abstraits ».

Arthur Koestler.

 

Historien, romancier, philosophe, Arthur Koestler (1905-1983) est un penseur de premier ordre, dont la transversalité de l’érudition et les analyses politiques auront tôt fait de donner le vertige à quiconque se penchera sur son œuvre foisonnante. Probablement victime du succès écrasant de son roman Le Zéro et l’Infini étouffant son œuvre remarquable d’essayiste, il reste relativement méconnu en France, ce qui est injustice.


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Début juin a paru le dernier tome de sa trilogie « Génie et folie de l’homme » dans la collection de Jean-Claude Zylberstein, Le Goût des idées. Comme son nom l’indique, cette trilogie propose d’embrasser la condition humaine, dans ses accomplissements les plus prodigieux (génie de la science, l’art) comme dans ses turpitudes les plus misérables (folie).


Dans son premier tome, Les Somnambules, Koestler entend retracer l’histoire des conceptions de l’Univers au travers des somnambules Copernic, Brahe, Kepler et Galilée, découvreurs courageux de délicates voies. Comment l’homme peut-il sortir du dilemme qui en a découlé alors, séparant religion et science pour le moins brutalement ?


Son deuxième tome Le Cri d’Archimède, est une ode à l’esprit créatif de l’homme, qu’il soit littéraire, artistique ou scientifique. Ses mises en relation de sujets bien souvent compartimentés dans notre vision actuelle du savoir sont aussi audacieuses qu’étonnantes.


Enfin, dans Le cheval dans la locomotive, Koestler entreprend une histoire de nos pathologies mentales, des courants psychologiques de ces deux derniers siècles afin de tenter de comprendre ce qui, dans notre évolution, a conduit à ce dévastateur divorce de la raison et de l’émotion, source selon lui de toute la misère propre à notre condition.


Par trois fois, il nous propose d’être libres et lucides, afin de retrouver notre grandeur. Liberté : grâce à l’étendue des domaines à aborder sans crainte, lucidité : grâce aux angles différents qu’il nous propose pour y voir.


Voici à présent le début de chacune des trois préfaces de ces trois ouvrages, qu’il a rédigées entre 1955 et 1967 :


Les Somnambules : « Dans l’index des six cents et quelques pages de L’Histoire, un essai d’interprétation d’Arnold Toynbee, version abrégée, on chercherait vainement les noms de Copernic, de Galilée, de Descartes, de Newton. Cet exemple entre beaucoup d’autres peut suffire à indiquer le gouffre qui sépare encore les Humanités de la Philosophie de la Nature. J’emploie cette expression démodée parce que le mot « science » qui l’a remplacée n’est pas chargé des grandes associations d’idées qui enrichissaient la « Philosophie naturelle » au XVIIe siècle, à l’époque où Kepler écrivait L’Harmonie du Monde, Galilée Le Messager Céleste. Car les hommes qui provoquèrent le bouleversement que nous appelons « révolution scientifique » lui donnaient un nom bien différent : la « Nouvelle Philosophie ». La révolution technique qu’amorcèrent leurs découvertes ne fut qu’un sous-produit inattendu : leur but n’était pas de conquérir la Nature, mais de la comprendre. Et cependant leur quête cosmique détruisit l’idéal du Moyen-Âge – ordre social immuable dans un univers clos – en même temps qu’elle ébranlait sa hiérarchie des valeurs morales ; elle transforma le paysage, la société, les coutumes ; les idées générales de l’Europe, aussi radicalement que l’eût fait une nouvelle espèce envahissant la planète. »


Le Cri d’Archimède : « Voici un ouvrage qui avance une théorie de la création – des processus conscients et inconscients de la découverte scientifique, de l’originalité créatrice et de l’inspiration comique. On s’efforce d’y montrer que toutes les activités créatrices ont une structure fondamentale commune, et de définir cette structure. Je n’ai guère d’illusions sur l’avenir de cette théorie ; inévitablement elle sera démentie sur de nombreux points par les progrès futurs de la psychologie et de la neurologie. Ce que j’espère, c’est qu’alors on y trouvera néanmoins l’esquisse d’une vérité et qu’elle pourra stimuler les chercheurs qui poursuivent l’unité sous les diverses manifestations de la pensée et de l’émotion humaines. »


Le cheval dans la locomotive : « Dans un précédent ouvrage, le Cri d’Archimède, j’ai traité de l’art et de la découverte, qui font la grandeur de l’homme. Le présent volume s’achève sur un examen des misères de l’homme, pour boucler le cercle. Créativité et pathologie de l’esprit humain sont après tous les deux côtés d’une seule et même médaille frappée au coin de l’évolution. À la première nous devons la splendeur des cathédrales, à la seconde les gargouilles qui les décorent afin de nous rappeler que le monde est plein de monstres, de diables et de succubes, et qu’une veine de folie traverse l’histoire de notre espèce,  indiquant qu’un accident a dû se produire à un certain point de son ascension. On a comparé l’évolution à un labyrinthe sans issue, et il n’y a rien de bien étrange ni d’improbable à supposer que l’équipement originel de l’homme, supérieur cependant à celui de toute autre espèce, comporte quelque erreur ou défectuosité innée qui le prédispose à l’autodestruction. »


Libre à présent  à nos lecteurs motivés de suivre le Hongrois dans sa quête de savoir et de piocher tout ou partie de cette trilogie, ces ouvrages pouvant se lire indépendamment sans rien perdre de leur substance commune…


Paméla Ramos.

 

 

 

 

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