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Georges Minois, Poitiers. 19 septembre 1356, Tallandier, coll. L’Histoire en batailles, 235 pages, broché, 19,90 €.

 

Le nouveau livre de Georges Minois, agrégé et docteur en histoire et auteur d’une histoire remarquée de la guerre de Cent Ans, retrace le déroulement de la bataille de Poitiers, tournant majeur du conflit, et décrit l'impact de l'enlèvement du roi de France Jean le Bon par les Anglais après un mois de traque par le Prince Noir. Cet événement a marqué le début d'une période d'instabilité en France avec la présence de troupes de mercenaires ou les manoeuvres de Charles le Mauvais contestant le pouvoir du Dauphin. Nous vous en proposons un extrait de l’introduction :

 

Extrait : « Tout est perdu, fors l’honneur »

 

« Jean Froissart est le grand reporter de la guerre de Cent Ans. Les milliers de pages de ses gigantesques chroniques sont un irremplaçable récit épique du grand conflit franco-anglais des XIVe-XVe siècles. On l’accuse souvent, non sans raison, d’être superficiel, anecdotique, de s’attacher davantage aux prouesses spectaculaires des chevaliers qu’aux analyses de fond de la « grande histoire ». Son récit de la bataille de Poitiers, qui se déroule le 19 septembre 1356 entre l’armée anglo-gasconne du prince Édouard et celle du roi de France Jean II le Bon, n’échappe pas à ce reproche. Cependant, on y trouve des remarques judicieuses qui montrent qu’il a mesuré l’importance capitale de la « déconfiture » française.


L’épisode central de son récit est la capture du roi de France, dont les conséquences seront catastrophiques pour le royaume. Il souligne la supériorité militaire des Anglais, le courage chevaleresque d’une noblesse française un peu dépassée par les événements, le caractère acharné de la mêlée, qui se solde par une hécatombe de la piétaille et la prise d’une multitude de grands seigneurs, dont les rançons vont enrichir les vainqueurs. La bataille de Poitiers va rejoindre dans l’histoire la litanie des glorieuses défaites françaises qui, d’Alésia à Waterloo, ont autant que les victoires façonné l’épopée nationale. Le roi Jean va grossir les rangs des glorieux vaincus dont s’enorgueillit paradoxalement l’histoire de France, les Vercingétorix, Roland, Jeanne d’Arc, François Ier, avec lesquels il partage l’honorable constat : « Tout est perdu, fors l’honneur ». Tous battus, mais avec panache.


 

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Bataille de Poitiers, Jean Froissart, Chroniques (BNF)


Un roi de France capturé au cours d’une bataille, cela ne s’était pas vu depuis plus d’un siècle, lorsque Saint Louis avait été pris par les musulmans, et cela ne se reproduira qu’une fois, cent soixante dix ans plus tard, avec François Ier à Pavie. L’événement est donc exceptionnel, et ses conséquences, décisives. Il marque un tournant majeur dans la guerre de Cent Ans, vingt ans après le début de celle-ci. Depuis 1337, le roi d’Angleterre, Édouard III, revendique la couronne de France et lance périodiquement des expéditions pour conquérir « son » royaume de France et détrôner le souverain capétien de la branche des Valois. Il a déjà infligé une sévère défaite à Philippe VI à Crécy, en 1346. Maintenant, c’est la génération suivante qui est en lice : son fils, le prince de Galles, le terrible « Prince Noir », qui affronte le fils de Philippe VI, le roi Jean II. Tels pères, tels fils : même résultat.

 

Mais au-delà des personnes, la bataille de Poitiers c’est aussi l’occasion d’étudier les raisons de la supériorité militaire anglaise en ce milieu de XIVe siècle. Les Anglais, en effet, sont en infériorité numérique, environ 8 000 contre 12 000 d’après les estimations les plus vraisemblables. Mais comme à Crécy et à Azincourt en 1415, ils compensent cette infériorité par l’emploi d’un redoutable corps d’archers retranchés, capables d’arrêter les charges folles de la chevalerie française sous une pluie de milliers de flèches. Poitiers, c’est comme une vitrine des méthodes de combat à la fin du Moyen Âge : stratégie, tactique, recrutement, mentalités, armement. Elle permet de répondre à la question : pourquoi les Anglais gagnent-ils régulièrement ? » (p. 12-14)

 

 

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