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« Si ce n’était parce que ces siècles oubliés ont acquis une nouvelle valeur historique par le fait d’une redécouverte, ils mériteraient assez le nom de Moyen Âge. On entend les critiques : faut-il vraiment « importer » en Afrique une telle appellation, au risque de forcer la comparaison au Moyen Âge européen ? Il est malgré tout d’autres justifications à cette désignation, à commencer par les bornes chronologiques que nous assignons à la période considérée, allant du VIIIe au XVe siècle. Elles ne résultent pas d’un choix par défaut. Comme on l’a dit, l’Afrique des siècles d’or, disons dorénavant l’Afrique médiévale, est assujettie à un certain régime documentaire caractérisé par l’absence, dans la plupart des cas, d’une production écrite interne aux sociétés, la disparité des sources écrites externes, l’équivocité des documents matériels, l’unicité ou l’hétérogénéité des témoins du passé pris dans leur ensemble, et partant de l’irrégularité de la « maille » narrative qu’il est possible de tisser, tantôt étroitement plaquée comme une résille sur l’évènement, tantôt étirée aux largeurs d’un récit qui, faute de répondre à toutes les questions, peut au moins en poser quelques unes. Puisque le régime documentaire de cet âge moyen n’est pas celui de l’Afrique antique, ni celui de l’Afrique moderne, n’hésitons pas à lui reconnaître une originalité qui justifie de distinguer cette période au sein de l’histoire de l’Afrique.

 

Mais s’il est un Moyen Âge africain, ce n’est pas en vertu de sa contemporanéité, à vrai dire peut-être accidentelle, avec le Moyen Âge européen, ou des caractéristiques documentaires, qui elles ne regardent que l’historien. C’est en raison de son articulation et de son synchronisme avec des processus qui touchent alors de larges parties du vieux monde » p. 20-21.
 

François-Xavier Fauvelle-Aymar, Le rhinocéros d’or, Histoires du Moyen Âge africain, Alma, broché, 317 pages, 26 €.

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