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Diodore de Sicile, Bibliothèque historique. Fragments, Tome III : Livres XXVII-XXXII, texte établi, traduit et commenté par Paul Goukowsky, Paris, Les Belles Lettres, coll. C.U.F., 2012, XLVIII-284 pages, 75 €.

Sur les quarante livres composant à l’origine la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, première histoire universelle composée par ce chroniqueur grec contemporain de Jules César, seuls quinze ont été intégralement conservés, en cours de publication aux Belles Lettres. Dix d'entre eux sont d'ores et déjà disponibles en édition bilingue à la C.U.F.. Demeurent des fragments de nature variée, relevant tantôt des sentences morales si prisées des auteurs antiques, tantôt de l’anecdote historique ou de la chronique d’événements politiques d’ampleur continentale. Nombreux et de taille conséquente, les fragments de Diodore ne sont pas à considérer comme une suite de passages décousus dont seuls les spécialistes de l’historien grec pourraient tirer profit.
La publication intégrale de ces fragments se poursuit aujourd’hui avec ce troisième tome consacré aux Livres XXVII à XXXII. Couvrant une phase cruciale durant laquelle Rome écrasera la puissance carthaginoise et étendra sa domination jusqu’aux portes de l’Asie (206-145 av. J.-C.), cette édition propose un vaste corpus critique réalisé par Paul Goukowsky, membre de l’Institut et également traducteur de l’Histoire romaine d’Appien dans la même collection.
 Une longue notice déconstruit d’abord la théorie de l’origine polybienne des fragments, idée reçue qui « a produit une sorte de léthargie de l’esprit critique », avant de traiter la délicate question des autres sources antiques utilisées par ce dernier. En second lieu, le texte grec et sa traduction française sont précédés, pour chaque Livre, d’un examen minutieux de leur sujet et de leur intérêt historique, de remarques sur leur découpage chronologique et, surtout, d’une analyse détaillée de chaque fragment ou groupes de fragments : fiabilité des faits et des anecdotes, comparaisons entre le texte de Diodore et ses sources réelles ou supposées, rappel du contexte, remarques philologiques, etc. Le lecteur y trouvera une mine de renseignements permettant d’approfondir sa connaissance de l’histoire de la République romaine et découvrira le portrait d’un « esprit éclairé par la lecture d’ouvrages scientifiques » et d’un « théoricien de l’impérialisme » non dénué de recul et d’originalité.   

Extrait :    
« Alors que Carthage avait été incendiée et que les flammes causaient à la ville des dommages impressionnants, Scipion versait des larmes qui n’étaient pas feintes. Interrogé par Polybe, son gouverneur, qui voulait savoir pourquoi il éprouvait ces sentiments, il répondit : « C’est parce que je prends conscience du caractère changeant de la Fortune. Il se produira sans doute un jour quelques circonstances à l’occasion desquelles pareil désastre concernera Rome ». Et il cita à l’appui ces vers tirés du Poète :
« Il y a aura un jour où périra la sainte Ilion et aussi Priam et son peuple… » »
(Livre XXXII, fragment 25)

 

Par Gaëtan Flacelière.

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