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Daniel Heller-Roazen, Le cinquième marteau. Pythagore et la dysharmonie du monde, Seuil, coll. La librairie du XXIe siècle, broché, 211 pages, 25€. 

 

En vertu de l'harmonie, les savants ont voulu transcrire la nature dans les mathématiques. Pourtant à de multiples reprises, cette entreprise se heurte à une limite : quelque chose dans la nature lui résiste. De la musique à la métaphysique, de Platon à Kepler, Daniel Heller-Roazen, professeur de littérature comparée à l’université de Princeton, révèle dans cet essai que les efforts pour ordonner le monde sensible suggèrent l'existence d'une réalité intranscriptible.

 

Extrait de la préface : « À en croire une longue tradition, Pythagore fut l’inventeur de l’harmonie, qu’il entendait en un double sens : étude d’un ensemble limité de sons musicaux et, plus largement, doctrine de l’intelligibilité du monde naturel. Ce livre explore les deux versants de l’invention attribuée à Pythagore. Il se propose de montrer que, de l’Antiquité au Moyen Âge et aux Temps modernes, l’analyse quantitative des sons sert de modèle à la recherche cosmologique. Cette entreprise, qui a peut-être été l’exemple inaugural de la science telle que nous la connaissons, repose sur une pratique simple : la transcription du monde dans les unités des mathématiques. En ce sens, le projet pythagoricien est un travail de lecture et de notation, qui vise à déchiffrer et à transcrire les signes inscrits dans le grand livre, souvent opaque, de la nature. La notion qui fonde cette pratique de représentation, pourrait-on dire, est la « lettre », si l’on prend ce terme au sens ancien d’élément minimal d’intelligibilité, et si l’on ajoute que ces éléments minimaux sont de nature quantitative. Le monde est déchiffrable s’il est réductible à des lettres de ce genre : c’est l’une des formulations possibles d’un pari pythagoricien à la longévité exceptionnelle.

De la période présocratique au Moyen Âge jusqu’à l’époque de la science moderne, la notation pythagoricienne se heurte néanmoins à une limite. Quelque chose résiste, refuse de se laisser enregistrer dans des unités quantitatives quelles qu’elles soient – notes, nombres, lignes ou figures. À la persistance de cette limite, on peut imaginer deux raisons fondamentales au moins. Il est possible, d’abord, que les lettres soient inadéquates au monde qu’elles se proposent de transcrire. Mais il est concevable aussi que le monde ne puisse, en dernière analyse, être appréhendé comme un tout. » (pages 9-10)

 

 

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