Chers lecteurs,

Par cet article, nous inaugurons aujourd'hui notre série de recensions critiques d'ouvrages disponibles à la librairie. Nous vous proposerons ainsi régulièrement des articles écrits par de nombreuses personnalités issues du monde entier, en partenariat régulier avec la vénérable revue en ligne Bryn Mawr Classical Review. Fondée il y a maintenant vingt ans par le Département de Grec de l'Université Bryn Mawr, en Pennsylvanie, USA, elle propose chaque semaine de multiples critiques d'ouvrages publiés dans le domaine des études classiques. Notre humble ambition sera d'en sélectionner certaines, et, dans le cas d'articles auparavant publiés en anglais dans la Bryn Mawr Classical Review, de vous en proposer une traduction française. Nous profitons de cette publication pour remercier de leur collaboration bienveillante MM. Richard Hamilton, James O'Donnell, Camilla McKay et Roland Ferri, éditeurs de la revue.

 

Meijer, Fik - Chariot racing in the roman empire

 

 

Fik Meijer, Chariot Racing in the Roman Empire (traduit en anglais par Liz Waters). Baltimore, MD: Johns Hopkins University Press, 2010, 185 p,  26 €. 

 

Par John D. Muccigrosso, Drew University, États-Unis

 

Les lecteurs trouveront dans ce livre assez court et de lecture agréable signé Fik Meijer une excellente vue d'ensemble de notre connaissance des courses de chars dans la Rome antique. Bien que peu d'éléments surprendront l'universitaire familier des nombreux livres de Cameron sur le sujet ou de l'ouvrage d'Humphrey, aujourd'hui référent, le contenu est présenté de telle manière que les profanes intéressés comme les étudiants de premier cycle l'assimileront volontiers.


Après une courte introduction, le livre débute par le compte-rendu de la sédition de Nika en 532 après J.-C. et du rôle central de l'Hippodrome de Constantinople. La scène permet ainsi à Meijer de retracer le développement de la course de char de ses origines en Grèce et en Italie archaïques (les historiens trouveront peut-être son compte-rendu excessivement crédule), à travers la République, et au sein de l'Empire. Il a tendance à se focaliser sur la capitale elle-même, consacrant le troisième chapitre au Circus Maximus principalement, le quatrième, à l'infrastructure des courses (factions, conducteurs de char, chevaux), et le cinquième à une journée typique de courses de char sous l'empire.


Dans le sixième chapitre, Meijer revoit ce que l'on sait des carrières de quelques-uns des compétiteurs les plus notables dont les noms nous soient parvenus, et dans le septième, passe en revue les rôles de ceux qui regardaient les courses – ainsi que de ceux qui refusaient catégoriquement le spectacle – comme à la manière dont ces spectateurs interagissaient avec les parrains des courses, dont bien évidemment l'empereur. Dans le chapitre huit, il aborde le déclin des courses, amorcé avec les changements politiques du troisième siècle, et amène le lecteur à Constantinople, si bien que dans le neuvième chapitre, il peut rendre justice aux « héros » tardifs de l'Hippodrome et lui fournir, au dixième, une histoire de la fin du sport pendant la période médiévale.


Au long de son ouvrage, Meijer replace utilement les jeux dans leur contexte politique et social, mettant l'accent sur le rôle des factions dans la vie politique de l'empire, l'importance des événements publics en tant que soupapes de sûreté sociale, et le rôle central que le cirque et l'hippodrome allaient jouer dans la vie politique de l'empereur […]. Le dernier chapitre semble maladroitement aggloméré au reste de l'ouvrage, traitant de ce qui est, il faut l'admettre, la plus célèbre scène de char de la culture populaire du XXe siècle, celle des films de Ben Hur. Piètre tentative pour associer le livre à l'intérêt récent pour les études cinématographiques et à la vague de grosses productions ayant quelque lien avec l'antiquité. Une analyse des courses de Pod signées George Lucas en hommage à Ben Hur aurait peut-être été plus indiquée pour mieux toucher la génération actuelle d'étudiants.


Le livre, sur de nombreux points, convie bien à un public de premier cycle, contenant […] une carte de Rome et de l'empire accompagnée, au début du livre, d'une frise chronologique, et, à la fin, d'une liste des circuits anciens connus (basée sur Humphrey), d'un glossaire de la plupart des termes latins contenus dans le livre, d'une bibliographie adéquate et des notes nécessaires. J'ai trouvé peu d'erreurs, mais plusieurs choix sont susceptibles de déranger les professeurs, par exemple l'utilisation de « Heliogabalus » plutôt que le plus typique « Elagabalus », […] quelques utilisations de l'expression « plébéiens » en référence aux classes inférieures de Rome, ainsi qu'un rapprochement hypothétique avec les foules et les clubs du « football » moderne. Alors que Meijer cite longuement quelques textes antiques, j'en aurais, en ce qui me concerne, souhaité davantage, et un court index locorum à la fin du livre aurait pour cela suffit. De nombreuses références à des manuels en anglais auraient pu être faites, ajoutées au CIL (1) généralement cité dans les notes, mais cela peut, comme certains des choix linguistiques déjà mentionnés, être pardonné à une œuvre en traduction […].


Malgré une impression globalement favorable, je m'interroge sur la manière dont ce travail pourrait convenir au curriculum d'un étudiant de premier cycle. Composé de 160 pages de texte, il est un peu long pour une vue d'ensemble du sport et du spectacle antiques, particulièrement pour ceux aimant  proposer des lectures prescriptives par des auteurs de premier plan, et les étudiants de niveau supérieur pourraient être directement dirigés vers Cameron, Humphrey (2) et d'autres ouvrages anglophones. Cependant, cet ouvrage procure un utile juste milieu aux étudiants intéressés et s'avère susceptible de servir de source d'informations fiable aux professeurs.

 

Notes du traducteur :

 

(1) CIL pour Corpus Inscriptionum Latinarum, collection générale d'inscriptions latines en cours de publication depuis le dix-neuvième siècle.

(2) L'ouvrage de John Humphrey en question, Roman Circuses : Arenas for Chariot Racing, publié en 1986 par University of California Press, est épuisé, de même que le livre signé Alan Cameron, Circus Factions : Blues and Greens at Rome and Byzantium, paru en 1976.

 

Article en version originale (anglais) et en intégralité sur le blog de la Bryn Mawr Classical Review.


 

Traduction de Gaëtan Flacelière.

Retour à l'accueil