Alain-Philippe Segonds, notre bien aimé directeur général nous a quittés le 2 mai 2011. Une messe en son honneur a été célébrée ce mardi 10 mai durant laquelle nous lui avons exprimé notre chagrin de l'avoir brutalement perdu, notre espoir farouche de poursuivre modestement, et chacun à notre manière, son extraordinaire travail soutenu par une passion et une vocation intactes. L'équipe se joint à notre collègue Alexandre Marcinkowski, qui lui rend ici un sobre et personnel hommage.

 

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« Le roi est mort, vive le roi » voulait une ancienne coutume. Sauf que dans notre cas, la maison d’édition Les Belles Lettres se sent quelque peu orpheline. En tout cas moi, je me sens triste de cette disparition brutale. Cette affliction me plonge dans un état mélancolique soudain que n’aurait pas renié traiter un Hippocrate ou un Galien. Un rex est mort me disais-je intérieurement. Je veux parler d’Alain-Philippe Segonds, non du directeur général des Belles Lettres ou du membre du Directoire, mais de l’universitaire érudit, du chercheur, du grand savant qui régnait en maître sur ses domaines de prédilection, sur les terres aujourd’hui oubliées du néoplatonisme, comme sur de nombreux autres car son appétence de curiosité était insatiable. De la racine indo-européenne *reg- puis de ses dérivés, la langue française a tiré « royal ». Alain l’était avec chacun de nous, donnant sans compter. C’était là son cardo. Mais elle a aussi donné « rectitude », notion matérielle et morale. Ce fut son decumanus.

Ce décès a quelque chose d’irréel, d’inenvisageable, pensez donc, plus de quarante ans de vie commune avec Les Belles Lettres, ce n’est pas rien. Je ne l’ai côtoyé que si peu d’années mais je retiendrai avant tout, de cet homme bon et simple, qu’il est fondamental de cerner son domaine à défaut de le maîtriser totalement, d’exercer le plus grand sérieux à ce que l’on entreprend, de procéder encore et encore à des vérifications et plus encore, que la curiosité doit toujours nous guider. Je me plais à penser que lorsque je feuillette un Budé ou un livre d’érudition, il y a un peu d’Alain à chaque page. Un phare s’est allumé. Puisse son exemple susciter des vocations.

 

Alexandre Marcinkowski, le 6 mai 2011.

 

 

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La vitrine du 95 boulevard Raspail, dressée en son honneur, vous donne un aperçu de ses collaborations comme auteur, éditeur, traducteur ou directeur des collections d'érudition majeures du catalogue, depuis près de quarante ans.

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