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Nicolas Richer, La Religion des Spartiates, croyances et cultes dans l’Antiquité, Les Belles Lettres, coll. Histoire, 2012, 816 pages, 55 €.


« Car l’harmonie de l’homme avec le cosmos était conçue comme nécessitant un effort constant, un effort qui était manifesté par le choix des hommes et des femmes censés être les plus qualifiés pour solliciter les dieux, ainsi que par l’organisation calendaire bien déterminée des activités religieuses. »

 

 

Dans son ouvrage La Religion des Spartiates, Nicolas Richer, professeur d’histoire grecque à l’École normale supérieure de Lyon, aborde un aspect méconnu de ce peuple: sa religion. En effet, si les qualités guerrières des Spartiates sont devenues légendaires, nous leurs pratiques religieuses sont en revanche moins connues. Xénophon nous dit qu’ils étaient même plus rigoureux en matière religieuse que les Athéniens. Mais comment se manifestait cette rigueur ? Nous avons posé cinq questions à l’auteur pour en savoir plus.


 

 

1. Pourriez-vous nous expliquer qui étaient vraiment les Spartiates ?


Nicolas Richer – La réponse à une telle question est difficile à donner. Thucydide lui-même, qui a vécu au Ve siècle avant notre ère, évoquait leur goût pour le secret. Mais comme Sparte a joué un rôle majeur dans l'histoire de la Grèce classique, on possède néanmoins de nombreuses indications portant sur les comportements des Spartiates, qui mettent souvent en avant leur activité militaire. C'est, globalement, par l'examen de façons d'agir que l'on peut mesurer le dévouement des Spartiates à la collectivité dont ils faisaient partie. En soi, cette incorporation de chacun dans un groupe et cette solidarité parfois forcée constituent un trait notable.

 

2. Sur quelles sources vous êtes-vous appuyé ?


N. R. – Notamment sur des sources narratives contemporaines de l'époque classique (Hérodote, Thucydide, Xénophon), mais aussi sur des sources postérieures, en particulier Plutarque, qui s'attache à des personnalités importantes, comme le mythique Lycurgue, ou comme le navarque Lysandre ou encore le roi Agésilas II.

 

3. Par quelles pratiques se manifeste le sentiment religieux chez les Spartiates ?


N. R. – Un profond sentiment religieux semble innerver en permanence les modes d'action des Spartiates, en paix comme en guerre. Ils prient, pratiquent des actes cultuels, célèbrent des fêtes, combattent, en considérant sans cesse que leur action a besoin, pour être parfaite, d'être approuvée par les dieux et appuyée par eux. La gestion même de leur temps est largement fondée sur des considérations religieuses, comme en témoignent les moments marquants de leur calendrier.

 

4. Comment parvenaient-ils à lier si étroitement politique et religion ?


N. R. – En soi, le fait n'est pas foncièrement original dans les sociétés antiques. Dans le cas de Sparte, comme toute action est censée être placée sous le regard des dieux, il est relativement logique que les éphores, principaux magistrats de la cité, semblent responsables du culte de Phobos, la Peur, qui assure la défaite des ennemis comme la discipline des citoyens. La cohérence de la pensée et de l'action des Spartiates semble avoir frappé les autres Grecs.

 

5. D’où est né cet intérêt pour Sparte ?


N. R. – Du souhait d'essayer de comprendre le fonctionnement d'une société à première vue particulière, sur laquelle de multiples indications, éparses, pouvaient fournir des lueurs. Le fait de rapprocher des indices les uns des autres et de les interpréter est en soi passionnant : Xénophon a déclaré à juste raison que s'intéresser au passé constitue un exercice des plus enrichissants.

 

Propos recueillis par Mélanie Mougin,

Paris, janvier 2013.


 

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