Nouveautés C.U.F. : Lucien, Théophraste et De Rebus Bellicis, présentation et extraits

Œuvres. Tome XII : Opuscules 55-57

 

Lucien, Œuvres. Tome XII : Opuscules 55-57, texte établi et traduit par Émeline Marquis, Collection des Universités de France série grecque, broché, X-678 pages, 75 €.

Dans le premier opuscule, le satiriste tourne en dérision la vie du philosophe cynique Pérégrinos, qui s'immola par le feu à la fin des jeux Olympiques de 165 ap. J.-C. Le second ouvrage critique les faux sages en général, coupables de charlatanerie et de stérilité intellectuelle. Le troisième est une joute oratoire sur l'amitié.

 

Extrait : « Sur la mort de Pérégrinos

[Récits de l’événement]

39. Je tombai ensuite sur une foule de gens qui s’en allaient contempler eux aussi le spectacle ; car ils pensaient qu’ils le trouveraient encore en vie. En effet, le jour précédent, le bruit s’était répandu qu’il saluerait le soleil levant, comme le font assurément les Brahmanes, à ce qu’on dit, avant de monter sur le bûcher. En leur disant qu’il en avait déjà fini, je fis ainsi rebrousser chemin à la plupart d’entre eux, ceux qui ne désiraient pas vivement voir au moins l’endroit en question et trouver quelque reste du feu. Là en vérité, mon ami, j’eus mille difficultés à faire un récit à tous ceux qui m’interrogeaient et qui voulaient connaître les détails. Lorsque je remarquais un homme de bon goût, comme à toi, je lui racontais simplement les faits ; mais pour les crétins qui écoutaient bouche bée, j’agrémentais la pièce de détails spectaculaires de mon cru, en prétendant que lorsque le bûcher avait été allumé et que Protée s’était jeté dedans, un violent tremblement de terre s’était alors produit, accompagné d’un mugissement du sol, puis qu’un vautour s’était envolé du milieu de la flamme vers le ciel, en disant d’une voix puissante aux intonations humaines : « J’ai quitté la terre, je monte dans l’Olympe. » Eux, saisis de stupeur, se prosternaient en frissonnant et me demandaient si le vautour s’était dirigé vers l’orient ou l’occident ; et moi je leur répondais ce qui me venait à l’esprit.

 

[Fables relatives à Pérégrinos et honneurs futurs]

 

40. Revenu sur le lieu des Jeux, je me trouvai en présence d’un homme aux cheveux gris dont le visage, par Zeus, inspirait confiance, du fait de sa barbe et de son air vénérable. Il faisait un récit complet sur Protée, et prétendait surtout qu’après sa crémation, il l’avait contemplé vêtu de blanc, peu auparavant, et qu’il venait de le quitter, tandis qu’il se promenait, joyeux, dans le portique aux sept échos, couronné d’olivier sauvage. Puis, à tout cela, il ajouta l’histoire du vautour, jurant qu’en vérité il l’avait vu lui-même s’envoler du bûcher, alors que c’était moi qui, peu de temps avant, lui avais donné essor pour ridiculiser la conduite des sots et des imbéciles. » p.101-102.

 

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Les Causes des phénomènes végétaux. Tome III : Livre V et VI

 

Théophraste, Les Causes des phénomènes végétaux. Tome III : Livre V et VI, texte établi et traduit par Suzanne Amigues, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France série grecque, broché, XXXIV- 384 pages, 55 €.

Les livres V et VI constituent le troisième volet d'un ensemble indissociable au sein duquel les livres I et II traitent de la physiologie des espèces sauvages et les livres III et IV des espèces cultivées, d'abord les arbres fruitiers, en particulier la vigne et l'olivier, ensuite les céréales et les légumineuses.

Extrait : « 10. 1 Puisque les saveurs sont fort nombreuses, on peut se demander pourquoi donc, alors que les autres sont toutes présentes dans les plantes et les fruits (c’est vrai de l’amer, de l’âpre, de l’acide), le salé ne s’y trouve plus. C’est qu’aucun des végétaux n’a une salinité suffisante pour que tel soit le suc qu’il renferme ; cependant une sorte d’humeur saline se forme dans les organes externes, par exemple pour les pois chiches, qui eux-mêmes sont doux. La cause en est que le salé est contraire à la nutrition et en quelque sorte à la fécondité. La preuve, c’est qu’il ne pousse, pour ainsi dire, rien du tout dans de pareils terrains, car le sel dévore et détruit les aptitudes <des plantes> jusqu’à les empêcher de se constituer. Ce qui est assurément responsable pour les autres organismes de cette stérilité doit, en bonne logique, ne pas avoir non plus, par lui-même, de fécondité ; de fait, même les créatures qui vivent dans la mer sont créées et constituées par quelque substance douce et des sucs autres <que le salé>, comme le sont les poissons et les autres animaux marins. Eh bien donc, en un mot, telle est à peu près la cause : il faut que ce dont quelque chose est destiné à se former soit susceptible de changement ; or le salé est imputrescible et immuable, ce qui fait qu’absolument rien ne pousse de lui, rien non plus par ses propres moyens. Au total, sur le détail des faits et sur ce qui en découle, même les remarques suivantes sembleraient apporter une confirmation. Ainsi, du fait que le soleil et la chaleur interne de chaque organisme absorbent ce qui est le plus léger et le plus nutritif, tandis que le salé est lourd par nature et dépourvu de valeur nutritive (étant donné que l’imputrescible est également incapable de se transformer), de ce fait, dis-je, laissé de côté et exclu des substances absorbées par les racines, il n’entre pas dans la composition des plantes. » p.83-84.

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De rebus bellicis

 

De rebus bellicis. Sur les affaires militaires, texte établi, traduit et commenté par Phiippe Fleury, Collection des Universités de France série latine, broché, CXL + 148 pages, 49 €.

 

Ecrit anonyme publié à l'époque de Constantin. L'auteur, probablement haut fonctionnaire, critique la politique de l'empereur et dispense son avis sur les moyens d'améliorer la stratégie militaire impériale. Ce texte possède l'intérêt de relier les questions martiales aux problèmes économiques, sociaux, techniques et financiers, comme la corruption et le nombre de pauvres.

 

Extrait : « Description de la baliste foudroyante

1 Il a été prouvé par l’expérience que ce type de baliste, nécessaire pour la défense des remparts, est supérieur à tous les autres par sa portée et sa puissance : en effet on dresse un arc en fer au-dessus du canal d’où la flèche est éjectée, et un solide câble de nerf, tiré par une griffe en fer, une fois relâché, propulse cette flèche contre l’ennemi avec une grande puissance. Cependant la taille même du système ne permet pas que ce câble soit tiré à la main et avec la force des soldats : deux hommes tendent le câble au moyen de deux roues placées à l’arrière, chacun faisant pression sur les rayons de l’une d’elles, la puissance de la mécanique venant s’ajouter à leurs forces en raison de la difficulté de la chose. Pour diriger le tir vers le haut ou vers le bas, c’est un système de vis qui tantôt élève, tantôt abaisse la baliste elle-même selon les besoins. Preuve de son étonnante efficacité : ce système, composé de tant de pièces diverses, n’est contrôlé que par un seul homme au repos, si je puis parler ainsi, dont l’unique travail consiste à présenter la flèche pour le tir ; il est bien évident que, si une foule d’hommes étaient affectés à son service, l’invention perdrait de sa valeur. Un trait lancé de cette baliste construite avec des perfectionnements aussi nombreux et aussi ingénieux va si loin qu’il est capable de franchir même la largeur du Danube, fleuve fameux pour ses dimensions. Appelée « foudroyante », elle témoigne par son nom même de l’effet de sa puissance.

Ainsi donc, Empereur invincible, en renforçant aussi ton armée invincible de ces inventions mécaniques, tu doubleras sa puissance : tu feras face aux incursions ennemies non seulement par la force et le nombre, mais également par le génie technique, surtout lorsque tu auras vu, grâce à la sagacité de ton esprit, que les machines sont efficaces en toute circonstance. » p.23-24.

 

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