Naissance de la Bible grecque. Extrait.

Naissance de la Bible grecque. Lettre d'Aristée à Philocrate, traité des Poids et Mesures, témoignages antiques et médiévaux, textes introduits, traduits et annotés par Laurence Vianès, Les Belles Lettres, coll. La roue à livres, broché, LVI + 296 pages, 25 €.

Répartis sur un millénaire et demi, les récits rassemblés disent comment la Bible hébraïque est devenue un livre grec. La Lettre d'Aristée raconte comment fut conçue la Bible des Septante à Alexandrie. Le Traité des poids reprend le récit en l'enrichissant de détails merveilleux. Les textes grecs, hébreux, syriaques et arabes qui suivent témoignent de la légende entourant la Septante.

Extrait : Épiphane de Salamine, Traité des poids et des mesures.

« Cet empereur Hadrien avait le corps tout déformé : il avait convoqué toute la foule des médecins de son royaume et leur avait demandé un traitement pour guérir son corps. Ils se démenèrent et se donnèrent bien du mal, sans arriver à rien qu’à s’attirer ses railleries ; et il alla jusqu’à écrire contre eux une lettre de reproches en mettant en cause leur art, qu’il disait dépourvu de toute science. À cause de sa maladie, il fait voile vers l’Égypte. Mais en partant de Rome et en progressant chaque fois vers les villes suivantes, il fallait qu’il les visitât : car c’était un homme curieux de s’instruire. Il passe donc par Antioche, traverse la Coelé et la Phénicie, et entre en Palestine, qu’on appelle aussi la Judée, quarante-sept ans après la dévastation de Jérusalem. Et il monte à Jérusalem, la ville célèbre et de grand renom, qu’avait détruite Titus fils de Vespasien dans la deuxième année du règne de celui-ci. Il trouva toute la ville rasée et le temple de Dieu piétiné, à part quelques baraques et la toute petite Église de Dieu, à l’endroit où les disciples étaient revenus quand le Sauveur fut enlevé du Mont des Oliviers, et où ils étaient montés à l’étage. Car c’est là que s’élevait le bâtiment : c’est-à-dire dans le quartier de Sion, qui avait été préservé de la destruction, ainsi que des îlots d’habitation aux alentours de Sion proprement dite et sept synagogues, qui se dressaient seules dans Sion, mais ressemblaient à des huttes ; l’une d’entre elles fut préservée jusqu’au temps de l’évêque Maximonas et de l’empereur Constantin, « comme une cabane dans une vigne », selon l’Écriture.

Hadrien a alors l’idée de refonder la cité, sauf le temple toutefois. Il s’assura les services d’Aquila, ce traducteur dont nous avons parlé, qui était Grec, de même qu’Hadrien lui-même, l’empereur, était Grec, et Aquila était son parent par alliance, originaire de Sinope dans le Pont-Euxin. Hadrien établit Aquila là-bas, à Jérusalem, et le nomma directeur des travaux de fondation de la cité ; il donna à la cité qu’on construisait son propre nom et l’usage de l’appellation désignant l’empereur. Comme en effet il se nommait Aelius Hadrien, il appela la cité Aelia.

[15] Or Aquila résidait à Jérusalem et voyait les disciples des apôtres qui se montraient florissants dans la foi et accomplissaient de grands signes de guérison et d’autres miracles. Ils étaient en effet rentrés de la ville de Pella à Jérusalem, et ils y résidaient et y enseignaient. En effet, au moment où la ville allait être prise par les Romains et dévastée, tous les disciples furent avertis par un ange de Dieu de quitter la ville, qui allait être entièrement dévastée. Et eux devinrent des réfugiés et habitèrent dans la ville de Pella susdite, en Transjordanie : on dit que cette ville fait partie de la Décapole. Après la destruction de Jérusalem, ils revinrent à Jérusalem comme je le disais, et ils y accomplissaient de grands signes, comme je l’ai dit plus haut. Aquila donc fut touché dans son coeur par le christianisme, il eut la foi, et après quelque temps il demanda et reçut le sceau dans le Christ. Or de sa première façon de vivre, quand il pensait en païen, il est une chose à laquelle il n’avait pas renoncé : la croyance en l’astrologie, bien sûr, cette vaine science. Il l’avait apprise à fond, et bien loin de l’abandonner, il examinait chaque jour son thème de naissance. Ses maîtres s’en apercevaient et le réprimandaient pour cela quotidiennement, mais il ne se corrigeait pas ; au contraire il s’opposait à eux de plus en plus avec esprit de revanche et s’attachait à donner consistance à des théories sans consistance, à savoir la Destinée et ce qu’on raconte d’elle. Alors il fut chassé de l’Église comme impropre au salut.

Piqué au vif de cet affront, il s’enfla d’une jalousie insensée, rejeta publiquement le christianisme et, reniant sa propre vie, il se convertit au judaïsme. Il se fit circoncire, et par un désir forcené de se distinguer, il se consacra à apprendre la langue hébraïque et son écriture. Quand il y fut devenu extrêmement savant, il produisit une traduction, non dans un esprit de bonne foi, mais dans le but de pervertir certains textes en rejetant la traduction des Septante-Deux et en rendant différemment les passages des Écritures qui attestent du Christ, à cause de la honte qu’il éprouvait : stupide façon de se dédouaner.

[16] Et c’est ainsi que vint au jour sa traduction qui était la deuxième, bien des siècles plus tard, comme nous l’avons écrit plus haut. Nous pourrions citer les phrases dont il a donné une traduction ridicule ou pervertie, cher lecteur, et emprunter à sa propre version les armes pour le confondre. Mais puisque nous avons déjà exposé plus haut en quoi les deux traductions diffèrent, nous jugeons cela suffisant pour le moment. » p.65-67.

 

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