J.-B.-G. d'Ansse de Villoison, Le voyage à Venise. La recherche de manuscrits grecs inédits à la fin du XVIIIe siècle. Extrait.

Jean-Baptiste-Gaspard d'Ansse de Villoison, Le voyage à Venise. La recherche de manuscrits grecs inédits à la fin du XVIIIe siècle, Anacharsis, coll. Essais, broché, 224 pages, 22€.

 

Entre 1778 et 1782, l'helléniste et philologue J.-B.-G. d'Ansse de Villoison se rend à Venise à la recherche de documents grecs anciens. Il découvre notamment le plus ancien manuscrit de L'Iliade. L'ouvrage présente la première édition de son rapport et retrace ses travaux de compilation, de critique et d'analyse, ainsi que le caractère novateur de son apport à la philologie classique.

 

Extrait : « [25. Manuscrits de S. Marc : Pré de roses de Macaire Chrysopcéphale.]

J’ai examiné ensuite un manuscrit unique de la Bibliothèque S. Marc (coté n°452) qui renferme la ῾Ροδωνιά, ou le Pré de roses de Macaire Chrysocéphale, ouvrage entièrement inconnu à J. A. Fabricius et à tous les autres savants dans l’histoire littéraire. Cette ῾Ροδωνιά, qui, si elle était publiée en entier, pourrait servir de chrestomathie aux jeunes gens qui commencent l’étude du grec, n’est autre qu’une collection des plus belles pensées des auteurs grecs anciens et même de ceux du Moyen-Âge, et pourrait quelquefois contribuer à restituer leur texte. Les écrivains les plus récents qui s’y trouvent cités sont Philanthropènos, contemporain de Nicéphore Grégoras (qui est mort en 1359), et Georges de Chypre, le Vieux (qui monta sur le trône en 1282 et abdiqua forcément en 1326), ce qui semble fixer au XIVe siècle l’âge de Macaire, surnommé Chrysocéphale à cause des χρυσᾶ κεφάλαια , c’est-à-dire Chaînes sur le Nouveau Testament et Extraits des Saints Pères, dont il nous reste plusieurs parties manuscrites conservées dans les différentes bibliothèques de l’Europe. Celle d’Oxford, par exemple, conserve le premier volume de sa Chaîne ou Commentaire sur S. Matthieu. Le fameux J. Mill a cru que ce manuscrit était de l’année 995, mais J. Ussher a montré qu’il portait sa date, qui est de l’an 1345. Cette erreur est d’autant plus surprenante dans J. Mill qu’il devait avoir vu une foule de manuscrits grecs pour la collation de son Nouveau Testament. C’est ainsi que J. J. Wettstein, autre célèbre éditeur du Nouveau Testament, s’est souvent trompé non seulement dans la confrontation des manuscrits, mais encore dans celle des éditions imprimées.

[26. Pré de roses de Macaire Chrysocéphale : inédits de Libanios.]

Le manuscrit de la ῾Ροδωνιά est environ du XVe siècle. J’en ai publié les morceaux qui n’avaient pas été imprimés et qui méritaient de l’être : premièrement, des sentences choisies et des titres de discours et de déclamations du sophiste Libanios que nous n’avons pas encore et dont quelques-unes paraîtront dans la bonne édition que J. J. Reiske avait laissée de ce sophiste et que sa savante et infatigable veuve fait maintenant imprimer. Cette édition aurait été bien plus complète, si J. J. Reiske avait pu y joindre les discours inédits de Libanios qui se trouvent dans la Bibliothèque Barberini de Rome et dans celle de Madrid.

[27. Pré de roses de Macaire Chrysocéphale : inédits de Chorikios de Gaza.]

J’ai tiré ensuite du même manuscrit de la ῾Ροδωνιά plusieurs belles sentences extraites des déclamations inédites de l’élégant sophiste Chorikios dont nous n’avions que deux discours publiés par J. A. Fabricius. J’en ai donné deux autres d’après deux manuscrits du roi et je les ai insérés dans mes Anecdota graeca. Il y en a dix-neuf dans un manuscrit de Madrid ; J. Iriarte en a donné la notice dans son catalogue : il serait à souhaiter qu’on les publiât. Chorikios est un bon écrivain et un heureux imitateur du style des anciens, quoiqu’il ait vécu sous le règne de l’empereur Justinien. Ses déclamations sont pleines de belles pensées dignes d’Isocrate et exprimées dans le style le plus attique et le plus pur : on en pourra aisément juger par celles que la ῾Ροδωνιά nous a conservées.

[28. Manuscrits de S. Marc : Discours de Procope de Gaza.]

Le maître et le prédécesseur de Chorikios était Procope de Gaza, célèbre sophiste et interprète de l’Écriture sainte, ami d’Énée de Gaza et bien différent de l’historien Procope, qui était de Césarée et non pas de Gaza. J’ai donné la liste des ouvrages de Procope de Gaza, dont R. Simon désirait fort la publication, et j’en ai indiqué un qui se trouve dans le Ms. 22 de S. Marc et qui n’était pas connu de J. A. Fabricius ni des autres critiques ; j’ai eu aussi occasion de relever deux erreurs de la Bibliothèque grecque, que j’ai souvent corrigée et augmentée dans le cours de cet ouvrage. G. C. Harless et Chr. D. Beck, savants distingués des Universités d’Erlangen et de Leipzig, vont nous donner une nouvelle édition de la Bibliothèque grecque avec des changements et des additions considérables. J. A. Fabricius croyait aussi qu’on n’avait plus aucun discours du même Procope de Gaza. J’ai été assez heureux pour en trouver un intéressant dans le MS. 428 de la Bibliothèque de S. Marc : c’est un panégyrique fort bien écrit de l’Empereur Anastase. Ce morceau est d’autant plus précieux qu’il nous apprend une infinité de particularités curieuses de la vie de ce prince que j’ai fait remarquer dans mes notes et qu’on rechercherait inutilement dans Théophane, Cédrenos, Zonaras, Évagre, Théodore le Lecteur, Anastase le Bibliothécaire, Joël Victor Tunones, Jean Malalas ; le Chronicon pasquale, le Comte Marcellin, l’historien Procope, Jornandès, Suidas, C. Baronio, A. Pagi, Ch. Du Cange, L. S. Tillemont, CH. Le Beau et les autres historiens du règne d’Anastase. » p.119-123.

 

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Jean-Baptiste Gaspard d'Ansse de Villoison

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