Franck Monnier, L'ère des géants. Extrait.

Franck Monnier, L'ère des Géants. Une description détaillée des grandes pyramides d'Égypte, De Boccard, broché, 272 pages, 39 €.

Dans L’ère des Géants, c’est toute la période du gigantisme en architecture qui est exaltée : Franck Monnier étudie chacune des grandes pyramides dans l’ordre chronologique qui a présidé à leur apparition au cours des IIIe et IVe dynasties, du complexe de Djéser qui en marque l’origine, au complexe de Khéphren qui en représente l’apogée.

Extrait : « La pyramide rhomboïdale (Dahchour-sud)

La pyramide rhomboïdale – la mieux conservée de toutes les pyramides égyptiennes- fut construite pour Snéfrou au sud du plateau de Dahchour, à une trentaine de kilomètres au sud du Caire.

Elle possède des particularités remarquables qui la distinguent des autres grands monuments funéraires de l’Ancien Empire : le brusque changement de pente des faces, les deux distributions internes accessibles par des entrées situées pour l’une sur la face nord, et pour l’autre sur la face ouest, et enfin l’ajout d’une enveloppe bâtie en assises déversées durant la construction. Cette dernière permit d’assoir l’édifice sur une base plus vaste que celle prévue initialement, mais avec une pente de revêtement légèrement plus faible. Si ces caractéristiques ont quelque fois été interprétées comme la volonté d’imprimer dans l’architecture le symbolisme d’une dualité protéiforme, planifiée come un tout dès le début du chantier, il est aujourd’hui impossible de nier les modifications qui eurent lieu durant la construction et les désordres internes que celles-ci provoquèrent.

Le voyageur anglais Nathaniel Davison prétendait être entré dans le monument en 1763. Mais empêché par le blocage de pierres en calcaire local, il ne put longer la descenderie nord sur plus d’une cinquantaine de mètres. John Shae Perring dégagea ce couloir en 1839, et fut le premier à accéder aux appartements inférieurs. Dans la chambre basse, une corde de papyrus pendant par l’orifice du boyau de liaison lui indiqua la voie à suivre pour accéder à la distribution supérieure.

En 1946, Abd el-Salam Hussein entama la première mission scientifique d’étude des appartements de la pyramide rhomboïdale. Dans ce cadre, il entreprit l’énorme tâche de dégager la descenderie occidentale des blocs qui l’obstruaient sur toute sa longueur. Malheureusement, l’égyptologue égyptien fut fauché par une mort brutale avant d’avoir pu livrer le résultat de ses travaux. Dans les années 50, Ahmed Fakhry eut la charge d’achever l’exploration et le dégagement des galeries. Par la suite, Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi établirent une description fondée sur des mesures précises de la distribution interne, mesures qui faisaient dramatiquement défaut au compte-rendu d’Ahmed Fakhry. Josef Dorner s’attacha plus tard à affiner les mesures des dimensions prises à l’extérieur de l’édifice. Par la suite, ce dernier procéda également à de nombreux relevés dans les appartements funéraires ; mais ceux-ci n’ont malheureusement pas encore fait l’objet d’une publication. p. 78-79.

La forme rhomboïdale an trois actes

Le changement de pente de cette pyramide à un peu moins de sa mi-hauteur autorise a priori deux explications possibles : qu’elle ait été conçue d’une manière tout à fait originale, ou bien qu’une modification de la forme pyramidale ait été improvisée en cours de chantier.

L’idée selon laquelle cette silhouette pourrait symboliser l’expression d’une dualité est à porter au crédit d’Alexandre Varille, qui a trouvé en la personne de John A. Legon son plus fervent partisan. Cela ne manquerait pas de sens – Snéfrou s’est en effet fait bâtir deux pyramides sur le site de Dahchour, la pyramide rhomboïdale comporte deux entrées et deux distributions internes – si des signes évocateurs de dommages structuraux et de modifications n’avaient pas été clairement relevés à l’intérieur de l’édifice. Nous n’alimenterons pas davantage le débat à ce sujet, estimant pour notre part que les architectes Vito Maragioglio et Celeste Rinaldi ont rassemblé suffisamment de preuves à ce sujet. La pyramide rhomboïdale a subi un agrandissement qui eut des répercutions inattendues, en l’occurrence des fractures et affaissements qui contraignirent les architectes à donner cette forme pour le moins atypique à l’édifice.

Les architectes italiens ont donc réalisé une avancée importante dans la compréhension de l’histoire de ce monument. Mais le scenario n’en est pas moins demeuré à l’état d’esquisse, aussi allons-nous tenter d’en reconstituer la trame exacte.

Personne ne semble s’accorder sur les dimensions précises prises par le projet initial, ni sur la manière de corréler ou d’expliquer les joints périphériques et fractures relevés non loin des entrées nord et ouest. Les fissures n’étant pas toujours localisées au niveau de ces joints, il convient d’analyser plus avant les configurations possibles. […]

La pathologie enseigne donc qu’une première pyramide de 157 mètres (soit 300 coudées) de côté à la base, avec des faces inclinées de 60°, a été édifiée avant que la rhomboïdale n’acquiert sa forme actuelle.

A ce stade, plusieurs constatations s’imposent :

  • Les distributions internes étaient achevées avant l’agrandissement.
  • Le premier projet n’a très certainement jamais atteint sa hauteur prévue de 136 mètres, puisque la pyramide rhomboïdale ne s’est élevée finalement qu’à 104,71 mètres.
  • La forme des blocs encadrant la première entrée prévue dans la descenderie nord indique que la pyramide – pourtant inachevée – disposait déjà de ses blocs de parement, dressés au moins autour du débouché pour soigner la jonction avec le nouveau tronçon de descenderie.

Les raisons pour lesquelles la première pyramide s’est ensuite vue recouverte d’une épaisse enveloppe de maçonnerie sont obscures. Elles ne sont certainement pas dues à des désordres internes comme certains ont pu l’avancer, l’état des appartements funéraires (couloirs et chambres) ne révélant rien qui puisse suggérer une telle explication. Si tel avait été le cas, nous doutons que le directeur des travaux ait décidé d’augmenter le volume et la masse pesant sur les appartements s’il avait effectivement diagnostiqué des dommages. Cela n’aurait fait qu’accroître les risques.

Cette période de l’histoire égyptienne montre combien l’architecture était en constante évolution, comment les architectes cherchaient à concilier au mieux les préceptes religieux et e langage de la pierre. La pyramide de Meïdoum a été modifiée par trois fois. La pyramide rhomboïdale a très certainement connu de telles modifications. La pente initiale de 60° a probablement été jugée trop forte, peut-être pour des raisons esthétiques, mais peut-être aussi techniques. » p. 93-95.   

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