Yann le Bohec, Histoire des guerres romaines, Extrait

Yann le Bohec, Histoire des guerres romaines. Milieu du VIIIe siècle avant J.-C.-410 après J.-C., Tallandier, broché, 608 pages, 25,90 €.

 

L’histoire de Rome est inséparable de l’histoire de ses guerres. De 509 à 338 avant J.-C., la cité fut en permanence menacée de disparaître : elle combattit parfois plusieurs ennemis à la fois, souvent des voisins, qui ne supportaient pas l’âpreté au gain de ses soldats et l’arrogance de ses dirigeants. Ce fut un dur « struggle for life » qui forgea les bases de sa future puissance. Car ne reconnaissant jamais aucune défaite, sans plan préétabli, elle s’empara, de 338 avant J.-C. à 106 après J.-C., pays après pays, de tout le bassin méditerranéen, et elle finit par contrôler un domaine immense, de l’Écosse au Sahara, de l’Atlantique à la Mésopotamie. Et puis, en 406/410 après J.-C., elle le perdit.

Ce livre présente l’anatomie des guerres de Rome gagnées grâce à un outil militaire exceptionnel, à de grands capitaines, et à des règles sociales originales et fortes. Mais il présente aussi les guerres peu à peu perdues, les débâcles et les redditions. Il montre, à cet effet, comment la supériorité des techniques de combat, de l’armement, de l’organisation et d’un art du commandement sans faille s’est peu à peu usée, délitée, éteinte au sein d’un empire devenu trop vaste, confronté à de nouveaux ennemis, venus de très loin, plus féroces que jamais et inassimilables.

Fidèle à sa méthode, Yann Le Bohec ramène le lecteur aux sources : par les textes des grands auteurs de l’Antiquité, mais aussi par l’épigraphie, et grâce aux dernières découvertes de l’archéologie, il exhume des batailles inconnues et des guerres oubliées.

 

Extrait :

 

La Guerre de Vercingétorix (52 avant J.-C)

L’année 52 avant J.-C fut l’année de Vercingétorix, de Gergovie et d’Alésia.

Au bout de six ans de guerre, les Gaulois avaient fini par comprendre que Rome leur ferait payer le tribut et leur demanderait des recrues, qu’ils perdraient leur libertas. Ils se révoltèrent et la guerre prit naissance chez les Carnutes, dont le chef-lieu était Cenabum (Orléans). Les membres de ce peuple s’assemblèrent, prêtèrent serment et massacrèrent tous les Romains qu’ils rencontrèrent. La nouvelle atteignit vite le pays des Arvernes (Auvergne), où Vercingétorix, jeune et ambitieux, fils de roi et partisan de la monarchie, se heurtait aux aristocrates, menés par son oncle Gobannitio. La puissance militaire des Arvernes et la personnalité de Vercingétorix permirent la constitution d’une coalition qui s’étendit et gagna même les Eduens, jusqu’alors fidèles alliés de Rome. Une grande révolte éclata, mais elle ne fut pas « générale », comme on l’a dit : les peuples de la Gaule méridionale ne bougèrent pas, ou bien intervinrent en faveur de Rome (Helviens) ; les Lingons, les Rèmes et les Ubiens restèrent fidèles à César ; d’autres, comme les Vénètes, n’avaient plus de force militaire.

Vercingétorix élabora une vraie stratégie, qu’on désigne d’une expression anglaise « pull and push », basé sur une tactique originale. Pour chasser César du Nord, il imposa la terre brûlée en faisant détruire tous les stocks de blé disponible et en attaquant les convois de ravitaillement. Pour l’attirer vers le sud, il répartit les coalisés en trois armées qui menaçaient la Province : au nord, les Eduens et les Ségusiaves faisaient face à Allobroges du Dauphiné ; au centre, les Arvernes et les Gabales pesaient sur les Helviens du Vivarais ; au sud, les Rutènes et les Cadurques se tenaient prêts à envahir le territoire des Volques Arécomiques, la partie orientale du Languedoc.

Si Vercingétorix avait conçu une stratégie, on dut à César l’intervention d’une contre-stratégie. Le Romain, qui se trouvait hors de la Gaule en janvier 52, revient à bride abattue et traversa les Cévennes malgré la neige. Puis il mena une guerre de sièges : Vellonodunum des Sénons, Cenabum, emportée sans délai et saccagée, Noviodunum des Biturgies et surtout Avaricum (Bourges)où les habitants, qui avaient trop longtemps résisté, furent tous tués. Puis il tenta de prendre Gergovie, capitale des Arvernes (sur le plateau de Merdogne, au sud de Clermont-Ferrand). Un centurion atteignit le sommet du rempart, mais il ne put s’y maintenir ; un autre mourut devant une porte. César subit là un rude échec, car il ne réussit pas) prendre Gergovie où il perdit là un rude échec, car il ne réussit pas à prendre Gergovie où il perdit 5 000 légionnaires.

Certes, son lieutenant Labienus remporta une victoire sur les Parisiens. Mais la situation n’était pas tenable : au nord, la logistique ne suivait plus et, au sud, la Province était menacée. César rassembla son armée à Sens, puis il entreprit un vaste mouvement tournant à travers le plateau de Langres. Il ne voulut évidemment pas avouer qu’il faisait retraite. Ce départ ne parut pas suffisant, semble-t-il, à Vercingétorix qui cherchait une victoire complète. Il attira les Romains vers Alésia, qui se trouve à Alise-Sainte-Reine, en Côte-d’Or. Des partisans d’une localisation dans le jura mènent une guerre picrocholine pour défendre leur citadelle. Et ils ont fort à faire, car une concurrence supplémentaire s’est levée à l’ouest : le partisan d’un autre emplacement, Auxerrre dans l’Yonne, vient de présenter sa propre théorie. Vercingétorix avait conçu la stratégie, nouvelle, de « l’enclume et du marteau ». Il s’enfermait dans la ville avec ces hommes (l’enclume) et il faisait venir une force extérieure, appelée « armée de secours », pour écraser les Romains (le marteau). Il réussit à obtenir de tous les peuples gaulois près de 250 000 combattants, si l’on en croit César. Mais ses ennemis érigèrent deux défenses linéaires, l’une pour empêcher les assiégés de sortir, l’autre pour interdire aux nouveaux arrivants de les secourir. Finalement, une grande bataille opposa les légions à cette « armée de secours », qui fut détruite, ce fut à la fois une bataille d’extermination et une bataille décisive. Vercingétorix se rendit, il fut emmené à Rome, gardé plusieurs années dans une prison solide, présenté au triomphe de César puis étranglé. La guerre des Gaules était terminée.


 

LE RETOUR DES GAULOIS A LEURS VEUX DEMONS (51 AVANT J.-C)

Sitôt la défaite d’Alésia connue, les Gaulois revinrent à leurs vieux démons : se battre les uns contre les autres. Ainsi, les survivants des Carnutes déclarèrent la guerre aux survivants des Bituriges, qui firent appel à César. Les romains, point désolés de revenir à Cenabum (Orléans), pillèrent ce qu’ils n’avaient pas pris l’année précédente. Ensuite, les Bellovaques (Beauvaisis) décidèrent de s’enrichir au détriment des Suessions (Soissons), protégés des Rèmes, eux-mêmes alliées des Romains ; ils réussirent à former une vaste coalition. Et il y eut bataille puis embuscade et contre-embuscade. Finalement, les légionnaires l’emportèrent et la coalition se dispersa.

A ce moment, César attaqua encore trois peuples du nord de la Gaule, les Atrébates (Artois), les Eburons (Tongres-Maastricht) et les Trévires (Trèves). Il envoya un commando pour capturer Ambiorix qu’il poursuivait de sa haine. Mais le chef Eburon réussit) lui échapper et s’exila en Bretagne. Les Trévires eurent droit à quelques massacres planifiés par les Romains. Dans le Sud-Ouest, mêmes désordres. Les Andécaves (Angers) assiégeaient Poitiers (Pictons), qui fut secourue par les Romains au prix de 12 000 morts chez les agresseurs.

Les combat les plus célèbres eurent lieu au siège d’Uxellodunum (sans doute Capedenac), Capitale des Cadurques de Quercy, qui dut affronter la poliorcétique romaine. Ils eurent pour enjeu une source ; quand elle fut prise par les Romains, les Gaulois durent se rendre. César, excédé, fut impitoyable : « il fit couper les mains, dit Hiritius, à tous ceux qui avaient porté les armes et leur laissa la vie sauve, pour qu’on sût mieux comment il punissait les rebelles. » (P.265-268)

 

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