Flora. Les fleurs dans l'Antiquité. Extraits.

Quelle meilleure saison que le printemps pour parler de fleurs ! Delphine Lauritzen a recueilli pour nous les dires des Anciens sur le sujet et nous en fait part dans le dernier livre de la collection Signets tout juste paru aux Belles Lettres, Flora, les fleurs dans l’Antiquité. Nous vous en avons choisis trois extraits.

 

Flora. Les fleurs dans l'Antiquité, textes réunis et présentés par Delphine Lauritzen, précédé d'un entretien avec Alain Baraton, Les Belles Lettres, coll. Signets, broché, XIV-322 pages, 15 €

Tout d’abord, un beau portrait de la déesse Flora par le poète byzantin Jean de Gaza.

Extrait : «Jean de Gaza

La Saison du printemps était représentée sous les traits d’une belle jeune fille cueillant des fleurs sur une oeuvre d’art de la fin de l’Antiquité. Cette composition complexe qui rassemblait une soixantaine d’allégories représentant le cosmos ornait le bain d’hiver de la Gaza byzantine. Un long poème nous en a conservé le souvenir.

LA BELLE PRINTANIÈRE

Se détachant des autres, je vois de mes yeux,

En sa fleur, gracieuse, celle à l’égale durée de jour,

La Printanière humectée de rosée, l’obligée d’Aphrodite,

Qui dans les jardins des Grâces où naît l’amour

Fauche la douce image d’une prairie rosée, retour de l’hirondelle,

Et pare sa beauté d’une guirlande de roses parfumée ;

Elle en couronne ses boucles et à son cou si blanc

Rougeoie le tour d’un collier orné d’un fermoir ardent.

Et, le coeur en fête, la Saison radieuse du printemps

Dont le sein ploie sous les pétales zéphyréens

Module un doux chant, action de grâce pour Cythérée.

Et sa chair est pétrie de beauté. Fait d’argent brillant,

Le disque qu’elle tient à la main, elle le remplit des corolles de Cythérée.

Description du Tableau cosmique, 659-671 » p.8.

Flora and the Zephyrs - John William Waterhouse.

Flora and the Zephyrs - John William Waterhouse.

Plutarque soulève le problème de savoir s’il convient ou non porter une couronne de roses d’un banquet philosophique.

Extrait : « Plutarque

Alors que les couronnes de laurier sont des symboles de victoire et de piété envers les dieux, apanage des hommes sérieux, les couronnes de roses dont les convives se ceignent les tempes ne sauraient convenir à une conversation philosophique, tout au moins d’après ce trouble-fête d’Ammonios. C’est l’occasion pour Plutarque de revenir sur la soirée d’Agathon qui sert de cadre au Banquet de Platon.

ROSE VS LAURIER

Un jour, en effet, il y eut une discussion sur les couronnes. C’était lors d’un banquet à Athènes : le musicien Ératon recevait un grand nombre de personnes à l’occasion d’un sacrifice qu’il avait offert aux Muses. Après le repas, on fit circuler des couronnes de toutes sortes, et Ammonios trouva moyen de se moquer de nous, parce qu’au lieu d’en porter de laurier nous en portions de roses : les couronnes de fleurs étaient un ornement parfaitement puéril, mieux fait pour les jeux des filles et des femmes que pour une assemblée d’hommes passionnés d’art et de science. « Vraiment, Ératon m’étonne, poursuivit-il ; il déteste l’emploi des demi-tons dans la phrase musicale et critique le bel Agathon, qui passe pour avoir introduit et mêlé le premier le chromatisme dans la tragédie, lors de la représentation des Mysiens, et le voilà qui nous remplit lui-même son banquet des tons et des nuances de toutes ces fleurs ; il prétend fermer l’entrée des oreilles à la mollesse et à la volupté, mais c’est par la porte des yeux et du nez qu’il les fait pénétrer dans nos âmes, en destinant au plaisir les couronnes qui devraient être une marque de piété. Et pourtant ce parfum-là a plus de valeur que l’odeur de vos fleurs, qui s’évente aux mains des bouquetières. Il n’y a point de place dans un banquet, où l’on se veut philosophes, pour un plaisir qui n’est pas lié à quelque besoin et qui ne procède d’aucun désir naturel. La courtoisie veut que les personnes amenées à un repas par des amis qui y sont invités soient reçues de la même façon que ces derniers, comme il arriva à Aristodème, amené par Socrate au festin d’Agathon ; mais si quelqu’un y vient de son propre chef, il faut qu’il trouve porte close. De même, il y a lieu d’admettre les plaisirs qui se rapportent au manger et au boire, parce qu’ils répondent à l’invitation de la nature et accompagnent nos désirs, tandis qu’il faut s’opposer à l’intrusion de toutes les délectations artificielles.

Propos de table, III, 1, 1 (645 D-646 A) » p. 104-105.

Banqueteurs jouant au cottabe pendant qu'une musicienne joue de l'aulos, cratère en cloche du Peintre de Nicias (Musée national archéologique de Madrid).

Banqueteurs jouant au cottabe pendant qu'une musicienne joue de l'aulos, cratère en cloche du Peintre de Nicias (Musée national archéologique de Madrid).

Personne ne peut résister à la beauté d’une fleur. La pauvre Perséphone l’apprendra bien vite à ses dépens.

Extrait : « Hymnes homériques

Perséphone, fille de Déméter la déesse des cultures, est une innocente jeune fille. Elle-même comparée à une fleur, elle ne pense pas à mal lorsqu’elle tente de cueillir la fleur merveilleuse qui sera l’instrument de sa perte, ou plutôt celle de sa virginité. Le rapt et le viol qui la consacrent reine des Enfers aux côtés d’Hadès (le « Cronide » car fils de Cronos) apparaissent comme la conséquence de son désir, même « inconscient ».

LA FLEUR INTERDITE

Pour commencer, je chante Déméter aux beaux cheveux, l’auguste déesse, elle et sa fille aux longues chevilles qui fut ravie par Aïdôneus – du consentement de Zeus dont la vaste voix gronde sourdement – tandis que  loin de Déméter au glaive d’or qui donne les splendides récoltes, elle jouait avec les jeunes Océanides à l’ample poitrine et cueillait des fleurs – des roses, des crocus et des jacinthes et aussi le narcisse que, par ruse, Terre fit croître pour l’enfant fraîche comme une corolle, selon les desseins de Zeus, afin de complaire à Celui qui reçoit bien des hôtes. La fleur brillait d’un éclat merveilleux et frappa d’étonnement tous ceux qui la virent alors, dieux immortels ainsi qu’hommes mortels. Il était poussé de sa racine une tige à cent têtes et, au parfum de cette boule de fleurs, tout le vaste Ciel d’en haut sourit, et toute la terre, et l’âcre gonflement de la vague marine. Étonnée, l’enfant étendit à la fois ses deux bras pour saisir le beau jouet : mais la terre aux vastes chemins s’ouvrit dans la plaine nysienne, et il en surgit, avec ses chevaux immortels, le Seigneur de tant d’hôtes, le Cronide invoqué sous tant de noms. Il l’enleva et, malgré sa résistance, l’entraîna tout en pleurs sur son char d’or.

À Déméter, 1-20 » p.220.

 

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Le rapt de Proserpine par Rembrandt.

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