Pline le Jeune, Lettres. Tome IV. LIvre X. Extrait.

Pline le Jeune, Lettres. Tome IV. Livre X, texte établi, traduit et commenté par Hubert Zehnacker et Nicole Méthy, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France série latine, broché, XXXII - 224 pages, 45 €.

 

Ne regroupant que des lettres adressées à l’empereur Trajan, le dixième et dernier livre de la correspondance de Pline le Jeune n’a pas de véritable équivalent, dans l’oeuvre même de son auteur. Il est composé de 124 lettres, parmi lesquelles 51 sont des réponses de Trajan, les autres émanant de Pline lui-même.

 

Extrait : « 6

PLINE À L’EMPEREUR TRAJAN

Je te remercie, sire, d’avoir eu la bienveillance d’accorder sans retard d’une part le droit des Quirites aux affranchies d’une femme qui est une de mes proches, d’autre part la citoyenneté romaine à Arpocras, mon kinésithérapeute.

Mais lorsque, suivant tes instructions, j’ai déclaré son âge et son patrimoine, des personnes plus compétentes m’ont fait remarquer que j’aurais dû obtenir pour lui d’abord la citoyenneté alexandrine, ensuite la romaine, puisqu’il était égyptien. 2. Or moi, croyant qu’il n’y avait aucune différence entre les Égyptiens et les autres étrangers, je m’étais contenté de te donner par écrit ces seuls renseignements : qu’il avait été affranchi par une étrangère et que sa patronne était décédée depuis longtemps. Je ne me plains pas de l’ignorance qui fut la mienne et qui a fait de moi plusieurs fois ton obligé quand j’interviens pour un seul homme.

Je te prie, en conséquence, pour que je puisse profiter de ton bienfait en respectant la loi, de lui attribuer à la fois la citoyenneté alexandrine et la romaine. Son âge et son patrimoine, afin que rien ne vienne de nouveau retarder ta bienveillance, je les ai transmis à tes affranchis, ceux auxquels tu m’avais demandé de le faire.

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TRAJAN À PLINE

Suivant la règle instituée par mes prédécesseurs, j’ai pour principe de ne pas donner la citoyenneté alexandrine sans motif sérieux. Mais, puisque tu as déjà obtenu la citoyenneté romaine pour Arpocras, ton kinésithérapeute, je n’ai pas le courage d’opposer un refus à ta nouvelle requête. De ton côté, tu devras me faire savoir de quel nome il est originaire, afin que je t’envoie une lettre pour mon ami Pompeius Planta, le préfet d’Égypte.

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PLINE À L’EMPEREUR TRAJAN

Ton divin père, sire, avait prononcé un très beau discours et donné l’exemple avec une grande noblesse pour engager tous les citoyens à la générosité ; aussi lui ai-je demandé la permission de transférer dans ma ville des statues de princes qui m’avaient été léguées dans plusieurs héritages et que je gardais dans de lointaines propriétés telles que je les avais reçues, en y ajoutant sa propre statue. 2. Et lui avait évidemment eu la bienveillance de me l’accorder avec sa pleine et entière approbation. J’avais aussitôt écrit aux décurions d’assigner un terrain sur lequel je pourrais faire construire un temple à mes frais ; eux, par respect pour le projet lui-même, m’avaient laissé le choix de l’emplacement. 3. Mais j’ai été retardé dans un premier temps par ma mauvaise santé puis par celle de ton père, ensuite par les charges de la fonction que vous m’aviez confiée ; et c’est maintenant que je crois avoir la meilleure opportunité de faire un tour sur place. D’une part, en effet, mon mois de service se termine le premier septembre, d’autre part le mois suivant comporte plusieurs jours fériés.

4. Je te prie donc avant tout de me permettre d’orner également de ta statue l’ouvrage que je vais mettre en chantier, en second lieu, pour que je puisse le faire le plus tôt possible, d’avoir la bienveillance de m’accorder un congé. 5. Il ne serait, toutefois, pas conforme à ma franchise de dissimuler à ta bonté que, par la même occasion, tu rendras le plus grand service à mes intérêts et à mon patrimoine. Car la location des terres que je possède dans le même secteur, dont le bail excède d’ailleurs 400 000 sesterces, ne peut être reportée, d’autant que le nouveau fermier doit faire la prochaine taille. En outre, une série de mauvaises récoltes m’oblige à songer à des remises, dont je ne peux déterminer le montant qu’en étant sur place. 6. Je devrai donc, sire, à ta bienveillance à la fois la concrétisation rapide de mon dévouement et la mise en ordre de ma situation, si pour ce double but tu me donnes un congé de trente jours. Car il m’est impossible de fixer par avance un délai plus court, dans la mesure où la ville et les terres dont je parle sont à plus de cent cinquante milles.

9

TRAJAN À PLINE

Tu m’as présenté nombre de raisons personnelles et toutes celles d’intérêt général dans ta demande de congé ; mais, à elle seule, ta volonté m’aurait suffi. Car je ne doute pas que, dès que tu le pourras, tu viendras reprendre une fonction si absorbante.

Quant à ma statue, bien que je sois très regardant pour ce genre d’hommages, j’accepte malgré tout que tu la fasses mettre à l’emplacement que tu désires, pour ne pas avoir l’air de gêner la manifestation de ton dévouement à mon égard.

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PLINE À L’EMPEREUR TRAJAN

Je ne puis, sire, exprimer par des mots tout le plaisir que m’a causé ta lettre, par laquelle j’ai appris que tu avais également accordé à Arpocras, mon kinésithérapeute, la citoyenneté alexandrine, bien que, selon la règle instituée par tes prédécesseurs, tu aies pour principe de ne pas la donner sans motif sérieux. Je t’indique en outre qu’Arpocras est du nome de Memphis. 2. Je te prie donc, très bienveillant empereur, de m’envoyer, comme tu l’as promis, la lettre pour ton ami Pompeius Planta, le préfet d’Égypte.

Désireux d’aller au-devant de toi pour pouvoir, sire, jouir au plus tôt du plaisir de ton arrivée, attendue avec tant d’impatience, je te prie de me permettre de m’avancer le plus loin possible à ta rencontre. » p.5-7.

 

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Viennent aussi de paraître dans la Collection des Universités de France :

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Hippocrate, Tome XVI. Problèmes hippocratiques, texte établi, traduit et annoté par Jacques Jouanna, Alessia Guardasole, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France série grecque, broché, LXX - 298 pages, 33 €.

 

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