Jerry Toner, Libérez le Romain qui est en vous, Extrait

Marcus Sidonius Falx, Jerry Toner, Libérez le Romain qui est en vous, traduit de l'anglais par Laurent Burry, PUF, broché, 276 pages, 19 €

 

Voici (enfin !) le guide pratique de la réussite à la romaine que tout le monde attendait. Marcus Sidonius Falx, citoyen romain de noble extraction, dévoile ici, à destination du néophyte, les mille et un secrets qui firent les success stories de la Rome ancienne : comment être heureux ? Comment faire fructifier son patrimoine ? Comment devenir un acteur incontournable de la vie sociale ? Comment s’attirer les faveurs des dieux ? Comment construire la famille parfaite ?… Cet ouvrage, nourri d’une multitude de sources originales, explore la vie quotidienne à Rome sous la forme insolite qui était déjà celle de L’art de gouverner ses esclaves : un récit mené sur un ton alerte par un noble romain, suivi du point de vue, plus grave, de l’auteur, Jerry Toner, pour les lecteurs désireux d’en savoir plus.

 

Extrait :

« Qu’est ce qui fait une bonne épouse ? Comment élever vos enfants ? Ce sont des questions essentielles si vous voulez jouir des joies que peut procurer un foyer bien gouverné. Quel homme pourrait être heureux si sa femme a des liaisons à peine dissimulées avec des partenaires multiples, ou si ses enfants lui désobéissent ouvertement ? Laissez-moi vous expliquer comment assurer la gestion efficace et ordonnée de votre famille.

Je commencerai par décrire les vertus de ma propre femme. Les couples aussi durables que le nôtre sont rares- nous avons la chance d’être mariés depuis plus de vingt ans – et cela m’a appris ce qu’est une bonne épouse. Tout d’abord, elle est incomparablement économe et perspicace. Son dévouement pour moi rayonne sur son visage si bien que chacun sait qu’elle m’est fidèle. Cela l’a même poussée à apprendre à lire afin de prendre connaissance des mes écrits, dont elle a appris certains par cœur. L’harmonie croît de jour en jour entre nous. Chaque fois que je me lance dans un projet, elle est pleine d’inquiétude, et quand j’en ai terminé, elle est plus heureuse que quiconque. Si je parle au Sénat, elle envoie un messager qui lui rapporte comment mon discourt a été accueilli. Quand je donne une lecture publique de l’un de mes livres, elle prend toujours place prés de moi, caché derrière un rideau, afin de ne rien perdre des éloges que l’on m’adresse. L’amour est son guide autour dans tout se qu’elle fait. Elle n’est pas éprise de ma jeunesse ou de ma beauté, que le temps use inexorablement ? Elle est éprise de ma gloire. Tout cela, elle le tient de son père, qui a veillé à ce qu’elle baigne dès l’enfance dans la piété et les bonnes mœurs.

Ses vertus domestiques sont sans bornes. Elle est loyale, obéissante, affable et raisonnable, et elle file la laine avec entrain. Elle est religieuse sans tomber dans la superstition, s’habille avec discrétion et n’utilise guère de maquillage. Elle est dévouée à sa famille et montre autant d’attention envers ma mère qu’envers la sienne. Sa générosité se manifeste envers ses nombreux amis et êtres chers. Seule sa sœur l’égale sur ce point. Ma femme a fait venir chez nous ses cadettes, et s’est appliquée à ce qu’elles aient toutes une dot suffisante pour trouver un mari digne de leur nom. Je ne dis pas cela pour me venter d’avoir financé les dots des filles de la famille de mon épouse, mais simplement pour bien montrer que c’était entièrement l’idée de ma femme.

Pendant quelques années, elle fut au désespoir de ne pas avoir d’enfant et se chagrina de n’avoir pu me donner d’héritier. Elle me proposa le divorce, prête à quitter la maison si une autre femme plus fertile pouvait la remplacer. Elle souhaitait même chercher celle qui serait digne d’un pareil honneur et serait pour moi une compagne à la hauteur. Elle disait qu’elle ne reprendrait pas sa dot substantielle mais se mettrait, comme une sœur ou une comme une belle-mère, au service de ma nouvelle épouse et traiterait ses enfants comme s’ils avaient été les siens. Par chance, à ce moment de crise, elle finit pas tomber enceinte et m’évita d’avoir à prendre ce qui aurait été une décision difficile.

Mon épouse place donc la barre à une hauteur inaccessible pour la plupart des femmes. Mais pour ma sagesse conjugale, qui vous permettront de faire le bonheur de votre mari :

  • n’allez pas croire que l’ardeur des jeunes mariés désir ne peut être prolongé qu’à condition de trouver un combustible plus durable ;
  • lorsqu’il prend femme, l’homme doit savoir pourquoi. Oui, il voulait avoir des enfants. Non, il ne voulait pas qu’elle cesse de lui prodiguer ses soins ;
  • la lune rayonne quand elle est loin du soleil, mais disparaît lorsqu’il est près d’elle. Une épouse discrète doit être le contraire : elle doit se montrer en public avec son mari, mais lorsqu’il voyage pour affaires, elle doit rester à la maison ;
  • tout comme un miroir serti de joyaux ne sert à rien s’il n’offre pas un bon reflet, une épouse riche ne vous avantage en rien si elle ne se conforme pas à vos habitudes. La femme ne doit éprouver aucune émotion personnelle mais refléter l’humeur de son mari, rire de ses plaisanteries lorsqu’il est heureux, s’affliger lorsqu’il est triste ;
  • une épouse ne doit pas avoir d’amis personnels mais doit cultiver ceux de son mari. Elle doit fermer sa porte à toute dorme de superstition superflue et n’admettre que les dieux de son mari. ;
  • un mariage heureux est une union où l’on parle rarement de ce qui est « à moi » et « à toi ». Toutes les choses bonnes ou mauvaises doivent être partagées, et le lien s’en renforce d’autant. La nature même nous enseigne qu’il est impossible de déterminer ce que l’enfant doit à chacun de ses deux parents. Mettez donc tous vos avoirs en commun, et laissez votre mari les gérer pour bous. Car tout comme on appelle encore « vin » le vin coupé même s’il contient surtout de l’eau, on dit que la maison et les biens appartiennent au mari même si la majeure partie vient de l’épouse ;
  • un Romain fut jadis critiqué par ses amis pour avoir divorcé de son épouse chaste, belle et riche. En réponse, il ôta sa chaussure et dit « Voici une belle chaussure, mais vous ne savez pas où elle me blesse. » De même, une épouse ne doit pas se fier à la dot considérable qu’elle a apportée pour faire le bonheur de son mari. Elle doit plutôt être gaie, agréable et de bonne compagnie. Ce soit les querelles habituelles, qui échappent au regard du monde extérieur, qui transforment des conjoints en ennemis et qui font les pires dégâts ;
  • une femme ne doit jamais aspirer à gouverner son mari. Le sort du mari est de gouverner sa femme, non comme un esclave, mais comme l’âme commande au corps par la sympathie et la bonne volonté ;
  • les généraux grecs donnaient l’ordre à leurs soldats de garder le silence quand l’armée adverse arrivait en courant, mais de se mettre à hurler si l’ennemi s’avançait en silence. De même, une femme sensée se tait quand son mari est en colère, mais fait de son mieux pour lui remonter le moral lorsqu’il est morose ;
  • une femme doit, comme une abeille, recueillir le miel du savoir sont l’entoure son mari. S’il lui fait comprendre que l’extravagance n’aura pas sa place de son côté de la maison, alors elle n’aura pas non plus, dans ses appartements, de coupes d’or, de tableaux, de décorations pour les mules et autres vanités. Il est toujours bon d’entendre l’épouse dire « Mon mari ; tu es mon professeur et mon guide. » Et si le mari lui apprend la géométrie, alors elle aura trop honte pour s’adonner à des sottises comme la danse, s’il lui enseigne la philosophie, elle rira de celles qui pensent que les sorcières peuvent faire descendre la lune du ciel, et s’il l’aide à comprendre l’astronomie, elle ne sera plus terrorisée à chaque éclipse.

S’il y a bien une règle d’or, c’est que l’épouse doit être soumise. Comme le dit Artémidore, qui interprète mes songes : « si un homme rêve qu’il fait l’amour avec sa femme et qu’elle cède volontiers, docilement, et sans réticence, alors c’est bon signe pour tous les deux. » Une femme doit servir son mari comme s’il était son maître, même si bien sûr, il doit la traiter beaucoup mieux qu’il traite ses esclaves. »

 

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