La Saint Valentin avec les Anciens.

En ce jour de Saint Valentin, l’heure est à l’amour. Laissons donc les Anciens nous parler de la chose.

Séduire comme un dieu. Leçons de flirt antique, textes réunis et présentés par Karine Descoings et Laure de Chantal, Les Belles Lettres, coll. Signets, broché, XIV + 332 pages, 15 €.

Qui de mieux qu’Ovide pour donner quelques précieux conseils de séduction !

« Ne néglige pas non plus les courses où rivalisent des chevaux généreux. Le cirque, avec son nombreux public, offre de multiples occasions. Pas besoin du langage des doigts pour exprimer tes secrets, et les signes de tête ne sont pas nécessaires pour que tu aies une marque d’assentiment. Assieds-toi contre celle qui te plaît, tout près, nul ne t’en empêche; approche ton flanc le plus possible du sien ; heureusement la dimension des places force les gens, bon gré mal gré, à se serrer, et les dispositions du lieu obligent la belle à se laisser toucher. Cherche alors à engager une conversation qui servira de trait d’union, et que tes premières paroles soient des banalités. À qui sont les chevaux qui viennent là ? demanderas-tu avec empressement, et, immédiatement, son cheval favori, quel qu’il soit, doit être le tien. Mais quand s’avancera la procession nombreuse avec ses éphèbes qui combattent, alors applaudis avec enthousiasme Vénus, qui tient son sort en ta main.

Si, comme il arrive, il vient à tomber de la poussière sur la poitrine de ta belle, que tes doigts l’enlèvent ; s’il n’y a pas de poussière, enlève tout de même celle qui n’y est pas : tout doit servir de prétexte à tes soins officieux. Le manteau, trop long, traîne-t-il à terre ? Prends-en le bord, et, avec empressement, soulève-le du sol malpropre. Aussitôt, récompense de ton zèle officieux, sans que ta belle puisse s’en fâcher, tes yeux verront des jambes qui en valent la peine.

Regarde également tous ceux qui seront assis derrière vous : que leur genou ne vienne pas s’appuyer trop fort contre son dos délicat. De petites complaisances captivent ces âmes légères ; plus d’un s’est félicité d’avoir arrangé un coussin d’une main prévenante. On n’a pas regretté non plus d’avoir agité l’air avec un léger éventail et d’avoir placé un tabouret creux sous un pied délicat.

Toutes ces facilités pour un nouvel amour, tu les trouveras au cirque, et de même au forum, parmi le public impatient, lorsqu’on a semé le sable de funestes présages. Là souvent le fils de Vénus a combattu sur ce sable et celui qui regardait les blessures d’autrui a été blessé lui-même. On parle, on touche une main, on demande un programme, on engage un pari sur le vainqueur, et voici qu’une blessure vous fait gémir, que l’on sent une flèche rapide et que l’on joue soi-même un rôle dans les jeux que l’on regarde. »

L’Art d’aimer, I, 135-170

 

Musée nous donne à voir l’efficacité de la rhétorique pour séduire.

« Lorsque Léandre vit, à ses mouvements de tête, que l’aimable vierge fléchissait, il tira hardiment, d’un geste de la main, la tunique brodée de Héro et l’entraîna vers les recoins les plus reculés du temple saint. La vierge le suivit à pas hésitants, comme à contrecœur, et fit entendre seulement ces mots, par lesquels elle menaçait Léandre en termes bien féminins : « Étranger, quelle est cette folie? Je suis une vraie jeune fille ! Pourquoi, malheureux, m’entraînes-tu ? Adresse-toi ici à une autre, et lâche ma tunique ! Redoute le courroux de mes riches parents ! Il t’est défendu de toucher à la prêtresse de Cypris. La couche d’une vierge est domaine interdit ! »

Telles étaient ses menaces, analogues à toutes celles des jeunes filles. Mais, lorsque Léandre sentit la pointe de ces menaces bien féminines, il y reconnut les indices des abandons virginaux. Et en effet, lorsque les femmes menacent les jeunes hommes, leurs menaces sont simples avant-coureurs des entretiens de Cypris. Il mit un baiser sur la nuque douce et parfumée de Héro, puis, blessé de l’aiguillon du désir, lui adressa ces mots:

« Chère Cypris sœur de Cypris, chère Athéna sœur d’Athéna, car je ne peux te donner un nom de femme de la Terre, toi que j’égale aux filles de Zeus Cronien, bienheureux celui qui t’engendra, bienheureuse la mère qui t’enfanta, et fortunées entre toutes les entrailles qui te mirent au monde! Ah! Écoute mes prières ! Prends en pitié mon invincible amour! Prêtresse de Cypris, ne fuis pas l’œuvre de Cypris ! Viens, viens célébrer les mystères de l’union conjugale, les lois de la Déesse. Une vierge ne convient pas au service d’Aphrodite! Des créatures virginales ne touchent point Cypris ! Si tu veux connaître les lois d’amour de la Déesse et ses mystères vénérables, il y a le mariage et la couche nuptiale. Si tu chéris Cythérée, accepte donc la suave loi des ensorcelantes amours. Prends-moi comme ton suppliant et, si tu veux bien, comme ton amant, un amant qu’Amour, ce chasseur, a capturé après l’avoir atteint de ses traits ; ainsi l’intrépide Héraclès, l’agile Hermès à la baguette d’or le conduisit, pour qu’il servît, en mercenaire, la fille de Jardanos. Pour moi, c’est Cypris qui m’a envoyé vers toi, ce n’est pas l’habile Hermès qui m’a conduit. Elle ne t’est sûrement pas inconnue, la vierge d’Arcadie, Atalante, qui jadis évita la couche de Mélanion, son amoureux, pour garder sa virginité. Mais Aphrodite se fâcha; l’homme dont Atalante n’avait pas voulu, la Déesse le lui fit aimer de toute son âme. Laisse-toi fléchir, toi aussi, ma bienaimée, et garde-toi d’éveiller le courroux d’Aphrodite! »

Les paroles de Léandre persuadèrent le cœur de la vierge rétive. Grâce à des mots qui font naître l’amour, il égarait son âme. La jeune fille, muette, fixa la terre du regard, tout en cachant à demi son visage, rougissant de confusion ; puis elle se mit à gratter le sol du bout de son pied ; confuse, elle remontait et ramenait maintes fois sa tunique sur ses épaules. Tous ces gestes ne sont que signes avant-coureurs de l’acquiescement et le silence est promesse chez la vierge qui consent à se donner. »

Héro et Léandre, 117-165

 

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L'Amour bandant son arc, copie romaine d'un original de Lysippe, musées du Capitole.

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