Jaromir Malek, Le chat dans l'Égypte ancienne. Extrait.

Jaromir Malek, Le chat dans l'Égypte ancienne, traduction de Laurence Bobis, Les Belles Lettres, relié, 224 pages, 17 €.

Se fondant sur l'analyse des textes, des images, des bijoux, de la statuaire, etc., l'égyptologue met en évidence la place du chat dans l'Egypte ancienne, sa domestication, sa symbolique et son rôle dans la religion.

Extrait : « Deux dangers potentiels menaçaient la vie et la prospérité des Egyptiens quel que soit leur statut social, a l’intérieur comme a l’extérieur : les serpents venimeux, et les rats et souris voraces. On rencontrait les cobras (Naja haje et Naja nigricollis) et les vipères (Cerastes cerastes, ou vipère a cornes, et Cerastes vipera) un peu trop souvent pour qu’on puisse se sentir en sécurité, et leur morsure était mortelle. Les rats et les souris attaquaient les réserves de grains dans les greniers des domaines ruraux et dans les silos communaux des villes. Les hommes ne pouvaient pas faire grand-chose pour se protéger de ces fléaux, et il est ainsi facile de voir pourquoi les animaux capables de détruire ces vermines étaient non seulement tolérés, mais aussi apprécies. Le chat sauvage (Felis silvestris libyca) a pu errer dans les habitats et identifier les greniers et les silos comme des terrains de chasse prêts à l’emploi. Il y trouvait également des restes de nourriture abandonnés ou laissés à dessein pour encourager les chats à revenir. Finalement, une sorte de symbiose qui convenait aux deux parties s’opéra : en échange d’un approvisionnement régulier en nourriture, ou de l’accès qu’on leur laissait a celle-ci, les chats nettoyaient la zone de la vermine. […]

Lorsque les chats et les hommes ont été habitues a la présence les uns des autres et ont reconnu les bénéfices mutuels qu’ils pouvaient tirer de leur coexistence, il n’était pas très difficile de passer à l’étape suivante, la domestication proprement dite. Les chats ont une remarquable capacité à tirer parti des changements qui surviennent dans leurs conditions de vie. Si je devais risquer une supposition, je dirais que l’habitat naturel des ancêtres sauvages des chats était si contrasté qu’une attention particulière à toutes les opportunités qui se présentaient à eux et la capacité de les exploiter étaient essentielles à leur survie. Il est assez vraisemblable que les chats étendirent bientôt leur terrain d’activité du voisinage des greniers et des silos aux alentours des maisons. Là, leur habileté à tuer les rats, les souris, et, ce qui est probablement plus important encore, les serpents, leur fut très utile.

Jaromir Malek, Le chat dans l'Égypte ancienne. Extrait.

Les chats, qui avaient aussi à offrir des caractéristiques nouvelles, différentes de celles des animaux familiers traditionnels tels que chiens, babouins et singes, gagnèrent bientôt le cœur des Égyptiens et finirent par être acceptés dans leurs maisons. Pour les chats, la maison représentait une source supplémentaire de nourriture et de confort ; en retour ils renoncèrent à une partie de leur indépendance. Cela permit aux hommes d’influer sur leur patrimoine génétique, principalement en modifiant leur régime alimentaire et en recourant a des croisements sélectifs. De cette manière, le chat devint finalement un animal domestique, ou, plus précisément, se domestiqua lui-même.

Une autre théorie intéressante, quoique très différente, à propos de la domestication des chats met en avant des motivations religieuses. Dans l’Égypte ancienne, les considérations pratiques et idéologiques sont souvent si étroitement mêlées qu’essayer de les distinguer pour déterminer laquelle prime l’autre est souvent extrêmement difficile et, pour tout dire, méthodologiquement incorrect. Ce serait une erreur d’écarter catégoriquement l’idée mais, à l’heure actuelle, il est difficile de concilier ce que nous savons de la signification religieuse modeste du chat aux premières étapes de sa domestication avec son rôle important en tant qu’animal économique, protecteur et familier. L’utilité du chat égyptien pour les hommes était d’une nature différente de celle des autres animaux domestiques et leurs relations étaient gouvernées par d’autres règles. Selon la forme la plus élémentaire de ≪ relation ≫ entre les hommes et les animaux dans l’Égypte ancienne, ces derniers fournissaient une source pratique de nourriture, de peaux et de laine : bovins, porcs, ovins et volaille. D’autres animaux étaient domestiqués parce qu’ils possédaient des caractéristiques qui les rendaient à certains égards supérieurs à l’homme et pour lesquelles ils pouvaient être exploités : la puissance des chevaux, la capacité des ânes à porter des charges, la vitesse et l’odorat des chiens. D’autres encore, des bêtes familières comme les singes et les babouins, étaient élevés pour tenir compagnie et amuser, et par conséquent leur liberté de sortir de cette relation à sens unique était réduite. Les qualités pour lesquelles le chat était apprécié exigeaient qu’il dispose de toute latitude pour aller et venir comme il lui plaisait et qu’il soit jusqu’à un certain point un agent indépendant. Nous pouvons encore observer les traces de ces caractéristiques chez nos chats domestiques, sous la forme de leur grande capacité à s’adapter, à exploiter leur environnement, et à être indépendants et autonomes. L’agriculture sédentaire était le pré requis fondamental pour la domestication du chat ; le chat est avant tout l’animal du fermier tandis que le chien est celui du chasseur itinérant. Cela aide à comprendre pourquoi le chat domestique est apparu en Égypte relativement tard et pourquoi il est bien plus facile de trouver des preuves concernant la domestication du chien. Le chien a été en contact avec l’homme plusieurs milliers d’années avant le chat, et certainement bien avant l’apparition des établissements agricoles. » p.84-87.

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