Henri Stierlien, Persépolis. Extrait.

Henri Stierlin, Persépolis. Chef-d'oeuvre des Grecs en Iran, Picard, relié, 240 pages, 58 €

 

Une nouvelle hypothèse formulée quant à la construction des grands palais perses de Suse, d'Ecbatane et de Persépolis : ils auraient été bâtis par des architectes et des artistes grecs, déportés des îles Ioniennes par l'empereur Darius. L’auteur s'appuie notamment sur la comparaison entre la frise des Panathénées du Parthénon d'Athènes et celle de la procession des tributaires de l'Apadana à Persépolis.

 

Extrait : « Suite à l’essor de l’architecture grecque d’époque préclassique en Ionie, les techniques architecturales mises en œuvre pour les palais perses relèvent – à l’évidence – des formules inaugurées par les architectes grecs pour les grands temples qu’ils ont édifiés au début du VIe siècle avant notre ère. Car les tribus nomades iraniennes – dont font partie les Perses et les Mèdes, récemment sédentarisés – ne disposaient pas d’une architecture de pierre digne de ce nom… Au lendemain des conquêtes territoriales, obtenues par Cyrus et Darius, les maîtres de la Perse décident d’adopter en Iran le mode de construction grec, tant pour les palais de Pasargades que pour ceux de Persépolis et de Suse. Il s’agit non seulement d’appliquer le même processus que celui des bâtisseurs ioniens en Anatolie, mais cette technique sera désormais mise en œuvre sur les chantiers des Achéménides par des architectes et des artisans provenant d’Ionie qui ont fait leurs preuves comme créateurs de l’art hellénique préclassique. Car au lendemain de l’irruption des forces achéménides qui s’étaient avancées jusqu’aux côtes de l’gée, on assiste non seulement à l’établissement des Perses en Ionie, mais au « déplacement » des bâtisseurs ioniens en Iran.

Les conséquences des victoires de Cyrus (546) en Anatolie, puis de Darius (520) à Samos sont donc considérables : il en résulte, d’une part, l’appropriation par les Perses des territoires grecs d’Anatolie, et d’autre part, le recours aux techniques avancées dont disposent les équipes d’architectes  et de sculpteurs ioniens dont les talents sont reconnus. Ceux-ci composent un corps des travailleurs capables de réaliser une architecture de pierre de haut niveau en Iran. Du même coup, les chefs de chantiers, les tailleurs de pierre et les concepteurs grecs sont chargés de réaliser, pour les souverains achéménides, des projets grandioses, permettant aux Perses de se doter de capitales dignes de l’immense empire qu’ils ont conquis.

La technologie ionienne représente en quelque sorte une prise guerre. Les progrès accomplis par les architectes grecs à Samos, à Éphèse et dans divers centres de l’Ionie, comme Milet ou Didymes, furent mis en œuvre systématiquement dans la réalisation des palais perses. En réalité, la greffe a d’autant mieux pris que ce sont les Grecs eux-mêmes qui assurent ce transfert technologique. La similitude des méthodes de travail que révèle la comparaison entre les édifices d’Ionie et ceux de Perse conduit à un réexamen complet des rapports entre Grecs et Perses. L’analyse des techniques utilisées en Perse prouve en effet qu’on est en présence d’un emprunt culturel et technologique qui s’opère à grande échelle de l’Ionie vers l’Iran. Il suppose que les vainqueurs organisèrent systématiquement le déplacement des élites ioniennes vers la Perse. De ces « déportations » - osons le mot – l’historien grecs Hérodote se fait l’écho lorsqu’il rapporte que Darius emmena, « sans leur faire de mal », les Milésiens révoltés jusqu’à Suse et sur les rives du golfe persique. Cet écrit du « père de l’histoire » a trait, semble-t-il, à une seconde phase de ces transferts technologiques qui eut lieu au temps de Darius pour la construction des palais de Suse et de Persépolis. La première phase – rappelons-le – avait commencé sous Cyrus II avec la mise en chantier de Pasargades. Un témoignage aussi précis permet de comprendre pourquoi les hautes colonnes des temples préclassiques d’Ionie et les grands fûts de pierre qui sont apparus peu après à Pasargades, en Perse, dans le Fars, puis deux décennies plus tard à Persépolis, à Suse et en Elam, présentent entre eux d’aussi frappantes similitudes. » p.19-20.

 

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