Yann Rivière, Germanicus. Extrait.

Yann Rivière, Germanicus, Perrin, coll. Biographies, broché, 576 pages, 29 €. 

 

Le destin de Germanicus, fils adoptif de Tibère, époux d'Agrippine et père de Caligula. L'auteur retrace sa carrière et ses succès militaires, évoque les espoirs fondés sur sa personne et les jalousies suscitées, rappelle sa mort suspecte à Antioche en l'an 19 apr. J.-C. et son culte ultérieur. Il étudie également la place de ce personnage dans la culture occidentale à partir du XVIe siècle.

 

Extrait : « L’armée des coalisés germains barre la plaine d’Idistaviso entre la Weser et les collines. Les Chérusques se sont postés dans des bois sur les hauteurs, prêts à s’élancer au moment opportun. L’armée romaine se présente en ordre de marche (agmen) dans la perspective de mener une « bataille » dans les règles (acies). Les auxiliaires gaulois et germains ouvrent la marche, suivis des archers à pieds. Ils sont immédiatement suivis par quatre premières légions. Viennent ensuite, au centre du dispositif, deux cohortes prétoriennes et la cavalerie d’élite qui entoure l’imperator. Quatre autres légions les suivent, protégées sur leurs arrières par des contingents d’auxiliaires, notamment l’infanterie légère et les archers montés. Leur position à l’arrière-garde les expose à une attaque des Germains. Les chevaux leur permettent un déplacement rapide, à la différence des tireurs postés à l’avant. Le tableau offert par Tacite de la progression de l’armée romaine témoigne encore une fois de la documentation précise de cet historien. L’occasion lui est ici offerte de pouvoir introduire dans ses Annales le récit d’une vraie bataille. La « bataille » obéit au genre historiographique par excellence chez les Anciens. Aussi les motifs indissociables d’un récit de combat, à commencer par le présage de la victoire, l’emportent bientôt sur la description rigoureuse de son déroulement : huit aigles – autant que de légions -  seraient apparus en direction de la forêt où les Chérusques viennent de se retrancher après un premier assaut repoussé par la cavalerie romaine (elle est de nouveau commandée par Stertinius). La matinée touche à sa fin, la bataille a commencé. Le général donne l’ordre aussitôt de suivre « les oiseaux romains » symboles de Jupiter et divinités propres aux légions. Les rangs ennemis sont bientôt enfoncés, les Chérusques délogés des hauteurs qu’ils occupent. Arminius a tenté un moment de lancer ses troupes sur les archers. En dépit de la rapidité de leur tir, ils constituent le point faible de la colonne, puisqu’ils ne sont pas équipés pour un corps à corps. Cependant les auxiliaires gaulois, rhètes et vindélices leur portent immédiatement secours. Arminius et son oncle, Inguiomer, seront bientôt contraints de fuir. Le premier se serait maquillé de son propre sang pour ne pas être reconnu. Il a sans doute été aperçu par des auxiliaires Chauques, mais ceux-ci ont choisi de le laisser partir plutôt que de le capturer. Ils servent les Romains, mais renoncent à leur livrer le héros de Teutobourg. Les Germains sont maintenant contraints de traverser le fleuve à la nage sous une pluie de traits et dans le plus grand désordre. Les rives s’éboulent sous le poids des hommes et des chevaux. Certains auraient tenté de trouver refuge en haut des arbres. On abat les troncs ou l’on fait venir des archers qui s’amusent à tirer ces cibles humaines mal dissimulées dans les feuillages. Les combats d’Idistaviso se seraient déroulés sur une étendue de plus de 10000 pas, soit 15 kilomètres, mais tous les habitants de la région ont été en alarme et s’apprêtent maintenant à se retirer en direction de l’Elbe, dans l’espoir d’échapper aux Romains. Ces derniers viennent d’accorder à Tibère une nouvelle salutation impériale (ce sont sous les auspices de l’empereur que les combats ont été menés). La construction d’un trophée est engagée. Un monticule de terre est élevé où l’on amasse les armes des vaincus, sans doute sous un mannequin armé. Une inscription énumère les noms des peuples qui viennent d’être vaincus.

C’est en voyant avec effroi et colère le monument célébrant la victoire et la domination romaines sur leur territoire que les Germains auraient repris les armes dans les heures qui suivent la bataille. De nouveau, ils s’apprêtent au combat dans une plaine bordée de marais et de forêt. Cette plaine est barrée par une « levée de terre » qui se présente comme une chaussée en hauteur, une digue au milieu des terres. Selon les Romains, cet agger a été construit par les Angrivariens pour délimiter et défendre leur territoire aux confins de celui des Chérusques. C’est sur cette position élevée que l’infanterie des Germains prend place, tandis que la cavalerie, encore une fois, se retranche dans la forêt. Germanicus est tenu au courant des ces manœuvres par des éclaireurs : « Projets, emplacements, mesures invisibles ou secrètes, il connaît tout et tourne les ruses des ennemis à leur propre perte. » Tandis que le légat Seius Tubero reçoit l’ordre de conduire la cavalerie dans la plaine, une partie de l’infanterie se dirige vers la forêt, l’autre vers la levée de terre. Cette élévation  artificielle constitue un abri pour ses défenseurs comme s’il s’agissait d’un véritable rempart. L’infanterie, contrainte aux conditions d’un véritable siège, doit se retirer. Les frondeurs et les catapultes sont amenés pour affaiblir la position avant l’assaut : « les javelots jaillissent des machines, et plus les défenseurs se trouvent en vue, plus ils sont blessés et abattus. » Bientôt le mur est pris par les troupes d’élite, les deux cohortes prétoriennes conduites par Germanicus lui-même. La bataille se poursuit dans la plaine où l’espace est trop resserré entre le fleuve, les marais et les collines pour permettre aux Germains d’employer aisément leurs longues piques. Arminius souffre de la blessure reçue à Idistaviso, Inguiomer tente en vain de galvaniser ses troupes. C’est alors que Germanicus aurait ôté son casque  « pour se faire mieux reconnaître «  tel Alexandre le Grand à la bataille d’Issos (333 av. J.-C.) Le prince incite ses hommes au meurtre : « Pas besoin de prisonniers ; seul l’anéantissement du peuple mettrait fin à la guerre. » A la fin de la journée, tandis que le massacre se poursuit, une légion est retirée du combat pour construire le camp. Au soir de la bataille, de très nombreux cadavres de Germains jonchent la plaine. Et pourtant, Arminius est encore parvenu à s’échapper. La cavalerie romaine a certes mené un combat indécis, mais c’est tout de même une victoire, et dès le lendemain Germanicus fait élever un autre monument de la victoire. Il ne s’agit plus cette fois d’un trophée typiquement romain mais d’un « monceau d’armes » (congeries armorum) édidié selon la tradition gauloise en reconnaissance du rôle décisif joué par les troupes auxiliaires dans la bataille. » p.218-220.

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Grand camée de France. En haut à droite, Germanicus chevauche Pégase.

Grand camée de France. En haut à droite, Germanicus chevauche Pégase.

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