Libanios, Discours T. III. Extrait.

Libanios, Discours Tome III. Discours XI. Antiochicos, texte établi et traduit par Michel Casevitz et Odile Lagacherie, notes complémentaires par Catherine Saliou, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France série grecque, broché, CIII - 398 pages, 47 €.

 

Ce discours, œuvre du genre épidictique, qui montre que Libanios se conforme aux règles et aux usages de la rhétorique, constitue surtout à nos yeux un document important pour l'histoire d'Antioche et plus généralement pour l'histoire de la cité et de la ville dans l’Antiquité classique et tardive.

 

Extrait : « 181. Est-il donc possible d’admirer la vigueur de la cité comme dans un corps humain, et de trouver laissé à l’abandon l’usage de l’éloquence, qu’il est juste d’appeler l’âme de la cité ? Et assurément c’est cela qui rend plus vénérable une cité qui est grande, et, s’il ne lui était pas advenu d’être aussi importante à vrai dire, cela la mettrait de toute façon en état d’être admirée. 182. De même en effet qu’à Athènes tout était brillant, les trières, les combats navals, l’étendue du pouvoir, mais surtout le désir de sagesse, l’honneur qu’elle comporte et son acquisition, de même chez nous aussi, rien n’échappe à l’admiration, et tout est moindre que l’amour de la sagesse. 183. Et il me semble que le dieu qui partagea le monde en deux, en voulant parer chaque partie à égalité et, comme dans un attelage, préserver l’équilibre d’ensemble, ordonna à Hermès de semer en ces lieux des graines d’éloquence qui n’aient rien à envier à celles de l’Attique et d’inciter de son caducée les hommes à désirer l’acquérir. 184. Voilà pourquoi, tout comme autrefois les affaires de Grèce étaient partagées entre deux cités, Sparte et Athènes, de même aujourd’hui les beautés des Grecs le sont entre deux cités, celle-ci et Athènes, s’il est vrai qu’il faut désigner le Grec en se fondant sur l’éloquence plutôt que sur la naissance. 185. Et en vérité, voilà bien les deux flambeaux de l’art rhétorique qui se dressent, l’un éclairant l’Europe et l’autre l’Asie. En effet, tout d’abord, la cité a accueilli des maîtres de si grande qualité que s’ils n’étaient pas jugés dignes des postes d’enseignement ici, ils l’auraient été de ceux d’Athènes, tant il restait aux uns de la vigueur et aux autres de la fraîcheur. 186. Ensuite, des essaims de jeunes sont venus ici, plus nombreux que les abeilles. Par la suite, nul n’est parti en rougissant, mais, après avoir engrangé des provisions bien suffisantes, les uns sont restés, les autres sont partis, ceux-là enchaînés, à la suite des richesses acquises, par les liens amoureux qui les attachaient inévitablement à celle qui les leur avait données, ceux-ci apportant à leur patrie, comme moyen de salut, leurs réflexions. Par la suite, l’éclat de ceux qui étaient revenus en a incité d’autres à se faire pareillement initier, et ils envoient qui leur fils, qui leur frère, qui leur voisin, qui leur connaissance, tous en un mot leurs concitoyens. 187. Et vous voilà devenus la métropole de l’Asie non tant par la supériorité de votre mérite que par l’existence ici de tout ce qui est le plus utile à tout le monde : où qu’on aille, si on trouve un Conseil armé d’éloquence et des orateurs qui discutent avec fermeté, on trouvera que tous sont des sportifs qui ont eu nos écoles pour terrain, ou bien la majorité ou en tout cas un nombre certes non négligeable. 188. Grâce à leur habileté à la tribune et grâce à l’aide qu’ils apportent dans les procès, ils parviennent au poste de juge et nous procurons aux peuples des provinces les orateurs et les juges de talent qui, en rétablissant les cités par leurs sentences n’y gagnent que d’en être responsables et quittent leur charge les mains vides mais avec la couronne de la gloire. Et vous, parce que vous savez bien cela, vous bâtissez à grands frais des sanctuaires aux Muses, pour des jeunes afin qu’ils y étudient, pour les déesses comme part d’honneur, et pour professeurs vous disposez des citoyens sans refuser les étrangers. 189. De plus, à votre humanité se mêle la rigueur que vous apportez à l’éloquence : ouvrir les assemblées à tous démontre l’humanité, donner la possibilité des éloges aux seuls méritants démontre la rigueur. 190. Et, quand ils vous y invitent, vous vous réunissez, sans cacher les fautes, bien au contraire une réflexion insane, une figure fautive ou un verbe estropié sont aussitôt condamnés. De plus, un mouvement unanime est déclenché de partout, prouvant les défauts, et il n’est pas possible à qui est visé et atteint de porter ses yeux vers quelque endroit du théâtre et de faire cesser en se fondant sur l’incompétence des auditeurs le tumulte du bon jugement : où qu’on regarde, c’est un vérificateur précis qui siège.

191. En effet, sans compter la culture de ceux qui sont aux affaires, trois choeurs d’orateurs, d’effectifs égaux, s’assemblent dans les tribunaux, et leur oreille n’est pas moins aiguisée pour juger que leur langue pour parler ; de sorte que personne n’est plus heureux que celui qui est jugé habile ici et, pour le malheur, tout le monde passe après celui qui a été condamné. Et en vérité, quiconque entre ici sans tremblement ni crainte n’est pas courageux mais inconscient, ignorant l’importance du danger qu’il court. 192. Ainsi, il y a longtemps que l’usage de l’éloquence s’est enraciné par ici et qu’il s’est répandu avec une égale intensité. Et ceux qui viennent d’ailleurs pour l’aborder comme ceux qui s’y sont attachés à l’intérieur ont eu loisir de puiser aux sources, si bien que l’idée s’est désormais imposée que, quand on foule ce sol, on goûte à cet art et on reçoit une part de l’éloquence, comme si le sol exhalait un souffle des Muses, comme ailleurs un souffle divinatoire ».p.48-51.

 

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Libanios (gravure du XVIIIe siècle).

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