Joël Schmidt, La mort des Césars.

 Joël Schmidt, La mort des Césars, Perrin, broché, 300 pages, 21,90 €

Les empereurs romains racontés par leur fin, de César en 44 avant J.-C. à Romulus Augustule au Ve siècle : assassinats, suicides, maladies, morts au combat sont l'occasion d'évoquer un bilan, des regrets, des colères, d'ultimes férocités à travers lesquels l'historien cherche à deviner leurs dernières pensées

Extrait : « Commode. 180-192.

Ce fils de Marc Aurèle qui succède à son père en 180 hélas ne lui ressemble pas. Aussi, comme tous les tyrans, sent-il monter les haines et les complots, après quelques années d’un règne calamiteux. Il se croit toujours sur le point de mourir sous le fer de quelque comploteur. Il s’invente même des conjurations imaginaires ou bien il va provoquer les sénateurs pour les terroriser. Ainsi, après avoir tu é une autruche et lui avoir coupé la tête, il avance vers les sénateurs, portant l’animal sous le bras gauche, en secouant de la main droite son épée ensanglantée, et sans un mot il brandit l’animal, laissant entendre aux magistrats terrifiés qu’il pourrait leur arriver un jour la même chose qu’à l’autruche. Puis il les invite à venir le voir combattre dans l’arène et ordonne au public qu’on l’acclame comme Hercule.

Il sait bien que ses provocations risquent un jour de lui être fatales, mais il espère toujours qu’il sera vainqueur de tous ses ennemis et les mettra à mort, comme il l’a fait si souvent, et parfois en faisant exécuter des innocents.

Mais lui qui se vante d’être bien renseigné par ses esclaves et ses affranchis transformés en espions qui errent dans le palais à la recherche de la moindre rumeur d’un attentat contre le maître, il ignore que Laetus, son préfet du prétoire, Eclectus, son chambellan, et Marcia, sa concubine, lassés tous les trois de son despotisme sanguinaire, se préparent à le faire passer de vie à trépas. En effet, Commode les a menacés plusieurs fois de mort, parce qu’il ne supporte pas que ces trois personnes lui fassent la morale et lui demandent d’arrêter ses excès de cruauté. Les trois conjurés n’ignorent pas que l’empereur a décidé, pour son seul plaisir, de faire exécuter les deux consuls, Erycius Clarus et Sossius Falconuys. Et aussi pour défier les mauvais présages dont il est l’objet de la part des dieux.

Des aigles sont venus en effet en grand nombre errer autour du Capitole en poussant des clameurs et des cris qui ne présagent rien de pacifique. Un hibou s’est mis à ululer en plein jour. Un incendie a éclaté sans cause, et ses flammes ont dévoré le temple de la Paix. Commode, présent sur les lieux où il est accouru ne peut rien faire pour empêcher le sinistre qui s’arrête faute d’être alimenté.

Les augures y voient un incendie qui se propagerait dans tout l’univers tant que Commode serait empereur, mais ils se gardent bien de révéler leur prédiction à ce dernier. Ils en informent en revanche les trois conjurés qui les ont mis dans la confidence. Devant ces signes venus des dieux, les trois conspirateurs sont bien décidés à hâter leur projet et, dès décembre 192, ils en préparent le plan. Ils se hâtent d’autant plus que Commode, bien renseigné par ses espions, s’est retiré inhabituellement dans sa chambre à coucher vers le milieu du jour. Il prend une des tablettes faites avec l’écorce d’un tilleul et qui peut se replier des deux côtés ; il y écrit les noms de ceux qu’il doit tuer la nuit prochaine. En premier le nom de Marcia, puis ceux de Laetus et d’Eclectus, enfin une foule de sénateurs n’ayant rien à se reprocher. Quand il a écrit ses noms, il pose les tablettes sur son lit et quitte ses appartements. Mais l’un de ses petits-enfants s’introduit dans la chambre de l’empereur, voit les tablettes, les prend pour jouer et sort. Marcia qui le croise lui arrache des mains les tablettes et reconnaît la signature de Commode. Par curiosité, elle lit le document et s’aperçoit qu’il s’agit d’un arrêt de mort la concernant, ainsi que ses amis conjurés et d’autres citoyens. Elle fait venir Eclectus et lui dit ironiquement : « Vois quelle fête on nous prépare pour cette nuit ! » Eclectus envoie aussitôt, par les soins d’un homme sûr, les tablettes à Laetus. Ils se concertent tous les trois pour mettre le plus vite possible un terme à la vie de Commode. On convient qu’il faut l’empoisonner.

Le dernier jour de l’année, en pleine nuit, tandis que les Romains et les gens du palais sont occupés à fêter l’évènement que représente l’arrivée d’une nouvelle année, marquée par l’élection de deux consuls annuels, et que Commode banquette en leur compagnie, Marcia lui offre une coupe de vin qu’elle a empoisonnée, car, lorsque son amant se met à table, elle lui sert, selon l’usage, toujours la première coupe. L’empereur, qui a chassé toute le journée et a tenté de se délasser en prenant un bain, est encore très altéré par ses exploits cynégétiques et boit d’un trait, sans faire goûter, selon la coutume, le breuvage par un de ses esclaves, n’ayant pas lieu de se défier de Marcia qui a depuis longtemps l’habitude de lui servir à boire. Sitôt la mixture avalée, Commode ressent une grande pesanteur de la tête et les manifestations d’un assoupissement irrésistible qu’il attribue à la fatigue de se journée où son tableau de chasse a été particulièrement garni.

Il quitte la table et se rend dans ses appartements pour se reposer sur son lit, tellement ensommeillé qu’il ne s’aperçoit même pas que les tablettes n’y sont plus, ou ne s’en souvient plus. Marcia, Eclectus et Laetus font de même, affirmant aux personnes présentes au festin que l’empereur a besoin de repos et qu’elles peuvent se retirer. Quand Commode s’éveille quelques heures plus tard, le poison commence à agir sur son estomac. Pris d’étourdissements, il se met à vomir. Alertés par cette indisposition, les conjurés, épouvantés et craignant que l’empereur ne rejette ainsi tout le poison et ne les fasse périr quand il aurait recouvré ses esprits, demandent à un certain Narcisse, un colosse hardi et vigoureux, d’aller égorger Commode dans don lit. Narcisse pénètre dans l’appartement du prince en train de prendre un bain pour se détendre et retrouver l’appétit. L’empereur est alors affaibli par les efforts qu’il vient de faire pour vomir. Narcisse se précipite sur ce dernier, à la fois désarmé et sans réaction, passe ses immenses mains autour de son cou et l’étrangle en quelques secondes. » p.108-111.

 

 

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La mort de l'empereur Commode par Fernand Pelez (1879).

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