Philippe Erlanger, Henri VIII. Extrait.

Philippe Erlanger, Henri VIII, Perrin, coll. Biographies, broché, 288 pages, 19,90 €.

 

Henri VIII régna pendant 38 ans de 1509 à 1547. Il ne fit pas de conquêtes, n'agrandit pas son royaume, qu'il laissa ruiné. Malgré cela, sa forte personnalité lui permit de consolider l'autorité de la couronne anglaise au détriment de l'Eglise et de fonder un Etat efficace.

 

Extrait : « Henri VIII figurait le Plutus de la chrétienté. A travers les brumes de son île encore largement soumise aux conceptions du Moyen Age, il essayait de faire percer les rayons de la Renaissance, s’efforçait avec des succès variables de représenter le prince des temps nouveaux, paladin, athlète, humaniste.

Il courait des lances contre des adversaires qui se fussent bien garder de l’emporter, caracolait devant les dames –nombreuses, jolies, parées comme des châsses – il dansait, bondissait sous les applaudissements des courtisans, chantait agréablement, jouait du luth et de l’orgue, dessinait des armoiries, écrivait des vers, composait des musiques que conserve le British Museum, affrontait les théologiens, grisé par l’encens que lui valaient des talents si divers. Un ambassadeur salua en lui « le dernier des troubadours et l’héritier de la chevalerie bourguignonne ».

La cour allait de fête en fête, de banquet en festin, plaisir que rendaient plus délectables les heures interminables passées à écouter les offices et les sermons. Demoiselles et gentilshommes mêlés, ce qui était une extraordinaire innovation, se livraient à toutes sortes d’amusements, buvaient sans retenue, jouaient de même en puisant dans les hanaps remplis de pièces d’or qu’on leur tendait libéralement.

Et avec cela, cette somptueuse aurore semblait marquer un triomphe de l’humanisme tandis que se faisait entendre un prélude à la réforme. Érasme arrivait à la grande joie de ses amis, Thomas More, récemment nommé sheriff du comté de Londres, et le savant doyen John Colet. Il venait d’une Italie livrée à des guerres sans fin, aux exactions des soldats, aux  crimes des Grands, aux abus du Saint-Siège, aux convoitises de l’étranger. Les nationalismes naissants lui semblaient porteurs des pires calamités. 

Hans Holbein, Portrait d'Érasme

Hans Holbein, Portrait d'Érasme

More et Colet impressionnés le persuadèrent d’écrire tout cela et, en une semaine, Érasme rédigeait l’Éloge de la Folie. More envoya l’œuvre à paris où l’impression était de meilleure qualité.

En affectant un enjouement sous lequel transparaissaient son scepticisme et son amère ironie, le grand latiniste dénonçait la société de son temps. Il s’en prenait surtout au clergé et même aux princes, ne craignant pas d’écrire : « ils croient qu’ils remplissent leurs devoirs s’ils se livrent à la chasse, élèvent de beaux chevaux et amassent des richesses… C’est le devoir d’un prince de faire passer le bien public avant ses propres intérêts. »

Malgré ou à cause du succès du livre, Henri n’accorda plus d’audience à Érasme qui partit bientôt. Il ne l’empêcha pas cependant de revenir en Angleterre et d’occuper un poste de professeur à Cambridge.

En revanche, le roi étendit sa protection sur Colet qui, se gardant d’attaquer les souverains, c’est-à-dire l’État, s’en prenait à l’Église avec une véhémence qui devançait de cinq ans les fureurs de Luther. Lors d’une assemblée du clergé à Cantorbéry, il s’écria : « 

-L’Église, l’épouse du Christ, est devenue difforme et immonde. La ville fidèle est devenue une courtisane… Dans l’Église, tout est maintenant concupiscence…, les prêtres se livrent aux plaisirs et ne pensent qu’aux festins ; … Ils se noient dans les plaisirs d’ici-bas et flattent ceux qui les encouragent à cette vie dissipée !... Nous nous inquiétons en ce moment des hérétiques, mais leur hérésie n’est pas si pestilentielle et si pernicieuse pour nous que la dépravée et vicieuse du clergé !

L’évêque de Londres l’inculpa d’hérésie, mais Warham, l’archevêque primat, le tira d’affaire. Le roi manda l’audacieux et, loin de le réprimander, l’incita à poursuivre ses assauts contre la corruption des mœurs. L’esprit de la réforme soufflait partout. Le pieux adolescent si amoureux de l’existence y était déjà sensible. » p.37-38.

 

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Henry Holland, John Colet

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