Nicolas Buat, Évelyne van den Neste, Manuel de paléographie française. Extrait.

Nicolas Buat, Evelyne van den Neste, Manuel de paléographie française, Les Belles Lettres, coll. Sources,  broché, 320 pages, 25 €

 

Quel lecteur de documents anciens n'a pas été confronté à des difficultés pour déchiffrer un texte ? Quel amateur d'archives n'a pas été rebuté par une écriture jugée illisible, désorienté par une orthographe erratique, perdu par un vocabulaire abscons ?

Outil pratique et pédagogique, ce Manuel de paléographie française a été conçu pour que chacun, néophyte ou expert, puisse surmonter ces difficultés, à son rythme et en parfaite autonomie.

 

Extrait : « En 1700 deux notaires se trouvèrent impliqués dans une affaire de faux titres de noblesse. Sept ans plus tard on arrêta deux faussaires convaincus d’avoir établi plus de cent cinquante faux actes notariés. Quant au grand érudit Étienne Baluze, il fit scandale en insérant dans son Histoire généalogique de la maison d’Auvergne (1708) des documents en apparence authentiques mais que son commanditaire, le cardinal de Bouillon, fut accusé d’avoir fait rédiger par d’habiles mystificateurs.

À côté de pures forgeries on trouvait des actes, authentiques au départ, qui avaient été interpolés, c’est-à-dire maquillés afin d’en changer le sens. Les enjeux politiques et financiers étaient dans certains cas si importants que les tribunaux n’hésitaient pas à nommer des experts, qui pouvaient être notaires, écrivains-jurés, parcheminiers ou papetiers. On procédait notamment par comparaison d’écritures.

Les premiers paléographes l’ont été par accident. Il s’est d’abord agi d’érudits ou de praticiens du droit qui s’étaient rendu compte que les documents du passé échappaient à leur compréhension immédiate. C’est tout le contexte de rédaction des actes qui, au fil des siècles, leur était devenu peu à peu étranger, ce qui exigeait de nouvelles méthodes d’interprétation.

Au XVe siècle l’humaniste Lorenzo Valla qualifiait déjà de gothiques les écritures des siècles précédents. Il fut en même temps l’un des pères de la critique historique, pour avoir montré que la donation de Constantin, dont se prévalaient les papes afin de revendiquer le gouvernement temporel de l’Italie, était un faux d’époque carolingienne.

On devine qu’à ce niveau la critique des textes n’était pas un simple enjeu d’érudition. En l’occurrence Lorenzo Valla servait les intérêts du roi Alphonse V d’Aragon, qui tenait la Sicile en fief du pape et était impatient d’en secouer le joug.

L’impulsion était néanmoins donnée. Peu à peu l’histoire cessa d’être un discours littéraire, le plus souvent teinté de pieuses légendes et de propagande dynastique, pour devenir une science positive. Il ne manquait plus qu’un corps de doctrine.

La paléographie mit un certain temps à s’affirmer comme une science autonome. Elle naît à l’ombre de la diplomatique, illustrée par le célèbre traité de dom Mabillon, De re diplomatica (1681). C’est en 1708 qu’un  autre bénédictin de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dom Montfaucon, publie De paleographia graeca qu’il traduit spontanément en paléographie dans sa correspondance française.

Les successeurs de Mabillon et Montfaucon, dom Tassin et dom Toustain, auteurs d’un Nouveau traité de diplomatique publié entre 1750 et 1765, puis Natalis de Wailly, professeur à l’École nationale des chartes et auteur d’Éléments de paléographie publiés en 1838, font encore mal la distinction entre deux disciplines qui concourent dans l’ensemble à une même finalité scientifique, celle de l’étude critique des actes.

La diplomatique s’appuie en effet autant sur leurs caractères extrinsèques (support d’écriture, écriture elle-même, présence d’un sceau. . .) que sur leurs caractères intrinsèques (langue et formules), qui, n’étant pas moins propres aux copies qu’aux originaux, se prêtent à une critique purement textuelle. Dans ces conditions on comprend que les premiers diplomatistes se soient si facilement annexé la paléographie, et que les premiers traités publiés au nom de l’une ou l’autre de ces sciences ne rendent pas toujours justice à leur particularité.

Pourtant la distinction entre paléographie et diplomatique tient en un mot, celui de ductus, qui désigne le tracé des lettres, plus exactement l’ordre et la manière de les reporter sur un support d’écriture avec un instrument adapté.

L’étude du ductus des lettres est en effet l’objet propre de la paléographie, indépendamment même du support et de l’instrument avec lequel elles peuvent être tracées : calame pour le papyrus, stylet pour les tablettes de cire, plume d’oie pour le parchemin ou le papier. Même si les archives contiennent essentiellement des documents en papier, il n’y a en effet aucune raison d’exclure de notre champ des matières plus solides telles que l’argile, ou encore les enduits ou pierres tendres couvertes de graffiti." p.13-14.

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Pour compléter : 

Nicolas Buat, Evelyne van den Neste, Dictionnaire de paléographie française. Découvrir et comprendre les textes anciens (XVe-XVIIIe siècle), nouvelle édition revue et augmentée , Les Belles Lettres, coll. Sources, broché, 816 pages, 45 €.

 

Nicolas Buat, Évelyne van den Neste, Manuel de paléographie française. Extrait.
Nicolas Buat, Évelyne van den Neste, Manuel de paléographie française. Extrait.
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