Focus sur James Evans, Histoire et pratique de l'astronomie ancienne

James Evans, Histoire et pratique de l'astronomie ancienne, traduit de l'anglais par Alain-Philippe Segonds, traduction revue et mise à jour par James Evans, Michel-Pierre Lerner et Concetta Luna, Les Belles Lettres, coll. L'Ane d'or, relié, VI - 570 pages, 45 €

 

 

En retraçant l'histoire des idées astronomiques depuis les origines babyloniennes jusqu'au XVIIe siècle, l'ouvrage aborde plus spécifiquement la période grecque, durant laquelle les astronomes mirent au point les idées géométriques et philosophiques qui ont déterminé le développement de la discipline. Il fournit une critique des sources et propose des modèles pour construire certains instruments.

 

Extrait : « Les planètes dans l’astronomie archaïque, grecque et babylonienne

 

Les Grecs appelaient ces objets des « étoiles errantes » (πλάνητες ἁστέρες) : et le nom planète dérive à son tour du verbe πλανᾶσθαι qui veut dire « errer ». Pour les Grecs anciens, les planètes, avec leurs mouvements compliqués, étaient des objets étonnants. Les Grecs du VIIe siècle av. J.-C. ne connaissaient même pas le nombre de planètes : ils avaient deux noms différents pour Vénus, l’appelant Hesperos (Ἕσπερος), étoile du soir, lorsqu’elle apparaissait le soir, et Heosphoros (Ἑωσφορος), étoile du matin, quand elle faisait son lever le matin. Certains auteurs affirment que Pythagore (VIe siècle av. J.-C.) avait été le premier à se rendre compte que l’étoile du matin et l’étoile du soir étaient un seul et même objet, d’autres en créditaient Parménide (Ve siècle av. J.-C.).

La plupart des Grecs regardaient les plantes comme des vivants divins, qui se mouvaient de leur propre volonté. Chaque planète a acquis un nom propre, mais était aussi appelée l’étoile d’un dieu déterminé.

 

Nom grec traduction dieu grec dieu romain

Φαίνων lumineux Kronos Saturnus

Φαέθων resplendissant Zeus Jupiter

Πυρόεις igné Ares Mars

Φωσφόρος «porteur de lumière » Aphrodite Vénus

Στίλβων scintillant Hermès Mercurius

 

Par exemple, Saturne était appelé Phainôn (le lumineux), mais elle était aussi désignée comme l’étoile de Kronos. Les noms modernes des cinq planètes observables à l’œil nu sont ceux de divinités romaines qui étaient plus ou moins les équivalents de chacun des dieux grecs. Les Babyloniens, comme les Grecs, associaient les planètes avec des dieux. Marduk était le dieu le plus important de Babylone. Son étoile est la planète Jupiter. Le fait que les Babyloniens aient associé la planète Jupiter avec le dieu le plus important de leur panthéon constitue un parallèle intéressant avec la pratique grecque. En outre, Vénus était associée avec Ishtar, déesse de l’amour et de la fertilité, et Mars avec Nergal, dieu de la guerre et de la pestilence. Ces parallèles sont trop précis pour être une simple rencontre due au hasard. Les associations grecques sont probablement le résultat de l’hellénisation d’associations babyloniennes antérieures. Ces associations divines sont entr.es en usage vers l’époque de Platon.

La plupart des noms communs ou «descriptifs » (Phainon... Stilbon) sont apparus pendant la période hellénistique. Après la conquête d’Alexandre et le contact plus extensif des Grecs avec les religions orientales, il y avait une variété déroutante d’identifications des planètes avec les dieux grecs. Par exemple, chez le Pseudo-Aristote, Du monde, nous lisons que quelques auteurs préfèrent associer la planète Vénus à Héra (au lieu d’Aphrodite), et la planète Mercure à Apollon (au lieu d’Hermès). Sur l’horoscope de couronnement d’Antiochus de Commagène, Mars est associée à Héraclès, et Mercure à Apollon. Dans le papyrus connu sous l’appellation d’Art d’Eudoxe (c’est-à-dire la Didascalie céleste de Leptine, IIe siècle av. J.-C.), la planète Saturne est appelée « étoile d’Hélios ». Pour avoir une nomenclature plus stable, les astronomes hellénistiques ont adopté un système de noms descriptifs fondé sur les apparences des planètes (Phainon... Stilbon). L’exemple le plus ancien se trouve dans l’Almageste de Ptolémée, où nous avons deux observations de Stilbon, faites en 262 et 265 av. J.-C., attribuées à un certain astronome Dionysos. Dans la période hellénistique, il y a beaucoup d’exemples de nomenclature double (noms descriptifs et noms de dieux), particulièrement chez les auteurs de manuels d’astronomie élémentaire. Par exemple, dans son exposé des planètes, Geminos (Ier siècle av. J.-C.) écrit : « Au-dessous de la sphère des fixes, se trouve le Lumineux [Phainon], qu’on appelle l’astre de Saturne ; il décrit le cercle zodiacal en 30 ans et chaque signe en 2 ans six mois. Sous le Lumineux, plus bas que lui, circule le Resplendissant [Phaéton], dit l’astre de Jupiter ; il décrit le cercle en 12 ans et chaque signe en un an.» Avant l’époque de Ptolémée, la nomenclature descriptive a été abandonnée dans la plupart des cas, et les identifications à des dieux sont depuis entrées dans l’usage.

Pour les Grecs de l’époque archaïque, le Soleil, la Lune et les étoiles fixes étaient bien plus importants que ne l’étaient les planètes. Le mouvement du Soleil était intimement lié avec le cycle annuel des travaux agricoles. Les phases de la Lune servaient à compter les mois. Et les levers et les couchers héliaques indiquaient le moment de l’année. Le mouvement irrégulier et non répétitif des planètes ne présentait pas une utilité aussi directe. Il n’est donc pas étonnant que Les Travaux et les Jours d’Hésiode (ca. 650 av. J.-C.), qui contiennent une large quantité de connaissances pratiques au sujet du Soleil, de la Lune et des étoiles, ne mentionnent même pas les planètes. Il y avait très peu d’activité scientifique chez les Grecs au sujet des planètes avant le IVe siècle av. J.-C. Ce n’est que peu à peu, à mesure que les problèmes de l’astronomie archaïque étaient résolus, que les planètes prirent de l’importance. Expliquer les bizarres rétrogradations des planètes en utilisant des principes physiques reconnus était l’un des problèmes les plus difficiles de l’astronomie grecque. La théorie planétaire n’a été le problème dominant de l’astronomie grecque qu’entre Hipparque et Ptolémée, c’est-à-dire environ du IIe siècle avant notre ère au deuxième siècle de notre ère. Ce n’est qu’avec le travail de Ptolémée dans l’Almageste qu’il est devenu possible aux astronomes grecs de prévoir précisément les positions et les mouvements des planètes à l’aide d’une théorie géométrique. » p.336-337

 

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Pour aller plus loin :

 

 

Jérôme Bonnin, La mesure du temps dans l’Antiquité, Les Belles Lettres, 2015, broché, 444 pages, 35 €.

 

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Christian Nitschelm, Histoire de l’astronomie. Des origines à nos jours, Nouveau monde éditions, 2013, broché, 330 pages, 22 €.

 

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Yaël Nazé, L’astronomie des Anciens, Belin, coll. Bibliothèque scientifique, broché, 2009, 223 pages, 26,90 €.

 

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