Constantinople 1453. Extraits.

Constantinople 1453. Des Byzantins aux Ottomans, sous la direction de Vincent Déroche et Nicolas Vatin, Anacharsis, coll. Famagouste, broché, 1408 pages, 45 €

Un ensemble d'archives, de chroniques, de poèmes, de témoignages et de commentaires contemporains de la prise de Constantinople par les troupes de Mehmed II. Traduits du latin, du grec, du turc, du russe ou encore de l'italien et du français, ils éclairent l'impact de l'événement sur le monde du milieu du XVe siècle.

 

Aşikpaşazade, Tevarih-i al-i Osman

Extrait: « Lorsque tout fut prêt, c’était l’été. Sultan Mehmed dit : « Cette année, je fais d’Istanbul mon estivage. » On partit et on mit le camp devant le fort d’Istanbul. On encercla la place tout du long, par la terre et par la mer au moyen de bateaux. Quatre cent bateaux vinrent par voie de mer, et soixante-dix bateaux venant par voie de terre en amont de Galata ouvrirent leurs voiles. Les combattants se dressèrent sur leurs pieds, déployèrent leurs drapeaux et s’approchèrent. Ils entrèrent dans la mer au pied du fort et jetèrent un pont [de bateaux] sur la mer. Le combat dura cinquante jours, de nuit comme de jour. Au cinquante et unième jour, le souverain s’écria : « Pillage ! » Ils firent un assaut. Le mardi, le fort fut conquis. Il y eut bon pillage et bon butin. L’or, l’argent, les bijoux et toutes sortes de tissus furent menés au marché du camp et y furent répandus. La vente commença. On fit prisonnière la population, on tua son tekfur ⃰. Les gazi ⃰  prirent leurs jolies filles dans leurs bras. Le mercredi, [Mehmed II] chargea Halil Paşa de garder le fort avec ses pages et ses kethüda ⃰. […] Bref, le premier vendredi après la conquête, on célébra à Sainte-Sophie la prière du vendredi et l’on y lut la hutbe ⃰ de l’islam au nom de Sultan Mehmed Han […]. » p.347

Tekfur : seigneur, gouverneur de ville.

Gazi : guerrier pratiquant la gaza (expédition militaire contre les infidèles).

Kethüda : hommes de confiance.

Hutbe : prône prononcé dans les mosquées avant la prière du vendredi.

Le sultan Mehmed II

Le sultan Mehmed II

Nicolò Barbaro, Journal du siège de Constantinople

Extrait : « Les préparatifs du siège et la construction de Rumeli hisarı

Au mois de mars 1452, le Turc Mehmed Bey entreprit la construction d’un château très beau, éloigné de six milles de Constantinople en direction des bouches de la mer Noire, […] du côté de la Grèce, en face du château vieux. Le château fut achevé au cours du mois d’août 1452 : il fut bâti dans le seul but de prendre la ville de Constantinople.

L’empereur, qui craignait son ennemi, le Turc, chaque jour pendant la construction du château lui envoyait des présents et des ambassades, et tout cela il le faisait parce qu’il avait peur. Une fois le château achevé, au mois d’août 1452, Mehmed Bey y retint deux ambassades de l’empereur et leur fit couper la tête : c’est à ce moment-là que la guerre du Turc contre les Grecs fut déclenchée. Sur ces entrefaites, le Turc vint établir son campement à Constantinople avec environ 50 000 personnes : il leva le camp au bout de trois jours, après quoi la flotte retourna désarmer à Gallipoli, où elle parvint le 6 septembre, et l’armée de terre fit de même.

Ce château, très solidement défendu du côté de la mer, ne pouvait être pris d’aucune manière, en raison du très grand nombre de bombardes qui se trouvaient sur le rivage et sur les remparts […]. Le premier coup tiré par la grosse bombarde de ce château coula le navire d’Antonio Erizzo, qui venait de la mer Noire chargé d’orge pour aider Constantinople : cela se produisit le 26 novembre 1452. Le patron du navire fut capturé dans l’eau, envoyé à Andrinople auprès du sultan et jeté en prison : au bout de quatorze jours le sultan le fit empaler ; il mit dans son sérail le scribe mineur, un fils de feu Messire Domenico di Maistri, tandis qu’il donna la permission à quelques marins de venir à Constantinople. […] Cette affaire fut la cause du déclenchement de la guerre contre, nous, les Vénitiens, guerre qui avait déjà éclaté contre les Grecs.

Au mois de janvier [1453], le Turc commença à se préparer pour venir ici attaquer Constantinople et constitua une grande armée terrestre et maritime pour combattre cette malheureuse ville remplie de chagrin.

À partir du mois de février [1453], il commença à envoyer ses bombardes vers Constantinople, accompagnées de dix mille hommes. En ce même mois, les Grecs faisaient la course avec trois fustes contre les biens des Turcs, en causant beaucoup de dommages au pays du sultan : entre autres choses, ils faisaient beaucoup de prisonniers, qu’ils conduisaient à Constantinople pour les vendre, en provoquant ainsi l’indignation des Turcs envers les Grecs, auxquels ils jurèrent de causer malheur. » p.465- 466. 

Mehmed II à la conquête de Constantinople. Tableau peint par Fausto Zonaro en 1903.

Mehmed II à la conquête de Constantinople. Tableau peint par Fausto Zonaro en 1903.

Georges Gennadios Scholarios, Lamentations

Extrait : « Ô patrie, à la fois mienne et commune à tous ceux qui tirent leur nom du Christ ! Ô abri jadis, lumière et vie pour ceux de partout qui s’attachaient à toi respectueusement et qui avaient recours aux dons attribués à toi par Dieu comme s’ils venaient d’une mère, d’un soleil ou d’une source très douce ! Ô Ville, même si tu fus indigente dans les derniers temps, inhabitée pour la plus grande partie, vivant chaque jour dans la crainte et dépouillée de ton luxe chanté par tous, tu étais libre cependant et nourrissais ceux qui t’habitaient, et tu les nourrissais pour l’essentiel dans le Christ ; Ville qui, d’une part grâce à la réputation de ton ancienne supériorité et aux restes de ta prospérité antérieure, obtenais le respect exceptionnel, comme de juste, de la part de tous ; d’autre part, à cause de la nature et de la volonté de ceux qui t’habitaient, à cause de l’harmonie entre toutes tes classes sociales, avec aucune des villes qui prospèrent maintenant où que ce soit tu ne consentais à rivaliser pour la première place en raison de ton ancienneté, toi la plus agréable à vivre pour les hommes bien nés, afin d’exercer merveilleusement tous les arts et de vivre heureux dans toutes les formes de vie, vocations et dignités, et la plus agréable à exalter dans les éloges de la mère devant tous les hommes et à invoquer légitimement devant les deux meilleurs peuples parmi les hommes, ceux que tu as liés ensemble en toi en premier et ceux que tu as ornés les uns par les autres […] » p. 928-929

 

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Prise de Constantinople. Fresque, 1537, sur la façade du monastère de Moldovita (Bucovine, Roumanie).

Prise de Constantinople. Fresque, 1537, sur la façade du monastère de Moldovita (Bucovine, Roumanie).

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