Stéphane Gerson, Nostradamus. Extrait.

Stéphane Gerson, Nostradamus. Le prophète de nos malheurs. XVIe-XXIe siècle, traduit de l'anglais (États-Unis) par Simon Duran, Tallandier, broché,  416 pages, 23,50€.

 

Aucun prophète, aucun savant n'a saisi l'imagination collective comme l'a fait depuis près de cinq siècles Michel de Nostredame, cet astrologue provençal de la Renaissance, auteur des Prophéties. Et pourtant, nous en savons peu sur les origines de cet homme, de ses prédictions, leur transformation en phénomène de société, leur postérité, et l'accueil qu'elles obtinrent au fil des siècles. Cet ouvrage est une histoire culturelle de Nostradamus - l'homme, ses prédictions et leur postérité - depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, qui s'attache à montrer que depuis cinq siècles ses prophéties sont constamment remises au goût du jour lors des périodes d'incertitudes.

 

Extrait : « Certains éditeurs de Nostredame en rajoutaient sur l’obscurité des temps. En 1559, un almanach anglais attribué à Nostradamus incluait un présage annonciateur de peur, de pillages et d’épidémies. De même, un éditeur italien annonçait, sur la page de titre de l’une des pronostications de Nostredame, « des choses affreuses pour l’entendement ». Voilà qui permet d’expliquer la panique, inspirée du moins en partie par Nostradamus, qui s’empara de Londres et de Toulouse au début des années 1560. Mais ces débordements n’étaient pas si fréquents. Son discours lugubre ne se contentait pas d’effrayer la population.

Remarquons tout d’abord qu’à côté de l’affliction, Nostredame laissait une place à la paix et à la réconciliation. Il avait peu de goût pour l’extrême violence et les effusions de sang ; la peur ne semble pas l’avoir attiré en tant que telle. Ses Prophéties restituent de façon originale les deux revers de la pensée apocalyptique. On y trouve d’abord un tableau dramatique de cataclysmes imminents, où Nostredame expose le pessimisme que lui inspire une époque qui succombe au péché et aux passions humaines, parle des durs châtiments à venir et annonce des confrontations violentes entre croyants et non-croyants. Il associe à l’idée de lutte contre l’Antéchrist la conception classique des quatre âges de l’humanité. Le déclin qui succède à l’âge d’or, règne de justice et de bonheur, mène aux âges d’argent et de bronze, puis au plus sinistre de tous, l’âge de fer. Nostredame ne rejetait pas l’idée que ce dernier était peut-être de retour, signe avant-coureur de ce qu’il appelait le « grand chaos ». Et pourtant, à la différence de ces prophètes obnubilés par la fin du monde, qu’ils disaient imminente, Nostredame l’abordait de façon intermittente. Il avait l’impression que la fin approchait, et il la situait dans un avenir lointain. Jamais non plus il ne désignait de bouc émissaire, alors même que l’époque était coutumière du fait.

Une seconde conception apocalyptique est présente dans les Prophéties. Nostredame y décrit une paix universelle placée sous l’égide d’un Grand monarque, et des individus qui surmontent leur ignorance et leur méchanceté, reconnaissent leurs fautes, font acte de repentir et peuvent donc réintégrer la société. Omnipotent, sévère et parfois en colère, son Dieu punit ceux qui ignorent les lois divines. Mais il est plus miséricordieux que vengeur, et il ne permet pas que les humains souffrent plus qu’ils ne peuvent endurer. On peut l’apaiser en honorant son devoir et en faisant preuve de dévotion sincère. Nostredame commençait par convoquer des visions terrifiantes, puis, s’appuyant sur une tradition qui reconnaissait la magnanimité de Dieu et tenait compte de ses avertissements, il laissait entendre que celui-ci savait « secourir le pauvre peuple, & toute humaine créature qui le craint, & aime ». Tout n’était pas perdu. Dans un ouvrage riche et décapant, l’historien Denis Crouzet est récemment allé plus loin en dépeignant Nostredame comme un humaniste évangéliste (dans la tradition d’Érasme), qui cherchait à ouvrir le cœur de ses semblables à un Dieu certes tout-puissant, mais aussi, pour furieux qu’il fût parfois, aimant. Le discours sombre et abscons du prophète jetait donc le lecteur dans les brumes d’une confusion qui n’invitait pas à l’élucidation, mais plutôt à la prise de conscience de sa propre faiblesse et au tranquille effroi devant l’insondable Mystère divin. Il n’y avait rien à comprendre hormis l’importance de la foi en la divinité bienveillante. Que l’on accepte ou non cette notion d’un Nostredame évangéliste, c’est bien ce Dieu-là qu’il décrit dans ses ouvrages. » p.80-81

 

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Une édition du XVIe siècle des prédictions de Nostradamus.

Une édition du XVIe siècle des prédictions de Nostradamus.

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