Pierre Maraval, Justinien. Extrait.

Pierre Maraval, Justinien. Le rêve d'un empire universel, Tallandier, coll. Biographie, broché, 432 pages, 22,90 €.

 

Que ce soit sur le plan du régime législatif, de l'expansion des frontières de l'Empire ou de la politique religieuse, Justinien a laissé une œuvre considérable. Son héritage eut encore plus de résonance sous l'aspect de l'uniformisation du droit romain, le Corpus Iuris Civilis, qui est encore la base du droit civil dans de nombreux États modernes. Son règne fut aussi marqué par l'épanouissement de l'art byzantin.

 

Extrait : « La persécution des dissidents reprit, celle des païens en premier.  Les lois qui les concernaient furent réactivées. Vers 545-546, il y eut de nouveaux procès dans la capitale, à l’initiative de Jean d’Éphèse, qui avait la faveur de Justinien bien qu’il fut monophysite. Jean ne lésina pas sur les moyens, faisant arrêter, emprisonner, parfois exécuter des grammairiens, des rhéteurs, des juristes, des médecins. Cette fois, un praticien haut placé et riche appelé Phocas se suicida ; Justinien ordonna qu’on l’enterre « comme un âne », sans les rites funèbres. Une nouvelle répression eut encore lieu en juin 562 : des païens furent arrêtés, promenés en dérision à travers Constantinople ; on brûla publiquement leurs livres, ainsi que les images de leurs dieux dans le Kynegion, l’amphithéâtre destiné aux chasses aux fauves données en spectacle (venationes). A Antioche, le maître des milices Amantios, envoyé de l’empereur, emprisonna des païens, brûla aussi des livres et des idoles. Des prêtres païens furent arrêtés, deux à Antioche, deux à Baalbeck, un à Athènes. Jean d’Éphèse devait sévir encore sous Justin II. Conscient sans doute de l’insuffisance des mesures de répression, Justinien décida aussi d’envoyer des missionnaires dans des régions de l’empire restées païennes. Vers 542, après la première attaque de peste, Jean d’Éphèse, accompagné d’un autre moine appelé Deuterius, fut chargé de parcourir les provinces d’Asie, de Carie, de Phrygie et de Lydie pour y détruire les lieux sacrés du paganisme encore en activité et convertir les dernier adeptes : il déclare en avoir baptisés lui-même plus de 80000, avoir bâti quatre-vingt dix-neuf églises et douze monastères, transformé en églises sept synagogues, brûlé 2000 idoles et manuscrits. Justinien fournissait un appui original à ses missionnaires en faisant distribuer le tiers d’un sou d’or à chacun des nouveaux baptisés. Il n’est pas assuré que Jean ait toujours converti les païens au monophysisme, « parce qu’il jugeait qu’il valait mieux qu’ils quittassent l’erreur du paganisme même pour le chalcédonisme ». Lors de cette mission, il brûla aussi les ossements de Montan et des prophétesses qui étaient à l’origine du mouvement montaniste et faisaient toujours l’objet de la vénération des membres de la secte. Il aurait aussi envoyé au bûcher 2000 païens. Ce zèle lui avait valu la faveur de Justinien, auquel il resta toujours loyal malgré son monophysisme et qui lui confia aussi, comme on l’a vu, la charge de poursuivre les païens de la capitale.

Justinien voulut aussi favoriser l’évangélisation de peuples étrangers à l’empire ou situés à ses frontières. Après avoir fait cessé le culte d’Isis à Philae, il décida d’envoyer une mission d’évangélisation chez les Nobades. Elle se fit devancer par celle du prêtre Julien, qui vivait auprès du patriarche Théodose d’Alexandrie, alors en exil en Thrace, et avait été envoyé en mission par Théodora. Julien était porteur d’une lettre de l’impératrice au dux de Thébaïde qui lui demandait de retarder l’arrivée de la mission envoyée par Justinien. Il arriva chez les Nobades vers 542, il resta deux ans, convertit le roi et le peuple mais à une foi « dirigée contre la synode » de Chalcédoine, donc monophysite ; c’est alors que le temple de Philae fut transformé en église. Lorsque les missionnaires de l’empereur arrivèrent dans le pays, chargés de cadeaux et de vêtements baptismaux, le roi Silko leur déclara qu’il ne voulait pas une autre foi que celle du patriarche Théodose. Après le départ de Julien, l’évêque de Philae continua son œuvre. L’expansion du christianisme, même sous une forme non chalcédonienne, servait les intérêts de l’empire, contribuant à constituer ce qu’on a appelé un « commonwealth byzantin ». p.318-320

 

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Constant Moyaux, Intérieur de Sainte-Sophie à Constantinople

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