Marie-Claire Phélippeau, Thomas More, Gallimard, coll. Folio Biographies, broché, 271 pages, 8,70 €.

 

 

 

 

Auteur de L’Utopie (1516), ce pays de nulle part qui possède «la meilleure forme de communauté politique», où règnent la justice sociale et la tolérance, et où personne ne manque de rien, Thomas More (1478-1535) fut activement engagé dans son époque. Chargé d’ambassades en Europe, signataire de la paix des Dames, ce juriste de formation, ami d’Érasme, avec lequel il entretenait une correspondance fidèle, fut un homme de loi brillant et généreux, doublé d’un homme de lettres à la verve mordante et plein d’humour. Homme de Dieu, en lutte contre les réformateurs luthériens, il publia un retentissant Dialogue concernant les hérésies. Refusant de renier sa foi en l’Église de Rome, il fut emprisonné à la Tour de Londres et exécuté le 6 juillet 1535. Au pied de l’échafaud, il déclara à son bourreau : «Merci de m’aider à monter. Pour la descente, je me débrouillerai tout seul. »

 

Extrait : « Le cloître n’attire pas les âmes faibles. More est homme de passion et sa piété est réelle, exigeante. Sa réponse à l’enseignement d’Oxford, aux lectures des Pères de l’Eglise, de Boèce, de Platon, d’Aristote revisité par Thomas d’Aquin est une ferveur spirituelle, un questionnement sur la mort, le jugement, le ciel et l’enfer – ce qu’on appelle les fins dernières. Alors qu’il démontre une vitalité magnifique, qu’il s’enthousiasme pour tout ce que la vie lui apporte, les nouveautés littéraires, les amis fabuleux, la maîtrise des lois et des langues anciennes, Thomas pense à la mort, parfois comme Hamlet, en la tutoyant avec ironie, mais le plus souvent en l’affrontant intellectuellement. La mort est le sujet de nombre de ses poèmes de jeunesse : mort qui nivelle les conditions sociales et met dans la terre aussi bien le mendiant que le roi, mort inattendue qui vous nargue, qui vous prive de vos proches, et aussi de vos richesses accumulées, mort bienvenue, voire mort souhaitée.

Au Moyen-Âge, et encore souvent au temps de More, les âmes pieuses vivaient avec le memento mori – « souviens-toi que tu vas mourir ». Cette injonction faite aux moines pour aider leur méditation quotidienne était devenue évidente à tous à chacun lors des grandes pestes qui anéantirent près de la moitié de la population européenne. S’étaient également développés lors des traités d’ars moriendi – « l’art de bien mourir » - qui donnaient des recettes sur la façon de s’assurer une bonne mort et d’éviter l’enfer qui vous guettait jusqu’au dernier soupir. Ces petits livres pratiques se divisaient en chapitres précis selon l’approche plus ou moins imminente de la mort ; ils se vendaient également sous forme de bandes dessinées pour les illettrés. Entre la peur de l’enfer et la soif du paradis, découvertes chez Saint Augustin dans La Cité de Dieu, Thomas est à la fois un bon vivant et un bon chrétien qui pense à son avenir lointain. Avant d’écrire lui-même un tel traité d’ars moriendi, il décide de loger chez les chartreux de Londres, suivant, comme eux, la règle du couvent, mais sans prononcer de vœux, pendant les quelques années où il termine ses études de droit, afin d’éprouver sa vocation.

Passionné et fervent, l’homme de Dieu naissant et aussi un homme lucide. Il connait la force de ses pulsions physiques et les limites de sa résistance. La vie quotidienne au sein de l’ordre régulier des chartreux ou des franciscains l’attire incontestablement. Il y trouve la sérénité, l’exigence de la spiritualité et la profondeur des échanges intellectuels entre frères. Il y trouve une préparation directe à la vie après la mort, peut-être une assurance contre l’enfer éternel qu’il ne met pas en doute. Mais il est si jeune ! Il semble avoir eu un attachement amoureux à une belle Elizabeth qui apparait furtivement dans l’un de ses poèmes. Erasme, qui a certainement été son confident, écrit que More préfère devenir « un mari chaste plutôt qu’un prêtre infidèle à ses yeux ». p. 27-29.

 

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