Les Hommes illustres de la ville de Rome. Extraits.

Les Hommes illustres de la ville de Rome, texte établi et traduit par Paul Marius Martin, Les Belles Lettres, coll. Collection des Universités de France série latine, broché, XC - 384 pages, 45 €. 

 

Extrait de l'introduction :"Avant d’être scandaleusement pillé par l’abbe Charles Lhomond, le De uiris illustribus Vrbis Romae (DVI) fut d’abord un recueil de courtes biographies englobant l’histoire de Rome depuis sa fondation jusqu’à la chute de la République. Cette fragmentation de l’histoire en une suite grossièrement chronologique de chapitres consacrés chacun à un personnage considéré comme marquant dérive, plus ou moins directement, d’une part de la tradition historiographique des grandes gentes romaines  elogium, pompa funebris, exaltation des imagines maiorum —, d’autre part du processus de "canonisation " de l’histoire romaine qui a abouti, dès le Ier siècle av. J.-C., à l'élaboration d’une liste des grandes figures du passe "national", en figeant chacune d’entre elles dans un certain nombre de postures, d’actes, de réalisations  et de qualités personnelles . Cette liste sera définitivement arrêtée et fixée au moment du passage de la République à l’Empire, autrement dit au moment où le pouvoir, à Rome, passa de la noblesse républicaine à une gens unique — conséquence ultime d’un processus de personnalisation du pouvoir entame un siècle auparavantLa réalisation de ce programme aboutira, en 2 av. J.-C., à l’ensemble monumental du Forum d’Auguste, avec ses statues accompagnées, sur leur socle, des elogia des fondateurs originels d’abord, d’Énée a Romulus — à la fois heros des origines et ancêtres du Prince —, des rois de Rome ensuite, et enfin de tous ceux qui, à leur suite, imperium pop. Rom. ex minimo maximum reddidissent — dont bon nombre pouvaient apparaître comme les "prototypes" républicains du Prince

Cette "idéologie attrape-tout" augustéenne, qui permettait de récupérer en faveur du régime les gloires du passe républicain, n’a pas seulement inspiré les elogia du Forum d’Auguste, mais aussi toute une littérature biographique de uiris illustribus, illustrée à l’époque augustéenne par les noms d’Hygin, de Varron, de Cornélius Nepos, puis de Valère-Maxime, de Frontin, de Suétone, etc. 

Il est certain que la floraison de ce type d’ouvrages fut facilitée, comme dictée même, par les circonstances politiques et l’ambiance culturelle de l’empire tardif. De la Tétrarchie à la fin de l’Empire, avec une acmè entre les années 370 a 417, paganisme et christianisme se disputent autour de la question des valeurs, nouvelles ou traditionnelles ; le paganisme brille de ses derniers feux et les valeurs qu’il vehicule ont du mal à quitter le devant de la scène. Dans ce contexte, la valorisation des temps anciens glorieux de la Rome républicaine redevient un thème à la mode. La nécessité de sauver, face à la marée montante du christianisme, l’essentiel de l’histoire de cette époque lointaine conduit à proposer à la lecture, pour une aristocratie paienne cultivée, de plus en plus restreinte en nombre, mais avide de savoir, des ouvrages simples, où l’on puisse trouver, commodément résumé et présente, "l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur" … Ainsi s’expliquent moins les épitomes de Tite-Live — apparus presque immédiatement après lui, et qui se justifient, eux, plutôt par l’immensité de son oeuvre, difficilement maîtrisable — que les nombreux bréviaires, chronologies et recueils de courtes biographies, qui fleurissent à partir du IIIe siècle ap. J.-C." (p.VII-IX)

 
 

Extrait : "LXXVI. Mithridate, roi du Pont, descendant des sept Perses, était d’une grande force intellectuelle et physique, au point d’être capable de conduire un attelage de six chevaux, de parler cinquante langues. Profitant des dissensions des romains pendant la guerre sociale, il chassa de Bithynie Nicomède, de Cappadoce Ariobarzane. Il envoya une lettre circulaire en asie ordonnant, au jour dit, de massacrer tous les romains — ce qui fut fait. Il occupa la Grèce et toutes les îles, sauf Rhodes. Sylla le vainquit au combat, s’empara de sa flotte grâce à la trahison d’Archélaos  ; il le défit en personne près de la place de Dardanum, le bloqua et il aurait pu  le capturer si, pressé d’en découdre avec Marius, il n’avait pas préféré conclure la paix à n’importe quelles conditions. Puis, alors qu’il résistait à Cabires, Lucullus le défit. Mithridate, vaincu ensuite dans un combat de nuit par Pompée, se réfugia dans son royaume  ; assiégé là dans une tour à la suite d’une sédition populaire fomentée par son fils Pharnace, il absorba du poison. Mais comme il l’avait avalé trop tard — car il avait fortifié auparavant son organisme par de nombreux antidotes — il rappela le Gaulois Bitocus, qu’on avait envoyé pour le tuer, mais qui avait été terrifié par l’autorité de son visage, et il assista pour son propre meurtre la main tremblante de l’exécuteur. "(p.82-83)

 

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Mithridate VI (Musée du Louvre)

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