Jean-Clément Martin, Robespierre. La fabrication d'un monstre, Perrin, coll. Biographies, broché, 400 pages, 22,50 €.

 

Refusant toute approche psychologisante et tout sensationnalisme, cette biographie entend suivre l'homme parmi ses pairs et ses rivaux, à travers ses multiples et successives prises de position politiques. Passé à la postérité comme une figure du monstre, Robespierre doit cette réputation aux thermidoriens. L'auteur démonte la légende noire pour retrouver l'image d'une figure éminemment politique.

 

Extrait : « Le lendemain, à l’ouverture de la séance de la Convention, Robespierre se heurte à une obstruction préméditée, les tribunes garnies d’un public trié, la garde nationale passée sous le contrôle de Carnot. C’est dans un véritable piège qu’il tombe, alors qu’il pense trouver encore un temps de conciliation. Il ne peut pas obtenir la parole après que Saint-Just, qui occupait la tribune, a été interrompu et forcé de se taire. Il n’a que le temps de prononcer quelques mots, notamment ! « Je ne suis d’aucune faction, je les combattrai toutes. Elles ne s’éteindront jamais que par les institutions qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l’autorité et feront ployer l’orgueil humain sous le joug de la liberté publique. Le cours des choses a voulu. » Tallien lui coupe la parole, exigeant que « le rideau soit entièrement déchiré », et Billaud-Varenne, qui vient d’arriver, lui fait quitter la tribune avant d’exhaler sa rancœur née la veille de son éviction des Jacobins : « Hier, le président du Tribunal révolutionnaire [Dumas] a proposé ouvertement aux Jacobins de chasser de la Convention tous les hommes impurs, c’est-à-dire tous ceux qu’on veut sacrifier ; mais le peuple est là, et les patriotes sauront mourir pour défendre la liberté. » Il continue : « Un abîme est ouvert sous nos pas. Il ne faut pas hésiter à le combler de nos cadavres ; ou à triompher des traîtres. » Tallien demande alors l’arrestation d’Hanriot et de son état-major ainsi que la permanence des séances de la Convention, pour empêcher le retour du 31 mai qui avait éliminé les Girondins.  Barère fait approuver la modification de l’organisation de la garde nationale, sans nommer ni Robespierre ni Sain-Just. Comment comprendre cette mesure, puisque son application dépendait de facto de la décision d’Hanriot, commandant suivi jusque-là par ses troupes ? En affrontant ainsi la garde nationale, Barère ne met-il pas l’Assemblée sous la menace d’un coup de force populaire, l’obligeant à s’unir contre Robespierre dont le soutien armé est ainsi attaqué ? 

 

 

Alors que des cris « A bas le tyran » se font entendre, ce dernier ne se lance pas dans une contre-attaque, pas plus que Couthon ou Saint-Just, décidément muet. Vadier peut en profiter pour faire rire en parlant de Robespierre comme du « défenseur unique de la liberté », avant que Tallien ne revienne à la charge violemment pour dénoncer « les actes d’opression » couverts par Robespierre. Lorsqu’il essaie de parler, Collot, puis Tallien, armé d’un poignard, l’en empêchent ; lorsqu’il apostrophe Collot : « Président d’assassins, me donneras-tu la parole ? », Tallien a beau jeu de rétorquer : « Vous l’entendez, le monstre ? Il nous traite d’assassins. » Lorsque sa voix se casse, un député, Garnier, lui crie : « Le sang de Danton t’étouffe. » (p. 299-301)

 

 

 

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