Cave canem, extraits.

Cave canem. Hommes et bêtes dans l’Antiquité, textes réunis par Jean-Louis Poirier, précédé d'un entretien avec Élisabeth de Fontenay, Les Belles Lettres, coll. Signets, broché, 4448 pages, 15 €.

 

Un recueil de plus de 100 textes issus de la littérature gréco-latine sur le thème de de la relation entre l'homme et l'animal, qui donnent à comprendre la place des bêtes dans la civilisation antique, les connaissances zoologiques de l'époque, leur utilisation économique et domestique, leur présence dans les spectacles, la religion et la politique, leur représentation mythologique, etc.

 

 Xénophon

La capture des grands fauves – la « grande chasse » – ne requiert pas seulement de la force et du nombre. Ce combat avec l’animal nécessite une adaptation précise à chaque situation, il est l’occasion de faire preuve d’invention et d’habileté. On doit ainsi sans doute à ce genre de chasse l’invention du piège, dispositif qui exige une connaissance parfaite des conduites de l’animal et concrétise alors la supériorité de l’homme.

LA GUERRE CONTRE LES FAUVES

« Les lions, les léopards, lynx, guépards, ours et tous les autres fauves du même genre, on les capture en des pays étrangers, dans les parages du mont Pangée et du Cittos d’outre-Macédoine, […] et près des autres montagnes de taille et de nature a nourrir de tels fauves.

On en capture certains, dans les montagnes, à cause de la difficulté du terrain, par un poison, l’aconit. Les hommes qui les chassent le leur donnent a manger en le mêlant et l’assimilant aux aliments préférés de chacun, dans les parages des points d’eau et en tout lieu qu’ils approchent.

Certains, ceux qui descendent la nuit en plaine, on les capture encerclés avec chevaux et armes, non sans mettre l’homme en danger lors de la prise.

Pour d’autres, on fait de grandes fosses rondes, profondes, en laissant au milieu une colonne de terre. Sur elle, pour la nuit, on place ordinairement une chèvre attachée, et l’on entoure la fosse d’une clôture circulaire de bois coupe impénétrable aux regards, sans y laisser d’entrée. Les fauves, entendant le bêlement pendant la nuit, galopent en cercle autour de la clôture ; et comme ils ne découvrent pas de passage, ils font un bond pardessus, et se trouvent capturés. » p.132.

La chasse au lion, mosaïque grecque, Pella, Maison de Dionysos, IVe siècle av. J.-C.

La chasse au lion, mosaïque grecque, Pella, Maison de Dionysos, IVe siècle av. J.-C.

 

 

 

Hérodien

COMMODE, EMPEREUR ET GLADIATEUR

« Commode ne se maitrisait plus. Il organisa des spectacles publics où il promettait de tuer de sa propre main toutes les bêtes sauvages qui l’attaqueraient et de combattre en gladiateur contre les jeunes gens les plus braves. La nouvelle s’en répandit, et l’on vit rapidement arriver de toute l’Italie et des provinces limitrophes des gens venus regarder ce qu’auparavant on n’avait jamais vu ni entendu. Partout on vantait son adresse, et l’on ajoutait qu’au javelot et a l’arc Commode avait à cœur de ne jamais manquer son but. Pour se former, il avait avec lui les plus fins archers parthes et les Maures les plus habiles à lancer le javelot. Mais par la sureté de son bras, il les surpassait tous. Lorsque le jour du spectacle fut arrive, l’amphithéâtre était bondé. On avait construit pour Commode un couloir qui épousait le contour des gradins : ainsi il ne risquait pas d’affronter directement les fauves et, en se tenant a distance pour lancer, du haut de ce dispositif, son javelot, il se trouvait en sécurité : démonstration de dextérité donc plutôt que de courage ! Les biches, les gazelles et toutes les bêtes a cornes, taureaux exceptés, il les suivit a la course, ne les lâcha plus et, prévoyant leur trajectoire, les frappa et les tua mortellement. Mais il en alla autrement pour les lions, les panthères et tous les animaux nobles : il ne courut autour d’eux qu’à distance et ne les abattit qu’au javelot et de haut. Personne ne le vit utiliser, pour un même animal, deux javelots différents : tous les coups qu’il porta furent mortels. Du moment même ou la bête s’avançait, il la frappait au front et au cœur, car il visait toujours ces zones-la, et son javelot ne toucha jamais une autre partie du corps, tant il voulait que la blessure et la mort coïncidassent. » p.320.

 

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Vous pouvez aussi consulter notre petite bibliographie sur les animaux.

Commode en Hercule. Musée du capitole.

Commode en Hercule. Musée du capitole.

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