Hélène Normand, Les rapaces dans les mondes grec et romain. Catégorisation, représentations culturelles et pratiques, Ausonius, coll. Scripta Antiqua, broché, 732 pages, 30 €.

 

 

Quel regard les Grecs et les Romains portaient-ils sur les oiseaux de proie ? Qu’est-ce qu’un rapace, et une telle catégorie d’oiseaux existe-t-elle seulement, dans l’Antiquité ? Cet ouvrage, qui aborde la question des classements zoologiques, s’attache également à définir l’image de chacun des rapaces, à mettre en lumière leurs traits caractéristiques sur le plan culturel en montrant comment ils étaient perçus, quels sentiments ils pouvaient inspirer, éventuellement quel symbolisme ils véhiculaient. Il s’agit en somme d’effectuer une étude comparée des mentalités, en soulignant les ressemblances entre les représentations grecques et romaines des oiseaux de proie, mais également en cherchant à cerner leur spécificité, et en dégageant les constantes ou les évolutions dans une perspective chronologique large. 

 

Extrait : « Porte-foudre de Zeus

Volant particulièrement haut dans le ciel, l’aigle apparaît comme un messager idéal pour servir d’intermédiaire entre Zeus et les hommes. Sa force fait par ailleurs du grand rapace le symbole de la puissance de Zeus, en particulier à travers le motif de l’aigle porte-foudre. Nous avons vu que dans les représentations iconographiques, l’aigle peut être brandi par Zeus comme une arme. L’aigle recevra plus tard le privilège de tenir lui-même l’arme redoutable dans ses serres : deux attributs du dieu, aigle et foudre, se fondent ainsi en une image unique. Rien ne permet de penser qu’il s’agisse de Zeus sous forme d’aigle. Dans les textes, l’oiseau apparaît en effet comme un envoyé du dieu, et dans l’iconographie, l’aigle porte-foudre est assez souvent représenté en compagnie du dieu.

Dans les sources textuelles grecques, on trouve les prémices du motif de l’aigle porte-foudre dans un fragment de la Niobé d’Eschyle, conservé dans une citation qu’en fait Aristophane. Dans la tragédie, un personnage, que l’on suppose être Zeus, menace de mettre le feu au palais d’Amphion avec des « aigles porte-flammes ». Ce n’est cependant qu’à la fin de l’Antiquité que l’adjectif « porteur de foudre » est appliqué à l’aigle. Le motif de l’aigle portant le foudre dans ses serres est finalement rarissime dans la littérature grecque. Par ailleurs, son apparition dans l’iconographie ne semble pas remonter avant la fin du IVe siècle a.C. Ce n’est qu’alors qu’il deviendra courant, notamment sur les monnaies. Le motif est présent au revers des tétradrachmes à l’aigle d’Alexandre, et se développe surtout à partir de l’époque hellénistique, notamment sur les monnaies de la dynastie lagide.

[ …] Le fait que l’aigle soit tout particulièrement considéré comme un animal guerrier, au point d’être adopté comme emblème des légions, a peut-être contribué au succès de l’image de l’aigle porte-foudre chez les Romains. On en trouve également de nombreuses représentations iconographiques, où elle permet en particulier de commémorer une victoire militaire, comme sur un monument du Capitole à Rome rappelant la victoire de Sylla : des Victoires entourent un bouclier sur lequel est représenté un aigle tenant le foudre dans ses serres. L’aigle associé au foudre, tout en symbolisant la puissance, indique clairement que la victoire vient de Jupiter. » (p. 218-219)

 

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