NOUVEAUTÉS D'octobre 2015 : GALERIE ET FAVORIS DES LIBRAIRES

Les favoris de Mélanie Mougin : 

 

 

Vitruve, De l’architecture, édition intégrale bilingue latin-français dirigée par Pierre Gros, Les Belles Lettres, coll. Editio minor, relié, 776 pages, 45 €.

 

Le De architectura de Vitruve, présenté à l'empereur Auguste et donc « publié » dans les années 30-20 avant J.-C., est le seul des nombreux textes grecs et romains consacrés à l’art de bâtir à avoir échappé au naufrage de la grande tradition technique de l’Antiquité classique.
 

Extrait : « Chapitre X : Les bains.

1. Tout d’abord il faut choisir le site le plus chaud possible, c’est-à-dire tournant le dos au nord et au nord-est. Les pièces chaudes et tièdes, quant à elles, doivent recevoir la lumière du sud-ouest, ou du moins, si la configuration du site interdit cette orientation, du midi, car l’usage établi est de se baigner plutôt entre le milieu de journée et le soir. En outre, il faut veiller à ce que les pièces chaudes réservées respectivement aux femmes et aux hommes soient contiguës et aient la même orientation ; de cette façon, en effet, on fera en sorte que les cuves et le foyer soient communs aux deux groupes de pièces.

Le chauffage de l’eau.

Au-dessus du foyer il faut placer trois récipients de bronze, l’un d’eau chaude, un autre d’eau tiède, le troisième d’eau froide, et les disposer de telle sorte que du récipient tiède sorte, en direction du chaud, une quantité d’eau identique à celle qui coule du récipient froid vers le tiède et que les réservoirs des baignoires soient chauffés à partir du foyer commun.

Le sol des pièces chaudes.

2. Les sols suspendus des pièces chaudes doivent être faits de la façon suivante. Tout d’abord, avec des briques d’un pied et demi, on aménagera un sol incliné en direction du foyer en sorte qu’une balle envoyée du foyer ne puisse demeurer dans la pièce mais revienne en arrière d’elle-même vers la gueule du four : ainsi la chaleur se répandra-t-elle plus facilement sous le radier supérieur. Au-dessus, avec des briquettes de huit pouces, on construira des piles, disposées de façon à ce que des briques de deux pieds puissent être placées par-dessus. La hauteur de ces piles sera de deux pieds, elles seront liées par de l’argile malaxée avec du crin, et l’on placera au-dessus d’elles des briques de deux pieds pour supporter le pavement (fig. 19). » p.341-343.

 

Fig. 19. Restitution du système de chauffage des thermes du forum à Pompéi, d’après J.-P. Adam, La construction romaine (fig. 683, p. 293)

 

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Léon Tolstoï, Contes, récits, fables. 1869-1872, première traduction intégrale des Quatre Livres de lecture avec une introduction et des notes par Charles Salomon, Les Belles Lettres, coll. Domaine étranger, broché, LVII - 438 pages, 15€.

 

De toutes ses œuvres ce livre est sans doute celui auquel Tolstoï fut le plus attaché. Il était certain en effet « d'avoir élevé un monument » en composant l’Abécédaire dont Les Quatre Livres de lecture sont extraits. C’est que l’auteur de La Guerre et la Paix a été dominé dans sa vie passionnée par diverses préoccupations maîtresses au premier rang desquelles figurait l’éducation du peuple auquel il a souhaité donner le goût de la lecture, porte de l’esprit critique qui mène à la citoyenneté.

 

Extrait : « Un marchand avait deux fils. L’aîné était le préféré du père, qui voulait lui laisser tout son héritage. La mère avait pitié du cadet et demanda à son mari de ne pas faire connaître à ses enfants, avant un certain temps, ses intentions pour le partage ; elle voulait trouver quelque moyen d’égaliser les chances de ses deux fils. Le marchand consentit à la demande de sa femme et garda pour lui sa décision.

Un jour que la mère, assise à la fenêtre, pleurait, un pèlerin s’approcha et lui demanda ce qu’elle avait.

Elle répondit :

— Comment ne pleurerais-je pas ? Je ne fais pas de différence entre mes deux fils, et voilà que leur père veut donner tout à l’un et rien à l’autre. J’ai demandé à mon mari de ne pas déclarer sa décision à ses fils avant que j’aie imaginé un moyen de venir en aide au cadet. Mais je n’ai point d’argent à moi et je ne sais comment faire pour alléger ma peine.

— Il n’est pas difficile d’alléger ta peine, dit le pèlerin. Va, et déclare à tes fils que l’aîné héritera de toutes les richesses et que le cadet n’aura rien ; je te le dis, un jour tout sera égal entre eux.

Quand le fils cadet apprit qu’il n’aurait rien, il partit pour l’étranger et étudia les métiers, les sciences. L’aîné vécut auprès de son père sans rien apprendre parce qu’il savait qu’il serait riche.

À la mort du père, le fils aîné ne savait rien faire, il dissipa tous ses biens ; le cadet avait appris à l’étranger comment on s’enrichit — et il devint riche. » p.87.

 

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Sylvain Piron, Dialectique du monstre, Zones sensibles, broché, 208 pages,  26 €.

 

Fonctionnaire de l’administration des papes d’Avignon, Opicino de Canistris (1296-1355) a produit, pour son propre compte, des diagrammes déconcertants où se mêlent cartes et corps, symboles astraux et religieux. Exhumés peu à peu au cours du siècle passé, ses manuscrits suscitent encore de nombreuses interrogations.

 

Extrait : « La planche P24r [fig.18] montre le foisonnement le plus spectaculaire de cette mise en réseau de tous les systèmes symboliques possibles. Au premier abord, si la ronde colorée des animaux du zodiaque est saisissante, l’entassement des données qui emplissent tout le parchemin procure une impression troublante d’excès. Les indications placées dans le collet confirment qu’il ne faut attendre d’Opicino un titre stable. Quatre formules y sont écrites, dans différents modules, à des dates espacées : « Miroir de notre foi, pour l’instant invisible », « image et similitude de Dieu », « Église universelle ». La quatrième de ces inscriptions, qui est sans doute la plus récente, me semble la plus utile. Reprenant des notions exégétiques courantes, elle interprète le nom hébreu de la montagne de Galaad (Genèse 31.48) comme martyrologe, en grec, ou monceau de témoignages, en latin. » C’est bien un amoncellement de signes qui est présenté sur la feuille. L’encadrement de l’oblong fait appel à des séries que nous avons déjà souvent croisées (pères de l’église, règles monastiques et ordres mendiants). Les calendriers circulaires ont ici une forme rectangulaire ; ils accueillent, au fil de l’année, célébrations liturgiques et événements stellaires. L’intensité de la dévotion à la Vierge Marie est remarquable. Si l’encadrement contient des documents attendus (sa généalogie depuis Adam, un Ave Maria), les hymnes placé de part et d’autre à l’extérieur ne sont pas répertoriés. Ils pourraient correspondre, en tout ou en partie, aux Promotions de la vierge Marie qu’Opicino dit avoir composées en 1333. » p.140-141.

 

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Fig.18. P24r

Fig.18. P24r

Jaquette dépliable.

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Les favoris de Gaëtan Flacelière :

 

 

Herbert L. Kessler, L’œil médiéval. Ce que signifie voir l'art du Moyen Âge, traduit par Alexandre Hasnaoui, Klincksieck, coll. L’esprit et les formes, broché, 264 pages, 25 €.

 

Herbert L. Kessler entreprend dans cet ouvrage, une synthèse des connaissances et des analyses sur l’art médiéval et sa perception par l’homme du Moyen Âge latin, entre 800 et 1300. Il étudie la fonction de l’art et son évolution, notamment le développement de l’art séculier avec l’apparition des portraits individuels.

 

Extrait : « Dans de nombreux livres médiévaux, les illustrations fournissent une lecture visuelle directe des textes adjacents, auxquels elles étaient étroitement liées. En cela, elles continuaient un système qui trouvait son origine dans l’Antiquité et s’était perpétué dans les manuscrits tardo-antiques ainsi que dans de nombreuses copies médiévales. La Bible eluminée en 960 sous le contrôle du « magister » Florentius par exemple, introduit près d’une centaine de petites images dans les colonnes de l’Ancien Testament […] Même certains textes poétiques étaient illustrés selon cette technique littérale. Les délicats croquis à l’encre et au lavis en bistre du psautier d’Utrecht se rapportent au langage poétique à peu près de la même manière : les couples de quadrupèdes, serpents, poissons et oiseaux par exemple illustrent les « animaux et bétail, reptiles et oiseaux ailés » du psaume 148. Toutefois, de nombreuses illustrations de mots étaient copiées à partir de modèles préexistants : les animaux étaient tirés d’un Physiologus illustré. Le langage essentiellement visuel de l’Apocalypse en faisait un terreau particulièrement fertile pour une restitution picturale. » p. 88-89

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Emmanuel de Waresquiel, C’est la Révolution qui continue ! La Restauration 1814-1830, Tallandier, 352 pages, 23,80 €.

 

Une compilation des études de l'historien sur les hommes, les institutions, la société et les doctrines de la période de la Restauration en France. Il analyse la stabilisation de la société après les guerre civiles et la fin de la royauté, la place nouvelle des élites de l'Ancien Régime et de l'Empire, le paiement des indemnités de guerre imposé par les Alliés, la pacification, etc.

 

Extrait : « D’une façon générale, le peuple est renvoyé à un au-delà indéfini de la responsabilité politique. Instinctif et aveugle, il ne raisonne pas. Les élites se perçoivent comme les seules à posséder l’aptitude politique par la prééminence des intérêts qu’elles représentent ou par leur faculté d’analyse et de jugement. Ce que Thiers appelle encore l’ « opinion » en 1831, ce sont les « classes moyennes », c’est-à-dire, dans le sens moderne du terme, les « classes supérieures », pas le « peuple ».

Ce sentiment diffus traverse tout le XIXe siècle. Le peuple est imprévisible et ignorant, mais il peut servir. Au début de la Restauration, les ultraroyalistes, forts de leur emprise nobiliaire et terrienne, penseront, à tort ou à raison pouvoir gouverner par le peuple en l’utilisant à ses propres fins. » p. 94-95

 

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Histoire des sciences et des savoirs. Volume 1, De la Renaissance aux Lumières, sous la direction de Dominique Pestre, tome dirigé par Stéphanie Van Damme, Seuil, coll. Science ouverte, broché, 516 pages, 38 €.

 

Premier tome d’une ambitieuse Histoire des sciences et des savoirs depuis la Renaissance, cet ouvrage, écrit par les meilleurs spécialistes, propose une autre lecture du lien entre sciences et première modernité. En suivant les savants au travail, il nous permet aussi d’en finir avec les représentations trop classiques de la « révolution scientifique ».

 

Extrait : « Jusqu’au milieu du XVIe siècle, plusieurs concepts de Terre coexistent sans véritablement fusionner dans la cosmographie européenne. La Terre, en effet, est un concept qui relève de l’astronomie, mais aussi de la physique et de la théologie, tout autant que de la géographie. Autrement dit, la Terre des cosmographes est tout à la fois, mais selon des modalités qui ne se recouvrent pas complètement, une sphère participant de l’ordre global du cosmos (lui-même sphérique) ; un élément qui, avec le feu, l’air et l’eau entre dans la composition de toutes les choses qu’on peut rencontrer dans le monde sublunaire, et à ce titre étudié par la physique ; une créature de Dieu et un reflet de son intention providentielle ; enfin la demeure des hommes, plus exactement l’étendue de monde par eux habitable, leur oekoumène. Ces diverses significations, qui expriment des conceptions du monde – voire des méthodes de pensée – différentes, les cosmographies de la Renaissance tentent de les articuler, sans toujours y parvenir. » (p. 157)

 

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