Donatien Grau,  Néron en Occident. Une figure de l'histoire, Gallimard, Bibliothèque des idées, broché, 416 pages, 32€.

 

La figure de Néron a traversé l’histoire entière de l’Occident et inspiré au travers des siècles l’épigraphie, la numismatique, la littérature, l’art, et jusqu’au cinéma. Ce sont les péripéties de cette figure que retrace ici Donatien Grau. 

 

Extrait : « Un dernier sujet préside aux exercices d’écriture proposés par ces historiens païens du IVe siècle : la perception de Néron comme souillure, ce qui, au fond, est le fruit d’une perspective tragique sur sa persona. Une grande partie des développements qu’ils présentent a pour fonction d’illustrer cette construction, qui a fait l’objet d’analyses approfondies, à juste titre, car il s’agit précisément de l’angle d’attaque des écrivains païens. Il est possible de s’interroger sur la relation entre auteurs chrétiens et défenseurs de la religion vieillie. Ils obéissent au même principe : Néron est un monstre religieux. Pour les fidèles de Jupiter, descendants d’une tradition littéraire particulièrement riche, il est l’agent et le porteur d’une souillure, et les éléments ne manquent pas pour donner du contenu à cette vision : prostitué, parricide, matricide, incestueux, cruel, faux artiste.

S’il est vrai que le premier Néron, celui de l’Octavie, était un « pur » tyran, celui-ci est bien plus : il est une sorte de fantasme hyperbolique sur ce lieu rhétorique. C’est particulièrement le cas chez Aurelius Victor, qui évoque même le rapt d’une Vestale, crime gravissime pour ce païen conservateur, pour qui Néron brise le ius et le fas, le droit des hommes et celui des dieux. Ce rapt de Vestale,  alors même que le temple est représenté sur les monnaies, est une singularité d’Aurelius Victor. Il y a comme une contamination de la perversion néronienne, qui s’exprime également à travers les personnes de groupe qui l’entoure. Homme de mal, il ne peut être proche que des pires individus, selon le principe « qui se ressemble s’assemble ». Sa compagnie ne joue alors pas tant le rôle de pervertisseur que celui de révélateur de sa vraie nature.

En tout cas, Aurelius Victor est celui qui décrit avec le plus de complaisance les méfaits de l’empereur. Son imitateur, quoique avide lui aussi de détails scabreux, ne fait qu’en sélectionner un florilège, moins riche que celui du Livre des Césars. Quant à Eutrope, il apparaît presque comme modéré, en comparaison, même s’il ne manque pas de noter ses « parricides multiples » et d’accuser Néron de l’incendie de Rome. Modéré peut-être, et surtout rationnel : au déferlement d’anecdotes que peuvent proposer les Aurelii Victores, il préfère axer son argumentation autour de faits « sobres » et directement issus des ouvrages qui ont précédé le sien. Mais il n’en demeure pas moins que chacun de ces éléments constitue comme une souillure de plus à l’actif de l’empereur et contribue à faire de lui un impie. » p158-160.

 

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