Nuccio Ordine, Une année avec les classiques. Extraits.

Nuccio Ordine, Une année avec les Classiques, traduit de l'italien par Luc Hersant, Les Belles Lettres, broché, XL - 214 pages, 9,50€.

 

« Que d'autres se targuent des pages qu'ils ont écrites ; moi je suis fier de celles que j’ai lues. »

Fidèle à ces vers de Jorge Luis Borges, Nuccio Ordine nous invite à éprouver la même humble fierté en nous donnant à lire (et à relire) quelques-unes des plus belles pages de la littérature.
Après le succès international de L’Utilité de l’inutile (best-seller traduit en dix-huit langues), Ordine poursuit son combat en faveur des classiques, convaincu qu’un bref extrait (brillant et sortant des sentiers battus) peut éveiller la curiosité des lecteurs et les encourager à se plonger dans l’œuvre elle-même. 

 

Extraits : « Une page de Montaigne, un épisode du Roland Furieux de l’Arioste ou un vers de Shakespeare devraient aussi déboucher – comme j’espère que cela se produira chez les lecteurs d’Une année avec les classiques – sur une réflexion autour des thèmes et des questions qui intéressent les étudiants. Et pour éviter de glisser vers une affadissante « actualisation », le choix des extraits et les commentaires afférents ont exigé un travail préparatoire très scrupuleux. Il convient avant tout de bien posséder l’œuvre dont on parle, car une connaissance anthologique n’est pas suffisante. Pas plus que ne suffit l’étude de la didactique qui, au cours des dernières décennies, a pris une importance disproportionnée : n’en déplaise aux pédagogies dominantes, c’est d’abord la connaissance de la discipline qui compte et qui est la condition essentielle ; si l’on ne maîtrise pas telle ou telle littérature, aucun  manuel prétendant enseigner la manière d’enseigner ne pourra servir à préparer un cours réussi. » p. XVIII-XIX.

« Baltasar Gracián

(1601-1658)

Art et figures du succès (oracle manuel)

Nace bárbaro el hombre, redimese de bestia cultivándose. Haze personas la cultura, y más quanto mayor. En fe della pudo Grecia llamar bárbaroa todo el restante universo. Es mui tosca la ignorancia. No ai cosa que más cultive que el saber.

L’homme naît barbare mais rachète sa nature de bête par la culture. La culture fait de l’homme une personne, et d’autant plus qu’elle est grande. En vertu de quoi la Grèce put appeler barbare le reste de l‘univers. L’ignorance est très brute. Rien ne cultive plus que le savoir.

Seule la culture nous sauvera de la haine.

Dans un extraordinaire recueil de trois cents maximes publié en 1647 – et qui connut un succès exceptionnel en Espagne et dans toute l’Europe –,  le grand jésuite espagnol Baltasar Gracián condense sous la forme d’aphorismes toute une série de vastes réflexions disséminées, pour la plupart, dans ses autres œuvres (Le Criticon, L’Homme universel, Le Héros). Dans L’Oracle manuel, il aborde notamment à plusieurs reprises le thème de la formation d’un homme cultivé, apte à se mesurer aux difficultés du temps et capable surtout de dominer ses propres passions. L’éducation et la culture ne concernent pas seulement les jeunes gens, mais exigent de la part de tous les êtres humains un engagement et une constante qui puissent durer toute la vie. Dans la maxime intitulée « Culture et ordre » (n°87), Gracián écrit que l’homme « naît barbare », mais qu’il peut racheter « sa bestialité par la culture ». La grandeur des hommes et des peuples se mesure en effet à la culture qu’ils possèdent (« c’est la culture qui fait les personnes ») : plus ils en acquerront, plus ils seront grands (« d’autant plus qu’elle est grande »). La civilisation des Grecs fondée sur la paideia, par exemple, reste encore aujourd’hui un modèle éloquent de l’imbrication pédagogique entre la recherche philosophique et la vie civile. Qui devient amoureux du savoir est en mesure de cultiver au mieux son esprit (« rien ne cultive plus que le savoir »). Nous ne pouvons emprunter une autre voie pour affronter la grossièreté de l’ignorance (cette ignorance qui « est très brute »). Or, c’est notamment à l’ignorance que l’on doit la violence des fanatismes religieux, la diffusion de la haine contre la diversité, et la préoccupante résurgence de l’antisémitisme et du racisme. 27 février 2015» p. 94-97.

COMMANDER CE LIVRE

 

 

Du même auteur : 

Nuccio Ordine, L'Utilité de l'inutile. Manifeste. Suivi d'un essai d'Abraham Flexner, traductions de Luc Hersant et de Patrick Hersant, Les Belles Lettres, 2015, 5e tirage de la nouvelle édition augmentée (2014), broché,  236 pages, 11 €.

 

Retour à l'accueil