La tête de Méduse.  Peter Paul Rubens.

La tête de Méduse. Peter Paul Rubens.

En ce jour d’Halloween, démons et sorciers sont de sortie ! Laissons les Anciens nous en parler.

 

Dans la Pharsale, Lucain interrompt son récit pour dresser le portrait de la terrible Gorgone Méduse.

 

Extrait : « Aux confins de la Lybie, aux lieux où la terre brûlante reçoit l’océan qui bouillonne sous les rayons du soleil couchant, s’étalaient âprement les domaines de la fille de Phorcys, Méduse ; il n’y avait pas de bois pour les couvrir de feuillage, pas de sucs pour en amollir le sol ; ils se hérissaient de roches nées du regard de la souveraine. C’est dans son corps que, pour la première fois, la nature malfaisante enfanta ces cruels fléaux : de sa gorge sortirent  des reptiles dardant leur langue, vibrant avec des sifflements aigus ; ils flottaient sur ses épaules comme les cheveux d’une femme, ils fouettaient le cou même de Méduse en joie. En plein front se dressent des couleuvres toutes droites, et le peigne fait couler de sa chevelure le venin des vipères. Méduse a cela de sinistre que tous peuvent la regarder sans péril. En effet, la gueule et la face du monstre, qui jamais eut le temps de les craindre ? De tous ceux qui l’ont vue en face, quel est celui à qui Méduse ait laissé sentir la mort ? Elle a précipité les destins hésitants, prévenu la peur ; les membres se sont pétrifiés tout en retenant l’âme, et les mânes, avant de s’échapper, se sont engourdis sous les os. La chevelure des Euménides n’a provoqué que la fureur ; Cerbère, aux accents d’Orphée, adoucit ses sifflements ; le fils d’Amphitryon vit l’hydre alors qu’il l’abattait ; quant à ce monstre, il a fait trembler son père Phorcys, la seconde divinité des eaux, et Céto, sa mère, et ses sœurs elles-mêmes, les Gorgones ; c’est lui qui a pu menacer le ciel et la mer de les frapper d’un engourdissement soudain et de pétrifier le monde. Il fit tomber subitement du ciel les oiseaux comme des masses ; les bêtes sauvages restèrent incrustées aux rochers ; les populations voisines de l’Éthiopie prirent toute la rigidité du marbre. Nul être animé ne soutient son regard ; les serpents mêmes de la Gorgone se rejetaient en arrière pour éviter sa face. C’est elle qui a changé en rocher le Titan Atlas debout aux colonnes hespériennes ; quand jadis le ciel redouta les géants aux pieds couverts des serpents de Phlegra, elle les érigea en montagnes ; et, cette guerre formidable pour les dieux, c’est elle, la Gorgone, qui la termina, placée contre la poitrine de Pallas. » Lucain, La guerre civile. La Pharsale, t.II, IX, 624-658.

Monstres et merveilles. Créatures prodigieuses de l'Antiquité

Monstres et merveilles. Créatures prodigieuses de l'Antiquité, textes réunis et présentés par Isabelle Jouteur, précédé d’un entretien avec Gilbert Lascault, Les Belles Lettres, coll. Signets, broché, XIII-234 pages, 13,20 €.

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Apulée relate un épisode lors duquel une veuve est accusée de sorcellerie pour avoir assassiné son mari. Un nécromancien est alors appelé pour faire parler le mort et tenter résoudre l’affaire.

Extrait : « La foule entre en fureur, on crie après des torches, on réclame des pierres, on rameute les gamins pour lapider la veuve. Elle, à grand renfort de larmes de commande, jurait ses grands dieux, et, sur ce qu’elle avait de plus sacré, protestait de son innocence.

L’oncle du mort dit alors : « Confions à la divine providence le soin de faire apparaitre la vérité. Il y a ici un prophète égyptien de première catégorie, Zachlas, avec qui j’ai traité au prix fort pour qu’il ramène quelques instants des enfers l’esprit du défunt et ranime son cadavre d’outre-mort. » Et tout en parlant il fit avancer au milieu de la foule un jeune homme au crâne rasé, habillé de tuniques de lin, des sandales de palmier aux pieds, lui baise longuement la main et les genoux, et se met à le prier : « Pitié, prêtre, pitié, par les astres célestes, par les puissances infernales, par les quatre éléments, par le silence de la nuit, par le sanctuaire de Coptos, par la crue du Nil, par les mystères de Memphis, par le sistre de Pharos, rends un instant la clarté du soleil, verse une brève lueur à ces yeux clos pour jamais. Je ne veux pas lutter contre l’inévitable ni refuser son bien à la terre, je demande seulement un court moment de vie pour le soulagement de la vengeance. »

Après cette imploration, le prophète déposa une certaine herbe sur la bouche du cadavre et une autre sur la poitrine, puis, tourné vers l’est, invoqua silencieusement l’auguste soleil levant, faisant passer le public, par la solennité de son jeu de scène, de l’attente à la certitude du miracle.

Je m’étais glissé, badaud parmi la foule, j’étais grimpé sur une haute borne juste derrière le lit, je regardais de tous mes yeux, et voilà que la poitrine s’enfla et se souleva, que les veines se gonflèrent et battirent, que le corps se remit à respirer, que le cadavre se redressa, et que le jeune mort parla : « S’il vous plaît, qu’est-ce que vous me voulez ? J’avais bu l’eau du Léthé, je passais le marais du Styx, pourquoi remettre ma machine en marche pour si peu de temps ? Ca va, ça va bien, je vous en prie, ça suffit, laissez-moi la paix ! » Ainsi parla le cadavre. Du coup le prophète s’énerva : « Quoi ? Tu refuses de témoigner devant le peuple ? De révéler le secret de ta mort ? Tu ne sais pas qu’avec mes formules magiques je peux convoquer les Furies et te torturer à t’en briser les membres ? » Alors l’autre se redressa de son lit, et, dans un gémissement caverneux, parla ainsi au peuple : « Mis à mort à peine marié par les machinations maléficieuses de ma moitié, j’ai péri du poison d’une potion pernicieuse et laissé mon lit tiède encore aux ardeurs adultères. » Apulée, Les Métamorphoses, II, 28-29.

Hocus Pocus. A l'école des sorciers en Grèce et à Rome, textes réunis et présentés par Christopher Bouix, entretien avec Anne-Marie Ozanam, Les Belles Lettres, coll. Signets, broché, XXX - 290 pages, 13,50 €.

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